“ Tel est l’esprit de l’appel aux Françaises signé d’une de nos grandes féministes. « Rappelons-nous, dit-elle, que nous n’avons pas le droit d’être faibles et que la tendresse vivifiante témoigne d’un plus grand amour que la tendresse amollissante... toute femme qui, à l’heure présente, ébranlerait le sens du devoir envers la Patrie serait une criminelle... N’oublions pas que notre attitude intérieure se reflétera sur notre visage... et que les défaillances... peuvent trouver un écho dans les cœurs. Notre responsabilité sera écrasante et la fermeté des femmes françaises sera décisive. » ”
Léon Abensour
Résumé
“Les Vaillantes”, est une œuvre de Léon Abensour. Des thèmes tels que blessés, féministes ou Allemands y sont abordés.
Citations de Les Vaillantes (Léon Abensour)
“ Si l’on veut bien regarder en face la réalité on reconnaîtra que pas plus que les hommes, les femmes n’ont eu à se transformer. Les hommes, sous le scepticisme et le laisser-aller cultivaient encore l’énergie, le courage et l’initiative de la race ; les femmes dont quelques-unes seulement voilaient sous une frivolité apparente leur âme tendre et dévouée, ont, comme eux, facilement retrouvé le culte de la Patrie, la maîtrise de soi-même, l’abnégation. Est-ce à dire que toutes les Françaises soient devenues depuis la guerre des héroïnes cornéliennes ? ”
“ Émilienne Moreau, elle aussi, a, comme elle le souhaitait participé aux périls et à la gloire des combats. Elle a contribué à la délivrance d’un lambeau de terre de la grande patrie, du sol même où repose son père et où vivent les siens. Plus heureuse que bien d’autres la jeune héroïne a pu, d’une gloire bien gagnée, parer, comme d’un nimbe d’or, son attirante beauté. De toute part lui sont venus les hommages. Le lendemain de la bataille, Douglas Haig envoie un officier d’ordonnance féliciter la jeune fille « du courage avec lequel elle a aidé ses troupes a attaquer l’ennemi. » ”
“ Avec les combattants elle veut une France nouvelle, plus belle, plus grande et elle comprend qu’une paix hâtive briserait l’idéal pour lequel elle sacrifie ses joies intimes et sa vie présente. « Oui, je crois pouvoir le dire, au nom de toutes les femmes qui luttent et souffrent : si nos cœurs aspirent à la Paix, notre conscience nous la défend. » ⁂ Dès les prodromes du Congrès pacifiste, les femmes françaises, féministes ou non, comprirent quelle force morale elles représentaient à l’étranger et quel puissant intérêt elles avaient à mettre cette force au service du pays. ”
“ Le régiment, comme toute l’armée, se bat sans cesse pour échapper à l’étreinte, et la sœur assiste journellement aux grandes batailles. Peu à peu son âme se trempe et, elle aussi, combat en vrai soldat. Elle va montrer qu’elle a l’âme d’un chef. Dès le début d’un engagement livré le 23 septembre, un feu terrible abat à la fois le colonel et dix officiers. Les hommes plient, reculent. Mais Mme Ivanova s’élance, les exhorte, fait appel à leur dévouement, à leur patriotisme. Elle les rallie autour d’elle, les entraîne à sa suite et les ramène jusqu’aux tranchées ennemies. ”
“ Soigner les blessés : on pourra peut-être avoir la chance d’être dans une ambulance du front, et l’on partagera en partie la vie et les dangers des combattants. À l’arrière même on entendra des échos de la bataille, affaiblis mais grandioses encore et ce sera un peu vivre la lutte que d’en entendre par les acteurs eux-mêmes, dans l’horreur de la souffrance, raconter les mille péripéties qu’on imagine d’abord magnifiques, éclatantes, chevaleresques, pleines de panache comme une page de d’Esparbès ou un tableau de Détaille. ”
“ Mais si celle-ci dans un pays surpeuplé et à l’abri de l’invasion, était en quelque sorte du luxe, la Ligue de la mort put, en une contrée dépeuplée par trois guerres, jouer un rôle utile, nécessaire et glorieux. La résistance des femmes serbes à l’invasion, se marque par mille épisodes d’un caractère romanesque, comme celui-ci que raconte, pour en avoir entendu le récit de l’héroïne elle-même, un de nos soldats : Près de Chabatz, alors qu’une batterie serbe est au repos on amène au colonel une femme. Je la regarde. Une jeune paysanne, une vraie. Les frusques ne sont pas un déguisement. ”
“ Il faut sauvegarder votre subsistance, l’approvisionnement des populations urbaines, et surtout l’approvisionnement de ceux qui défendent la frontière, avec l’indépendance du pays, la civilisation et le droit. Debout, donc, femmes françaises, jeunes enfants, filles et fils de la patrie ! Remplacez sur le champ du travail ceux qui sont sur le champ de bataille. Préparez-vous à leur montrer, demain, la terre cultivée, les récoltes rentrées, les champs ensemencés ! Il n’y a pas, dans ces heures graves, de labeur infime. Tout est grand qui sert le pays. ”
“ Pour beaucoup de femmes il n’a plus fallu seulement trouver un salaire d’appoint, mais un salaire. Il s’agit de celles qui, de plus en plus nombreuses au xixe siècle, se sont trouvées dans la nécessité de vivre seules et de seules, se suffire. Voici d’abord les paysannes que la grande ville fascine ou que l’industrie familiale ne peut plus nourrir ; voici les jeunes filles instruites qui ont quitté le foyer pour la recherche fébrile d’une situation qu’elles espèrent brillante. Voilà surtout la foule de celles qu’isole la crise de la famille, qui n’ont pas ou qui n’ont plus de foyer. ”
“ Même arrogance, même faux intérêt de la civilisation et de l’humanité, même souci de rejeter sur les alliés toutes les responsabilités. Quelle différence avec la dignité triste de nos Françaises, l’étonnement scandalisé des Anglaises, la pitié profonde des femmes russes ! Après les mécomptes de la Marne et de l’Yser, quand les morts s’amoncellent et que la famine fait sentir son étreinte, les femmes allemandes supportent mal l’adversité. Il est dur de se priver quand on a cru goûter les fruits d’une rapide victoire. ”
“ Londres a vu, vivant symbole, flotter sur un cortège d’amazones la bannière verte et violette appelant naguère les femmes à la révolte, aujourd’hui les peuples, a la liberté. Plus répandu, plus populaire qu’en France le féminisme a, depuis de longues années, donné aux femmes anglaises la soif de l’indépendance, le désir de jouer, à l’égal des hommes, un rôle dans le monde et de marquer leurs traces dans la voie de l’universel progrès. ”
“ À la mairie, les murailles tremblent et menacent de s’écrouler sur elle. Une pluie de balles y pénètre ; de temps en temps, quand l’averse est trop forte, la courageuse femme descend à la cave, puis reprend bien vite son travail. Trois obus éclatent dans la cour, juste à côté d’elle, un autre éclate dans sa chambre à coucher. Rien ne peut avoir raison de son courage. Et quand le 24 septembre, le maire, plus souffrant doit quitter Taissy, toute l’administration de la commune retombe sur sa remplaçante. Mme Fiquémont a bravé les terreurs du bombardement. Ce n’est pas l’épreuve la plus dure. ”
“ Le salaire de l’homme n’a pas suffi pour faire vivre la famille. La femme a dû chercher un gagne-pain : l’usine la sollicitait tout naturellement ; elle s’y est engouffrée, quitte à toucher d’abord un salaire dérisoire pour un travail exorbitant [1] . Le salaire est souvent pour elle un simple « salaire d’appoint qui, insuffisant par lui-même, doit, s’additionnant à celui du mari, permettre de joindre les deux bouts ». Et voilà, soit dit en passant, la cause essentielle d’une des plaies de la société moderne : l’exploitation des ouvrières à domicile. ”
“ C’est qu’en transformant leur entourage, les femmes se sont elles-mêmes transformées. Peu à peu la conquête du bulletin de vote ou des professions masculines leur semblèrent un moyen plutôt qu’une fin : et elles furent féministes, non seulement pour se réaliser entièrement elles-mêmes, mais pour mettre des énergies encore inexploitées au service de leur pays et de l’humanité. Négligeant la politique pure, les affaires extérieures et les finances, elles s’attachèrent passionnément à ces questions sociales qui tiennent en une seule ligne : recherche du mieux être et du bonheur de tous. ”
“ Rares sont chez nous, les femmes soldats. Trois cependant au moins, restées d’ailleurs anonymes — prirent part à la bataille de la Marne. Une jeune blanchisseuse parisienne, ressentant toute l’ardeur dont brûle alors la capitale réussit, on ne sait comment, à se revêtir d’un uniforme de zouave et à se faufiler parmi nos troupes. Elle combattit avec vaillance aux grands jours de septembre puis, découverte, rentra dans le rang, dans la foule obscure de « celles qui attendent ». Une autre jeune femme a le malheur d’être unie à un mauvais Français qui s’est dérobé à ses obligations militaires. ”
“ C’est le colis qui apporte mille petits objets utiles ou délicieusement superflus, c’est la cocarde de Mimi Pinson distribuée au plus brave comme au temps de tournois, c’est la pensée surtout qu’on n’est plus seul sur la terre, qu’aux battements de votre cœur répondent les battements d’un autre cœur, que votre bonheur ou votre malheur, la gloire ou la mort ne seront pas à tous indifférents. ”
“ Si elles ont assez d’intelligence, d’activité, d’endurance pour remplir le rôle parfois difficile d’interprètes, pour guider dans Londres les réfugiés, pour attendre par des nuits qui seront longues et glaciales les convois de réfugiés dans les gares d’Angleterre, ne peuvent-elles, pour le plus grand bien du Royaume Uni, utiliser ces qualités sur le front ou tout au moins à l’arrière du front ? Ne peuvent-elles, à l’égal des hommes, s’habituer à des exercices, se plier à une discipline pour être comme les hommes prêtes à toute éventualité ? ”
“ Dégageons-nous de toute vaine littérature et nous apercevrons que la plupart des femmes qui pendant la guerre se sont montrées dignes, sérieuses, dévouées, étaient, avant la guerre, déjà des mères de famille conscientes de leurs devoirs, des jeunes filles averties mais réservées, d’honnêtes femmes dans toute l’acception du terme. Celles qui auraient pu réellement changer ce sont celles-là qui, brillante écume du Tout-Paris, étrangères le plus souvent, ne cherchaient chez nous que le luxe et la vie facile. ”
“ C’est le cœur serré, c’est en retenant à peine leurs larmes, c’est en étouffant leurs sanglots qu’elles ont laissé partir leurs maris et leurs fils. Elles souffrent, elles pleurent de leur absence ; plus d’une, glorieuse pourtant lorsque l’aimé se distingue, demande surtout en ses prières que le danger soit écarté de lui. Plus d’une, sans oser parfois se l’avouer, préfère la vie, la présence chère aux citations, aux galons, aux palmes et aux croix. ”
“ Les aspirations généreuses des femmes françaises, leur ardent désir de servir le pays, la compétence que de longues années d’exercice leur avaient acquise en divers métiers ou professions presqu’à l’égal de leurs frères, tous ces précieux éléments de force n’ont pas été de suite utilisés. C’est seulement au milieu de la deuxième année de guerre que les femmes rendirent tous les services que l’on pouvait attendre de leur patriotisme et de leur énergie. ”
“ Aux temps antiques, quand les cités romaines étaient envahies par les hordes barbares, parfois se levait au milieu d’elles un évêque dont le mépris de la mort, la douce énergie, la science des justes paroles arrêtaient la main meurtrière du Vandale ou du Hun. Ainsi, dans les cités de la France envahie, les femmes ont, pour leur part, vaincu l’Allemand sous d’immatérielles armes et dans la guerre sanglante, fait vivre encore l’esprit de justice et l’humanité. ”
“ Dans les meetings organisés pour montrer la nécessité des enrôlements, au milieu d’une foule surexcitée, sur les estrades où s’étalent d’immenses pancartes, où flottent des banderoles, — tableau qui pour nous Français évoque les journées immortelles de la Patrie en danger et la voix formidable de Danton, — des femmes se tiennent, féministes habituées de longue date aux joutes oratoires, actrices qu’enhardit l’habitude des planches, mais aussi de simples et modestes femmes ou jeunes filles qui jusqu’ici n’ont de leur vie affronté des regards assemblés et que galvanise l’idée patriotique. ”
“ Tout cela Mme Mâcherez l’a fait simplement, sans attitude, sans phrases ; elle a défendu sa ville et ses concitoyens comme elle aurait fait d’elle-même ou de son patrimoine, en ménagère avisée et prudente, en femme de tête et de cœur. En plein xxe siècle elle évoque ces fières châtelaines qui, les époux à la croisade, commandaient sur leurs terres et ne s’effrayaient pas des hommes d’armes ni des reîtres pillards. Dans les pays ou l’invasion est devenue occupation, les femmes ont du prolonger un rôle ailleurs éphémère. ”
“ Quiconque pense à la femme française de 1914 se représente une jeune infirmière drapée dans le voile blanc ou bleu, sémillante malgré la coiffe monastique où brille une croix de sang. La Croix-Rouge, est, de l’activité immense des femmes françaises, l’aspect le plus connu, le plus populaire, disons mieux, le seul populaire, le seul connu. La Croix-Rouge est d’ailleurs d’inspiration en partie féminine et l’on sait quel grand rôle organisateur y joua Florence Nightingtale. ”
“ Mlle Canton-Bacara, qui n’a rien pris depuis le matin, meurt de faim, et pour comble d’ironie elle a pour siège un gros fromage de gruyère et pour dossier un morceau de lard et un jambon. Par les vitres, elle aperçoit les incendies qui s’allument à l’horizon. Le sifflement des obus déchire la nuit, tandis que de la ville prise monte la sinistre rumeur de la conquête brutale. L’automobile ne peut avancer que lentement. ”
“ Elle a transformé en hôpital l’école Normale d’Infirmières où elle professe et installé un peu partout des ambulances. Elle y a recueilli Belges, Anglais, Français et Allemands. Tous ont été soignés avec un égal dévouement, une égale patience. Se trouve-t-elle au chevet des souffrants, des mourants ?... plus d’amis, plus d’ennemis pour elle ; des frères malheureux. Les vainqueurs eux-mêmes le savent ; leurs officiers ont, à plusieurs reprises, rendu hommage à l’infirmière. Cent de leurs blessés ne sont-ils pas traités dans la seule école Normale ? ”
“ Voyons les défiler dans les rues de Londres, trois par trois, bien alignées, marchant d’un pas ferme et égal ; elles ont fière allure et donnent l’impression de solides gaillardes. Toutes sont bien découplées. Quelques-unes sont belles, de la mâle beauté des jeunes Londoniennes, et parfois même, sourit un joli minois. Périodiquement soumises à des exercices militaires à leur camp d’entraînement de Hampstead près Londres, elles s’initient comme le jeune soldat à la gymnastique et aux mouvements d’ensemble ; puis elles s’entraînent à de longues marches coupées d’une halte repas. ”
“ Les années que nous vivons offrent au monde un spectacle encore sans exemple, quelles que soient les grandes crises qui l’aient jusqu’alors torturé. Pour la première fois sont aux prises dix peuples arrivés au stade des armées nationales et du service militaire obligatoire. Pour la première fois, la mobilisation générale arrache à ses devoirs civils, à ses occupations du temps de paix trente générations masculines les plus actives, l’élite du pays, sa force agissante et pensante, pour une guerre dont la durée excède deux ans. ”
“ Toutes prennent au sérieux leur tâche et se convainquent de la grandeur de leur rôle. Elles en convainquent également l’opinion. Le Daily Herald écrit : « C’est aux femmes qu’il appartient de ramener les blessés à la vie et à la force, de préserver de la ruine le foyer abandonné. Leur rôle ne consiste pas à attendre ; une sphère importante d’activité intellectuelle leur est assignée. Demander l’aide des femmes, en une période de crise nationale prouve deux choses. D’abord que nous les reconnaissons comme faisant partie de la nation, d’autre part que leur aide a une valeur. » ”
“ Mlle Nicolle, l’institutrice de Moyenmontier ( Vosges) remplit avec une égale fermeté les fonctions d’infirmière et de maire. Pendant les douze premiers jours de la guerre, elle soigne avec le plus grand dévouement trois cents blessés français sans le secours d’aucun médecin. Vient l’occupation allemande. Belle occasion pour d’autres de fuir ! occasion pour Mlle Nicolle de faire preuve de plus de courage et de dévouement. Elle reste à l’hôpital qu’elle a organisé et soigne non seulement les blessés français, mais les allemands. ”
“ L’instituteur ajoute à ses fonctions celles de secrétaire de mairie. Sa femme, institutrice souvent, connaît ses devoirs, ses préoccupations et sans effort, par la simple action de la vie commune, s’est mise déjà au courant de la tâche. Quoi de plus naturel, si le maire et l’instituteur sont mobilisés que de voir l’institutrice prendre leur place ? Nulle difficulté à surmonter, pas d’apprentissage pour un métier dont la femme connaît bien déjà la théorie, sinon la pratique. ”
Termes fréquents
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