“ Qui la rend toute à son amant : Quel bonheur de combler les vœux de ce qu’on aime, Quand en croit ce bonheur même Se l’attacher plus fortement ! Que j’aime à voir Tithon ! avec combien de zèle Il se livre au plaisir qui le rendra fidéle, D’un amour délicat dignes emportemens ! Dans l’espoir d’acquérir une foi plus confiante, Il profite si bien de ces heureux momens, Que de vingt ans il passe jusqu’à trente. Eh ! bien tendres amans, vous voilà rassurés, Vos cœurs sont pour jamais l’un à l’autre livrés, Vos vœux sons-ils remplis ? hélas ! peuvent-ils l’être ? ”
Citations de Le Parnasse libertin ()
“ Le printemps de Thiton va revenir encore, Je le fais immortel, mais sachez à quel prix, Le destin a parlé, telle est la Loi sévere : Déesse, chaque fois que Tithon obtiendra De votre amour la preuve la plus chere, D’un lustre tout d’un coup cet amant vieillira ; Ainsi de lustre en lustre abrégeant sa carrière, Sa jeunesse s’éclipsera. Thiton est immortel, grand Dieu je vous rends grace, S’écria-t-elle, embrassant ses genoux, Ce que j’aime vivra, mon sort est assez doux, Elle dit, & des airs son char franchit l’espace, Son cœur cède au Destin, non sans quelques regrets. ”
“ Le dirai-je ?... est encore pucelle. Pucelle, dites-vous, dit l’époux qui soûrit ; Si votre fille l’est, il faut donc qu’en son nid L’inaccessible pucelage Soit si fortement attaché, Que par le plus ferme courage, Il ne puisse être déniché, Ou que, par grâce singuliere Elle en eût tout au moins à perdre plus de huit ; Car, Madame, la nuit derniers Apprenez que j’aurois détruit Huit pucelages de bon compte S’ils se fussent trouvés dans le même réduit, Et quand on a dans une nuit Accompli huit fois le déduit, Je pense que l’on peut se dire homme sans honte. ”
“ Dans les bras de l’Aurore ose enfin le saisir, Injustice du sort ! d’où vient que ce plaisir N’éternise pas ta jeunesse ? Eh ! quoi, l’âge a glacé ce que j’aime le mieux, Disoit l’Aurore aux pleurs abandonnée ; Quel remede à ses maux ? Elle s’envole aux Cieux, Jupin fléchit la destinée ; Pour mon amant je t’implore aujourd’hui. Ah, quel amant je possédois en lui, Tout ce qui flatte un cœur ; de la Parque cruelle Fais qu’il soit toujours respecté Dans une jeunesse éternelle. Eh ! qui peut mieux conduire à l’immortalité Que d’être charmant & fidèle ! ”
“ De l’objet le plus beau que l’amour ait formé ? Non, je consens plutôt qu’une vieillesse affreuse... Tithon, que dites-vous ? vous me faites trembler, Quoi ? d’un si triste hyver la langueur douloureuse Affoibliroit cette flâme amoureuse, Dont votre cœur recommence à brûler ? Quand les sombres chagrins viendroient vous accâbler, Je pourrois m’imputer... non j’y fuis résolue, L’amour vous laisse encor ses plus sensibles biens, Nous passerons les jours dans ces doux entretiens, Où l’ame avec transport se montre toute nuë ”
“ De l’amour que je sens le plus fidéle gage, Tu dois, mon cher Tithon, m’en aimer davantage, Tes beaux jours seront mes bienfaits, Je sçaurai malgré toi commencer mon ouvrage ; Elle le croit ainsi : Je ne sçai quel présage Me fait trembler pour le succès. Ô vous dont les crayons voluptueux & sages Des misteres secrets des plus tendres amours, Tracent modestement les plus vives images, C’est à votre art divin, Muses, que j’ai recours ; Titon va recouvrer l’éclat de ses beaux jours, Il aime, il est aimé : quels transports vont remaître Ô Muse, hélas ! ”
“ De n’exercer que l’amour Socratique. Rousseau. LES DEUX AMIS. ÉPIGRAMME.Axiocus avec Alcibiades, Jeunes, bienfaits, galans & vigoureux, Par bon accord, comme grands camarades, En même nid surent pondre tous deux : Qu’arrive-t-il ? l’un des deux amoureux Tant bien exploite autour de la donzelle, Qu’il en naquit une fille si belle Qu’ils s’en vantoient tous deux également. Le temps venu que cet objet charmant Put pratiquer les leçons de sa mere, Chacun des deux en voulut être amant, Plus n’en voulut l’un ni l’autre être pere. ”
“ Nous aurons ces soupirs, ces aveux, ces sermens, Tant de fois répétés & toujours plus charmans, Assez heureux de plaire, exempts d’inquiétude Nous nous verrons toujours, nous ne ferons qu’aimer. Ah ! quel bien vaut la certitude, D’inspirer tout l’amour dont on se sent charmer ? Ainsi, mais vainement, parla la jeune Aurore, Le dangereux amour, avec malignité, Aux yeux de son amant la rend plus belle encore ; Et déja dans son cœur Tithon a concerté L’ingénieux secret de fléchir la Déesse. ”
“ Dit l’épouse, il est vrai, vous avez pris la peine, De me payer le droit d’Aubaine, Voilà bien de quoi vous vanter ! Demandez à Cloris, à Flore, à Celimene, Leurs trois maris à moins d’une double douzaine, N’ont jamais cru les contenter ; Je les vaux bien, ne vous déplaise, Et je ne fuis pas assez niaise Pour croire suffisant un nombre si chétif : On ne vient pas, Monsieur, à bout d’un pucelage Avec aussi peu de courage ; Il faut pour le dompter un vainqueur plus actif. ”
“ Le croiroit-on ? La jeune Aurore, Du tendre Amour long-temps ignora les plaisirs ; Mais sur la terre enfin du milieu de la nuë, Allumant dans son cœur une flâme inconuë, Par un mortel charmant ses regards attirés, Momens perdus, combien fûtes-vous réparés ! Toute entière à l’amour, quelle douleur profonde, Lorsqu’au matin il fallut un moment Remonter dans son char pour annoncer au monde Des beaux jours qui n’étoient offerts qu’à son amant ! Ô jours délicieux ! plaisirs inexprimables ! Ne pourriez-vous être durables ? Tithon étoit mortel, hélas ! ”
“ L’EXPERIENCE FAIT LA SCIENCE.Le jour que Jean se maria Et qu’il eut dans la nuit fait rage, Sa femme au matin me pria Du reste de son pucelage. Je la f... de grand courage, Trois, fois, savourant ses beaux yeux, Puis me dit d’un air gracieux : Ami, ce que je viens de faire N’est que pour sçavoir quel vaut mieux Le mariage ou l’adultere. ÉPIGRAMME.Au lit de mort une vieille à confesse, Qui cinquante ans sous Vénus travailla, À Bourdaloue exageroit sans cesse Les doux plaisirs dont amour la combla. ”
“ Que dis-je ? cet amant à quinze ans ramené, Brûle de nouveaux feux, transporté d’allègresse, Reprend les agrémens que l’âge avoit ternis. Quel retour ? quel moment pour deux cœurs bien unis ! Il tombe à ses genoux, vainement la Déesse Sur le sort qu’il attend voudroit le prévenir ; Un oracle... écoutez... elle ne peut finir, Par cent mille baisers il l’interrompt sans cesse, Et comment résister long-tems ? Quand le cœur est d’intelligence L’amour, le tendre amour, emporte la balance ; Tithon obtient un lustre, & se trouve à vingt ans ”
“ Du mal que ton époux, dans une ardeur trop vive, T’a fait en dégageant la volupté captive De l’étroite prison où la mit ta vertu ? Ah ! non ma mere, non : c’est un mal que j’ignore, Mes pleurs ont un motif plus noble & plus puissant, C’est que je tiens de vous un mari que j’abhorre, En un mot il est impuissant. ”
“ D’où vient, disoit un jour Malzac à sa donzelle, Qu’en amour vous goûtez plus de plaisir que nous. Et que c’est nous pourtant qui courons après vous ? Il est bien aisé, se dit-elle, D’en deviner la cause ? on la voit tous les jours. ”
“ Quelle trouva dessous sa robe, Lorsqu’avec un juste dépit Elle se leve & se dérobe, Des bras de Lisandre, & du lit.13. Dans la colere qui j’emporte Elle pousse ce pauvre Amant, Et sans l’écouter seulement Se dispose à gagner la porte ; Alors Lisandre à ses genoux, Lui dit : Cloris, que faites-vous ? Ah ! du moins écoutez mes plaintes, Et regardez dans mon malheur Toutes les plus vives atteintes De l’amour & de la douleur. ”
“ Que j’ai failli parce que j’aime. Amour, ce maître impérieux, Force les Hommes & les Dieux, Brûle jusqu’aux poissons dans l’onde, Nul ne peut éviter ses coups, Et puisque tout aime en ce monde, Je puis brûler d’amour pour vous. ”
“ Tout bellement la pris entre mes bras ; Et d’une main qu’amour rendoit hardie, Je découvris ses plus secrets appas. Dormoit toujours la gentille pucelle, Ou le feignoit, car n’ouvroit la prunelle. ”
“ Et que par d’agréables coups Leurs beaux corps se communiquerent Tout ce que l’amour a de doux. Muses, n’échauffez plus ma vaine, De grâce arrêtez-vous un peu, Vous m’inspirez un autre feu Que celui de votre Fontaine. ”
“ Mon pucelage, il ne seroit pas beau Que tout à coup il tombât à la vue Le tout le monde, & pouvant l’empêcher Vous en auriez autant que moi de blâme ; Venez donc, soit. Damon répond : oh, Dame ! Plus n’ai de fil, d’un autre couturier Pourvoyez-vous ; c’est méchanceté pure, Dit Isabeau, de fil vous n’avez plus ? Eh ! dites-moi, que sont donc devenus Deux pelotons qu’aviez à la ceinture ? ÉPIGRAMME.Au Dieu d’Amour, une pucelle Offroit un jour une chandelle Pour en obtenir un Amant. Le Dieu sourit à sa demande, Et lui dit : Belle, en attendant Servez-vous toujours de l’offrande. ”
“ Du mal d’amour la Goscate pressée, En diligence appel la son Curé. L’homme de bien quand il l’eut confessée, Lui dit : le Ciel vous est tout assuré, Vous jouirez de ce port desiré, Du vrai bonheur que le Seigneur octroye À ses Élus ; pourvu qu’à cette joye Sacrifiez la chair & son plaisir, C’est le chemin que vous avez à suivre ; Qu’en cet état il est doux de mourir ! Oui ; mais, Monsieur, qu’il est rude d’y vivre ! VERS.Daignez m’ouvrir le vase de nature, Disoit à Lise, un des peres cornus. ”
“ L’humeur la plus pudique & la plus retenue. Sa jupe permettoit de voir en liberté Ce petit lieu charmant... qu’elle cache à la vue, Le centre de l’amour & de la volupté, La caufe du beau feu qui m’emflamme & me tue. ”
“ Allez, honneurs, plaisirs qui me livrez la guerre ; Toute votre félicité Sujette à l’instabilité En moins de rien tombe par terre ; Et comme elle a l’éclat du verre, Elle en a la fragilité. Ainsi n’espérez pas qu’après vous je soupire ; Vous étalez en vain vos charmes impuissans ; Vous me montrez en vain partout ce vaste Empire, Les ennemis de Dieu pompeux & florissans. Il étale à son tour des revers équitables, Par qui les grands sont confondus ”
“ Sans voix, sans mouvement mon Iris éperdue Laissoit mille beautés en proye à mon ardeur ; Comme elle oublioit sa rigueur, J’oubliai lors ma retenue, Et je me souvins seulement Que dans ce bienheureux moment, Par un excès d’ardeur nos forces suspendues, Nos corps entrelassés, nos ames confondues, Nous ont laissé livrés aux plaisirs les plus doux, Inconnus aux mortels moins amoureux que nous. ”
“ J’en crois mes yeux & non pas mes oreilles. Aussi-tôt le Moine fripon Trouvant son immonde jupon, lui fait voir un oiseau qui porte sur sa tête Les rouges fleurons d’une crête, Qui ne croissent jamais sur celle d’un chapon. ”
“ Contre un mari qui ne pouvoir bander Non plus qu’un mort au fond d’un catafalque. En s’escrimant l’Orateur se troussoit, Si qu’on voyoit son docteur qui poussoit Ad hominem un argument en régle, Et fiérement levoit sa tête d’aigle. ”
“ Un cœur fidele & misérable ; Je veux expier en mourant Un crime si noir & si grand, Qui choque la nature même, Et que pour vanger vos appas Ma mort vous témoigne que j’aime, Si mes soupirs ne le font pas. ”
“ Assurons, croyez-moi, le sort de notre flâme, Je le sens bien, un lustre à mon âge ajouté, Suffira pour bannir à jamais de mon ame Ces goûts capricieux, cette legéreté Que la jeunessie embrasse avec tant d’imprudence. ”
“ Par des doux & puissants efforts, Et qu’elle agite tout son corps Pour sauver sa vertu mourante ; Son heureux Lisandre aux abois Roule les yeux, & perd la voix ; L’amour fait écouler son ame, Elle est toute prête à partir ”
“ Quoique voyant mon dessein, Tu ne laisse d’une rose Faite un amoureux larcin ; Mais tu n’as pas le courage D’en faire jamais le don : C’est trop si c’est badinage, Trop peu si c’est tout de bon. ”
“ Lui chercha les raisons les meilleures qu’il put ; Mais tout bon orateur qu’il fut Elle n’en fut point soulagée ; Et la belle toujours s’arrachant les cheveux Faisoit couler deux ruisseaux de ses yeux, Enfin vouloir mourir, la chose étoit conclue. Hé bien veux-tu que je te tue, Lui dit-il ? volontiers. Lui sans autre façon Vous la jette sur le gazon, Obéit à ce qu’elle ordonne. À la tuer des mieux apprête ses efforts, Leve sa juppe, & puis lui donne D’un poignard à travers le corps. On a grande raison de dire Que pour les malheureux la mort a ses plaisirs ”
“ Il aime, il est aimé : quels transports vont remaître Ô Muse, hélas ! dans un instant peut-être J’aurai besoin de tout votre secours ; Déjà la char porté d’une vîtesse extrême, A ramené l’Aurore auprès de ce qu’elle aime. ”
“ Chacun se crut le cou cassé, Et dépêchoit ses patenôtes. Dans l’entre-deux d’un gros fessier. Un Curé fut pris par la nuque. Il retira son chef entier ; Mais il y laissa sa perruque : Il l’a cherche en l’obscurité. ”
“ Que ce bouton de rose là me plaît ! J’y vois la main de la Toute-Puissance. Et vous, mon cœur, reprit la sœur Constance, Peut-on vous voir, & ne pas l’adorer ! Tout est parfait, tout en vous m’édifie. ”
“ Moi je me jette à l’eau, Dit un Beat. Moi, dit un Jouvenceau, Parbleu, Messieurs, pour une bagatelle Je ne sçai pas chercher tant de façon ; Je vais au but, & pour toute raison, Au malin corps fais sauter la cervelle. ”
“ Dieu sçait comment ! puis un autre en remet Au même endroit, ainsi que l’on peut croire. À celui-ci, par faute de mémoire Il met un Bât : l’autre n’en avoit point. L’Époux revient veut s’éclaircir du point. ”
“ Comment un homme avant sa derniere heure Peut pénétrer dans la sombre demeure. Cet homme aimoit, l’amour guida ses pas : Mais aux Enfers, comme aux lieux où vous êtes, Voyez qu’il est peu d’intrigues secretes ! ”
“ Par les Prélats, disoit une Laïs, Graves Pasteurs & Philosophes rogues, Les doux plaisirs de l’amour sont proscrits, Contre le sexe aboyant en vrais dogues, Ils prêchent haut dans leurs tristes écrits La continence à tous tant que nous sommes. ”
“ Alte-là, dit le Moine, en élevant sa voix, Il est ici du mécompte, mes Peres. Mais de ce bruit nos Moines peu distraits Crierent tous, sans quitter leurs affaires, Allons toujours nous compterons après. ”
“ Le mouvement fit éveiller Vulcain, Qui voyant Mars de sa Vénus trop proche, Oh ! Oh ! parbleu, s’écria-t-il, Catin, C’est tout de bon vraiment qu’il vous accroche. Tu n’as pas tort ; comment ! foin du Galant ! ”
“ Dame ! il n’a jamais fait la joye, Lui répondit un des parens, Faudroit le mettre sur la voye, Et vous feriez bien-tôt contens. Volontiers, qu’à cela ne tienne. En effet, la grosse maman, Qui devoit sçavoir le tran tran, La nuit d’après lui coula cette antienne : L’ami, serois-tu curieux De goûter les plaisirs des Dieux, Des Dieux qui sont au Ciel ? sans doute : Comment ? Eh ! nous ne voyons goûte ! ”
“ Un vieux pucelage, Boulbéne, Par fois cause bien des travaux. Damon, n’en soyez pas en peine, Nous sçavons prévenir les maux. Le même. AUTRE. CONTRE LA VEUVE B...En pleurant l’Époux qu’elle perd, B... vous fait pitié, quelle erreur est la vôtre ! Tel un bâton de bois verd, Qui brûle par un bout, quant il pleure par l’autre. ”
“ Depuis quatre jours me tourmente, Vous seriez ingrate & méchante, Si vous me refusiez le bien Que vous avez par mon moyen. Alix j’ai besoin de votre aide, Puisque vous portez le remede Qui sans faute peut me guérir. ”
Termes fréquents
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