“ La besogne était rude, et la planche de chêne fit une longue résistance; à force de cogner, je parvins cependant à briser l'un de ses joints; elle céda, et, redoublant de vigueur, je finis par la repousser dans la futaille.Le résultat immédiat de cette prouesse fut un jet d'eau-de-vie qui m'inonda. La nappe était si volumineuse qu'avant que je fusse debout, la liqueur ruisselait autour de moi, et je craignis d'être noyé. Il m'était sauté de l'eau-de-vie dans la gorge et dans les yeux; j'en étais aveuglé, je fus pris d'une toux convulsive, et d'éternuments qui menaçaient de ne pas finir. ”
Mayne Reid
Résumé
A fond de cale, de Mayne Reid, plonge le lecteur dans l'isolement oppressant d'une cabine de navire, à travers les yeux d'Henry Blou, un marin confronté à la lutte pour la survie. Les thèmes de la faim, de la soif et des rats, ainsi que les descriptions d'objets tels que la futaille, les biscuits et les barriques, structurent une narration intense.
Les passages évoquent des scènes de résistance physique et psychologique, où la lumière des étoffes et les bruits de la cale deviennent des sources de tension. L'œuvre, à la fois récit de survie et exploration des limites humaines, se déroule dans une atmosphère étouffante, marquée par la confrontation aux forces naturelles et l'incertitude du destin.
Citations de A fond de cale (Mayne Reid)
“ Je ne me lassais pas de les palper, d'en saisir la dimension, l'épaisseur, de les tirer de la caisse, de les y remettre, de les placer avec ordre pour les déranger de nouveau et les replacer encore. Je m'en servais comme d'un tambour, d'une balle ou d'une toupie, et le plaisir que j'y trouvais fut longtemps à se calmer.Il est difficile de décrire ce qu'on éprouve lorsqu'on échappe à la mort. Un danger vous laisse toujours de l'espoir, il y a de ces chances imprévues, de ces périls qui, en dépit de leur gravité, n'ont point de dénoûment tragique; on ne sait jamais si l'on n'en reviendra pas. ”
“ Jamais nuit de décembre ne m'avait paru plus longue; les hommes continuaient leur travail; ils se reposaient pendant une heure, se remettaient à l'ouvrage et le jour ne paraissait pas.Je commençai à croire que je rêvais, que je prenais les minutes pour des heures. Mais j'avais alors un appétit féroce; car à trois reprises différentes j'étais tombé sur mes provisions avec une faim qui les avait épuisées.Tandis que je finissais d'avaler mon biscuit et mon fromage, le bruit cessa complétement; j'écoutai, rien ne frappa mes oreilles, et je m'endormis au milieu du silence le plus complet. ”
