“ Déesse, chaque fois que Tithon obtiendra De votre amour la preuve la plus chere, D’un lustre tout d’un coup cet amant vieillira ; Ainsi de lustre en lustre abrégeant sa carrière, Sa jeunesse s’éclipsera. Thiton est immortel, grand Dieu je vous rends grace, S’écria-t-elle, embrassant ses genoux, Ce que j’aime vivra, mon sort est assez doux, Elle dit, & des airs son char franchit l’espace, Son cœur cède au Destin, non sans quelques regrets. ”
Tithon
Définition et enjeux
Citations sur “Tithon”
“ De l’amour que je sens le plus fidéle gage, Tu dois, mon cher Tithon, m’en aimer davantage, Tes beaux jours seront mes bienfaits, Je sçaurai malgré toi commencer mon ouvrage ; Elle le croit ainsi : Je ne sçai quel présage Me fait trembler pour le succès. Ô vous dont les crayons voluptueux & sages Des misteres secrets des plus tendres amours, Tracent modestement les plus vives images, C’est à votre art divin, Muses, que j’ai recours ; Titon va recouvrer l’éclat de ses beaux jours, Il aime, il est aimé : quels transports vont remaître Ô Muse, hélas ! ”
Louis Baudet, Mythologie de la jeunesse
“ Jupiter, à la prière de l'Aurore, lui accorda l'immortalité ; mais elle avait oublié de demander qu'il fût exempt de vieillesse. Tithon devint si caduc et si décrépit, que la vie lui fut insupportable. Il pria Jupiter de lui retirer le don de l'immortalité ; mais le destin ne le permettait pas, et Jupiter, par grâce, le changea en cigale. L'Aurore avait eu de son mariage avec Tithon le célèbre Memnon, qui fut tué par Achille au siège de Troie. A Thèbes, en Egypte, la statue de Memnon rendait, dit la légende, un son harmonieux lorsque les rayons du soleil venaient à la frapper. ”
Pétrarque,
Les Rimes de François Pétrarque
“ Quand je vois du ciel descendre l’Aurore avec son front de roses et avec ses cheveux d’or, Amour vient m’assaillir ; et je pâlis et je dis en soupirant : c’est là qu’est Laure maintenant. Ô bienheureux Tithon ! tu sais bien l’heure où tu retrouveras ton cher trésor ; mais moi que dois-je faire du doux laurier ? Car si je veux le revoir, il faut que je meure. ”
A . Titeux T. Devilly Eugène Bareste Homer, L’Odyssée/Traduction Bareste
“ La déesse Aurore quitte la couche du beau Tithon, pour apporter la lumière aux hommes et aux dieux. Les immortels assemblés sont assis sur leurs trônes ; au milieu d'eux est le fils de Saturne, Jupiter, qui tonne du haut des cieux, et dont la puissance est infinie. Minerve, pensant à Ulysse, retrace les nombreuses souffrances de ce héros ; elle songe avec douleur que le fils de Laërte est encore retenu dans les demeures de la nymphe Calypso. ”
Choix de poésies bucoliques , à l'usage des jeunes demoiselles (1789)
“ Emule en même tems & fille du soleil , Elle offre à NOS regards un visage vermeil. Tout s'émeut , son aspect ranime la nature ; C'est en vain que Tithon, en la quittant murmure ; Divinité propice aux humains malheureux , Elle arme, elle se plaît à leur porter ses feux. Par-tout ces 0eux vainqueurs se forment des issues, La nuit leur cède, au, loin ils vont dorer les nues ; Tithon n'est pas le seul épris de ses appas : Quel mortel , chère Ismène , & quel Dieu ne l'est pas ? ”
Jean le Rond d’Alembert,
L’Encyclopédie, 1re éd.
“ L’auteur, après un tableau pittoresque de l’entrevue des deux amans, & de la résolution que l’Aurore, en quittant Jupiter, avoit formée de conserver les beaux jours de Tithon, ainsi qu’elle le lui déclare, sans y réussir, ajoute : L’Amour couvrant leurs yeux de voiles séduisans, Semble éloigner leurs destinées ”
Mathieu Marais, Contes et nouvelles de La Fontaine (1858)
“ Il eut beau lui parler de la foi conjugale : Les jeunes déités qui n'ont qu'un vieil époux Ne se soumettent point à ces lois, comme nous. La déesse enleva ce héros si fidèle. De modérer ses feux , il pria l'immortelle : 1 C'est à-dire : il est bientôt midi. — 2 L'Aurore , dans la Table, était femme du vieux Tithon. 3 Edition des Fables choisies de 1694 : Celle-ci déclara son amour à Céphale, LES FILLES DE MINEE. 493 Elle le fit; l'amour devint simple amitié. ”
Friedrich Max Müller,
Essai de mythologie comparée
(1859)
“ Tithonos est rendu immortel, mais comme Éos a oublié de demander pour lui la jeunesse éternelle, il devient un vieillard décrépit, dans les bras de sa femme toujours jeune, qui l'aimait quand il était jeune, et qui est bonne pour lui dans sa vieillesse. ”
Gustave Planche,
Titien, sa Vie et ses Œuvres
“ Titien ne l’ignorait pas, et ses œuvres sont là pour le prouver. Il y a dans la Tribune de Florence deux Vénus de la main de Titien. Pour estimer la valeur de ce maître dans le domaine de la beauté pure, je choisirai la plus élégante des deux, celle dont la tête est placée à la gauche du spectateur, et dont le mérite a été souvent célébré. C’est à coup sûr un des meilleurs ouvrages de l’école vénitienne. Il serait difficile d’imaginer une couleur plus séduisante et plus vraie. La souplesse de la chair ne laisse rien à souhaiter. Le mouvement du corps est plein de grâce et de volupté. ”
E. Müntz, Titien et la formation de l’École vénitienne
“ Le Titien, — il n’est pas permis d’en douter, — est un des créateurs du genre. La netteté, la décision, le parti pris qu’il apporte dans ses interprétations de la figure humaine, il les retrouve lorsqu’il s’attaque à la nature. Comme les sites qu’il déroule au fond de ses compositions sont plus vivans, plus grandioses, plus dramatiques, que ceux de ses prédécesseurs, soit vénitiens, soit ombriens ! ”
E. Müntz, Titien et la formation de l’École vénitienne
“ Le Titien, au contraire, sacrifie le modelé à l’effet d’ensemble ; il s’attache à une facture large autant que celle de son émule est serrée ; ses figures valent par contraste plutôt que par elles-mêmes. La préoccupation de la couleur en un mot l’emporte sans cesse chez lui sur la recherche de la structure même des êtres ou des objets. ”
Armand Dayot,
Le musée du Louvre, tome 2 (of 2…
“ On a presque honte d’écrire des phrases élogieuses sur un pareil chef-d’œuvre; il semble que l’on commette un béotisme en exprimant son admiration pour ce dessin grand et simple, cette couleur d’une clarté si chaude, ce modelé puissant et souple, cette fleur de vie répandue partout qui caractérisent la manière de Titien. Titien est 166 le plus sain, le plus robuste, et le plus tranquille des grands peintres. Chez lui, aucun effort visible; il atteint la beauté facilement et du premier coup, comme une chose naturelle. ”
Georges Lafenestre,
Revue des Deux Mondes
“ « Je ne manquerai pas de donner sous peu à Titien quelque témoignage par lequel il pourra connaître en quelle estime je le tiens et combien il m’a fait plaisir. » Dans cette circonstance, comme dans bien d’autres, l’intervention de l’Arétin avait failli gâter l’affaire, et l’on ne s’expliquerait pas que Titien y eût désormais si fréquemment recours si l’on ne connaissait par ses contemporains la douceur de son caractère, son amour du repos et son goût pour l’argent, en même temps que l’infatigable activité, le génie d’intrigue, la souplesse cynique de son habile compère. ”
Gaston Leroux,
Le Fils de trois pères
(1925)
“ Titin est un homme de bien qui ne manquerait point un saint, comme de juste pour ce qui est de la fête suivant les usages et coutumes et avec tous les apparats nécessaires qu’il connaît mieux qu’homme du monde ! C’est pourquoi il n’y a pas de festin sans Titin ! Vous n’avez qu’à chercher sur le calendrier, monsieur Morelli, et vous finirez bien par trouver Titin ! ”
H. Taine, L’Italie et la vie italienne.…
“ Ceux de Titien sont grands comme des combattans. Ce qui l’a frappé, ce n’est point l’impression grimaçante ou douloureuse d’un visage convulsé ; c’est le puissant mouvement d’un meurtre, le déploiement du bras qui frappe, les draperies agitées d’un fuyard qui court, l’élan magnifique des arbres qui étendent au-dessus du sang et des armes leurs branchages sombres. Plus véhément encore est un crucifiement du Tintoret. Tout s’y remue et s’y renverse ; la poésie de la lumière et de l’ombre remplit l’air de contrastes éclatans et lugubres. ”
Augustin Théry, Un mécène au XVIIIe siècle [Titon Du Tillet… (1865)
“ Titon naquit à Paris, à la fin du XVIIe siècle, le 16 janvier 1677. Son père, directeur général des manufactures et magasins royaux, lui transmit en mourant un nom sans tache, mais une fortune modeste. D'abord destiné au barreau, puis, à quinze ans, capitaine de dragons, réformé après la paix de Riswick, devenu maître d'hôtel de la duchesse de Bourgogne, il porta, dans ces positions si diverses, une pensée qui l'obsédait sans cesse ; il aspirait à encourager les hommes de lettres et les artistes et- à concentrer dans un foyer commun les rayons de cette double gloire nationale. ”
Gustave Planche,
Titien, sa Vie et ses Œuvres
“ Si l’on se reporte par la pensée vers les traditions de la mythologie grecque, si l’on se rappelle les vers d’Homère, où la beauté d’Aphrodite est racontée dans toute sa splendeur, on est quelque peu désappointé. La Vénus de Titien agit puissamment sur les sens, et pourtant elle n’est pas païenne dans la véritable acception du mot, car, pour les Grecs, Vénus était quelque chose de plus qu’une femme jeune, séduisante et voluptueuse, c’était la déesse de la volupté, et Titien a négligé le côté divin du personnage. ”
“ Sous la belle coulée de lumière, le visage est modelé avec la plus souple vérité. Sans abandonner la voie large qui était la sienne, Titien a victorieusement lutté avec le peintre graveur ; il l’a égalé par la puissance de la caractéristique et par l’élévation morale. Titien fut appelé à Padoue, en 1511, par la confrérie de Saint-Antoine de Padoue. Chargé de décorer la Scuola del Carmine et la Scuola del Santo, il prit pour aide le peintre padouan Campagnola. ”
“ François de la Rovère commandant les troupes vénitiennes dans l’expédition que Charles-Quint préparait contre les Turcs, de concert avec le Pape et Venise, posa devant Titien en son harnais de guerre, tête nue, le bâton de commandement appuyé sur la hanche. La violence emportée de ce personnage qui fut un homme de coup de tête et de coup de main, respire dans ses traits énergiques et durs, dans son teint brûlé et desséché, dans ses yeux impérieux, dans sa pose hautaine. Avec le portrait de ce dur seigneur, celui de sa femme, la douce et fine Eleonora fait un contraste presque tragique. ”
Louis Bernard, Chefs-d'oeuvre de peinture au musée du Louvre… (1879)
“ Nous pourrions faire à peu près la même remarque, si nous recherchions les motifs qui ont déterminé le Titien sur le choix particulier de telle ou telle attitude, de telle ou telle teinte, dans diverses parties de sa composition. Mais il est un objet plus important à considérer, c'est l'ait prodigieux que ce maître a développé dans la vérité des tons et dans le maniement du pinceau. Jamais dans aucun tableau, même du Titien, la chair ne paraît mieux ou aussi bien de la chair que dans la figure du Christ. ”
Émile Michel,
Revue des Deux Mondes
“ Dans tous les genres, on le voit, et il les a tous abordés avec une égale maîtrise, Titien assigne à la nature un rôle capital. Elle apparaît chez lui, non plus seulement comme un décor, mais le premier il en a compris l’importance expressive et révélé le charme. ”
Victor Fournel,
Aux pays du soleil. Un été en Espagne…
(1883)
“ Riche, heureux, triomphant comme son ami le Titien, portant dans sa vie magnifique et large le caractère de ses œuvres, et dans ses œuvres élégantes, nobles et pompeuses, le caractère de sa vie, il représente au vrai cette école vénitienne, qui semble avoir produit tous ces chefs-d'œuvre au milieu des fêtes, dans le facile enfantement d'une inspiration toujours pleine de sérénité et de joie. ”
Jean-Joseph Taillasson,
Observations sur quelques grands peintres
“ Le caractère distinctif du Titien est d’avoir eu, le premier, dans une longue suite d’ouvrages, une si belle couleur, qu’elle lui a fait donner la première place dans cette partie de la peinture, et d’en avoir réuni plusieurs autres encore à un très-haut degré. Le plus grand éloge qu’on puisse faire du coloris d’un tableau, c’est de dire qu’il est beau comme celui du Titien : son coloris, en effet, est riche et vrai, doux et vigoureux, et toujours harmonieux ; il rend l’éclat des draperies, et la fraîcheur, la transparence des chairs. ”
“ Mais, sourd aux objurgations, aux menaces même de l’impatient duc de Ferrare, il la remplit lentement, à son heure. Titien n’était rien moins qu’un improvisateur. Comme nous l’apprend un de ses élèves, il esquissait hardiment « par des coups résolus et par des touches épaisses », puis, laissant reposer ses esquisses, il les reprenait plus tard et les corrigeait sans pitié, « pour les pousser à la plus parfaite harmonie qui pût rendre la beauté de la nature et la beauté de l’art. » Il lui fallait porter longtemps une œuvre pour qu’elle arrivât comme un fruit à la saison de la maturité. ”
Gustave Planche,
Titien, sa Vie et ses Œuvres
“ Les premières impressions reçues par Titien avaient laissé dans son intelligence une trace profonde, et les leçons des deux Bellini, Gentile et Giovanni, n’ont pas effacé le souvenir des mosaïques de Saint-Marc. La splendeur et l’harmonie de ces admirables ouvrages se retrouvent dans les toiles de Titien. Le modelé, qui manque à ces radieuses mosaïques, manque trop souvent aussi aux plus belles conceptions, aux inventions les plus ingénieuses du maître vénitien. L’éducation pittoresque du maître qui nous occupe mérite une attention toute spéciale. ”
Gaston Leroux,
Le Fils de trois pères
(1925)
“ Mais, toi, pauvre Titin, tu joues ta vie pour apprendre de la bouche de Toinetta qu’elle vient joyeusement de se fiancer à un homme que tu détestes à en mourir. Et ta Toinetta sait-elle que tu l’aimes ? Connaissait-elle ton secret avant toi ?... Avait-elle deviné ton cœur avant qu’il ait souffert ?... Non, n’est-ce pas ?... Il y a trop grand abîme entre Titin-le-Bastardon et Mlle Agagnosc, si grand que ni elle, ni toi n’avez jamais pensé d’en côtoyer les bords !... C’est ce qui vous faisait si loyaux et si heureux, dans vos rencontres, ignorants du danger. ”
George Sand,
Les Maîtres mosaïstes
“ Eh bien ! sans doute, dit le triste vieillard avec impatience, c’est un grand siècle, un beau siècle pour les arts. Mais je ne puis me consoler d’avoir contribué à sa grandeur et d’être le dernier à en jouir. Que m’importe d’avoir produit le Titien, si personne ne s’en souvient et ne s’en soucie ? Qui le saura dans cent ans ? Encore aujourd’hui ne le sait-on que grâce à la reconnaissance de ce grand homme, qui va partout faisant mon éloge, et m’appelant son cher compère. Mais qu’est-ce que cela ? Ah ! pourquoi le ciel n’a-t-il pas permis que je fusse le père du Titien ! ”
“ Le visage, le bras droit émergeant d’une large manche, la poitrine, dont la rondeur pesante fait plier le souple corset rayonnent dans un fluide chaud et vivant, au centre des tons neutres et sourds. Rien qui éclate en cette grave harmonie, mais une chaleur concentrée, un charme tranquille et profond, une sorte de recueillement sacré autour de la beauté. Dans ces mêmes années, Titien, remplissant les obligations de sa charge officielle, peignit les portraits du doge Grimani et de son successeur Andrea Gritti, dont il était l’ami particulier ; ce dernier seul nous reste. ”
“ Mais ce qui attire et captive les regards, au centre de la toile, c’est une cascade de corps potelés et roses, c’est le peuple ailé des petits amours nus et bondissants qui s’ébattent en mille manières, se poursuivent et se culbutent, luttent et s’embras LA MADONE DE SAINT-NICOLAS. (Rome.) sent, s’attaquent à coups de pommes et de flèches innocentes, saisissent un lièvre effaré. Titien a mis là toute la science et tout le sentiment délicat qu’il avait de la vie enfantine, rieuse, abondante et fraîche. La volupté païenne et sa naïve impudeur triomphent dans l’ardent poème de la Bacchanale. ”
“ LAURA DIANTI. (Musée du Louvre.) pensive et douce se modèle sur un fond orné de lauriers. Il est infiniment probable que dès 1516 Alphonse d’Este avait chargé Titien de peindre les trois panneaux à sujets mythologiques qui devaient faire pendant à la Bacchanale. Nul mieux que Titien ne pouvait achever dans le même esprit que son maître, mais avec des richesses et des ardeurs insoupçonnées de lui, cet hymne aux énergies de la nature, à la liberté de la vie antique. Sans être un lettré, Titien avait un vif sentiment de l’antiquité. ”
