“ « Vous montez déjà, monsieur Greslou ? » me demanda Lucien comme je me levais brusquement. — « Je reviens, » répliquai-je ; « j’ai oublié une lettre sur ma table... » Et je sortis laissant Charlotte au chevet du lit, toute pâle de nouveau et les yeux baissés. Ah ! mon cher maître, j’ai besoin que vous me croyiez dans ce que je vais vous dire ; besoin qu’en dépit des incohérences d’un cœur presque inintelligible à lui-même, vous ne doutiez pas de ma sincérité en ce moment-là. J’ai tant besoin de ne pas en douter, moi non plus ; besoin de me répéter que je n’ai pas menti alors. Croyez-moi. ”
Paul Bourget
Résumé
Le Disciple, roman de Paul Bourget publié en 1889, marque une transition dans son œuvre entre le roman d’analyse psychologique et le roman à thèse morale. À travers les personnages d’Adrien Sixte, philosophe athée, et de son disciple Robert Greslou, le texte dénonce l’influence nuisible des idées modernes sur la jeunesse, en reprochant à la science de remplacer la religion sans apporter de morale.
Inspiré par un fait divers, le roman examine la responsabilité des maîtres à penser et la recherche de foi, annonçant le retour du romancier au catholicisme.
Citations de Le disciple (Paul Bourget)
“ La mère eut une question sur la bouche, une défiance dans les prunelles tandis qu’elle lisait cette formule technique inintelligible pour son pauvre esprit. Elle avait vu l’hésitation d’Adrien Sixte. Puis elle n’osa pas, et elle se leva en disant : — « Vous m’excuserez de vous avoir retenu si longtemps, monsieur. J’ai mis ma dernière espérance en vous, et vous ne tromperez pas le cœur d’une mère. J’emporte votre promesse. » — « Tout ce qu’il me sera possible de faire pour que la vérité soit connue, » dit gravement le philosophe, « je le ferai, madame. Je vous le promets encore une fois. » ”
“ J’avais livré la bataille, je l’avais perdue ; j’allais être chassé du château ignoblement. C’était moins cette perspective qui me bouleversait, qu’un mélange singulier de regret, de honte et de désir. Voilà donc où m’avait mené ma savante psychologie, le résultat de ce siège en règle entrepris contre le cœur de cette jeune fille ! Pas un mot de sa part en réponse à la plus passionnée déclaration, et moi, là, sur le moment d’agir, qu’avais-je trouvé que des phrases de romans à lui réciter ? Et un simple geste d’elle, cette fuite loin de moi, les mains en avant, m’avaient immobilisé à ma place. ”
