Paul Marguerite

Résumé

Paul Marguerite Revue des Deux Mondes

A l’avenir, nous ne jouâmes que devant un public trié ; mais notre passion n’en fut pas moins vive ni nos répétitions moins amusantes.
Les soirs de représentation, je ne vivais pas. A dépouiller, l’heure venue, mes vêtements quotidiens, mon enveloppe banale ; à enfiler le maillot de Gringoire ou de Pathelin, à endosser la casaque de Pierrot, je ressentais un plaisir d’une acuité extrême, comme si, en changeant de peau, je changeais d’âme, comme si la baguette d’une fée m’eût transformé soudain en un être plus libre, plus beau, tout neuf.
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Paul Marguerite Revue des Deux Mondes

Ces vacances prestigieuses ne virent pas seulement Pierrot tuer sa femme ; elles le virent aussi, meurtrier d’un papillon et harcelé par une armée de papillons vengeurs, les apaiser, violon aux doigts, d’un Requiem expiatoire à l’honneur du disparu. Mallarmé admira ce Requiem d’être, selon les lois de la pantomime, silencieux ; si bien que, par une transposition des sens, on en pouvait voir les ondes sonores, tour à tour légères ou graves, caressantes ou funèbres, frémir comme en un miroir sur les traits de Pierrot.
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Et, pour m’en donner une idée, Banville me marcha sur les pieds et me bouscula, en me faisant bien remarquer comme Deburau, en fantassin loustic, était agile !
Au fait, il se moquait de moi, fidèle à son rôle d’ironiste, et peut-être n’eut-il pas tort. Mais j’en ressentis un peu de peine, car je vénérais en lui le poète rare et le délicieux conteur en prose. Ses préférences allaient trop à la pantomime d’antan pour se complaire à autre chose : l’idée d’un Pierrot tragique choquait son sens de la mesure, et son respect des traditions, comme un manque de goût envers un type absolu, éternel.
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