Laure Conan

Laure Conan

Résumé

Portrait de Laure Conan Laure Conan Angéline de Montbrun (1882)

Mon Dieu, pardonnez-moi. Il faudrait réagir contre le besoin terrible de me plonger, de m’abîmer dans ma tristesse. Cet isolement que j’ai voulu, que je veux encore, comment le supporter ?
Sans doute, lorsqu’on souffre, rien n’est pénible comme le contact des indifférents. Mais Maurice, comment vivre sans le voir, sans l’entendre jamais, jamais !... l’accablante pensée !... C’est la nuit, c’est le froid, c’est la mort.
Ici où j’ai vécu d’une vie idéale si intense, si confiante, il faut donc m’habituer à la plus terrible des solitudes, à la solitude du cœur.
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Portrait de Laure Conan Laure Conan Angéline de Montbrun (1882)

Je fermai les portes et les volets, j’allumai les lustres à côté de la cheminée. Alors son portrait se trouva en pleine lumière — ce portrait que j’aime tant, non pour le mérite de la peinture, dont je ne puis juger, mais pour l’adorable ressemblance. C’est ainsi que j’ai passé la première nuit de mon retour. Les yeux fixés sur son beau visage, je pensais à son incomparable tendresse, je me rappelais ses soins si éclairés, si dévoués, si tendres.
Ah, si je pouvais l’oublier comme je mépriserais mon cœur ! Mais béni soit Dieu ! La mort qui m’a pris mon bonheur, m’a laissé tout mon amour.
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Portrait de Laure Conan Laure Conan Angéline de Montbrun (1882)

Hé ! mon Dieu, la science, le génie, la gloire et tout ce que le monde admire, qu’est-ce que cela, comparé à la splendeur d’un cœur pur ? D’ailleurs, il n’y a pas deux sources de bonheur. Aimer ou être heureux, c’est absolument la même chose ; mais il faut la pureté pour comprendre l’amour.
Ô mon fils, ne négligez rien pour garder dans sa beauté la divine source de tout ce qu’il y a d’élevé et de tendre dans votre âme. Mais en cela l’homme ne peut pas grand chose par lui-même. À genoux, Maurice, et demandez l’ardeur qui combat et la force qui triomphe.
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