“ Un instant, l’Empereur resta pensif, puis brusquement : — Espérat est une âme loyale ; j’ai toute confiance en lui. Pourquoi n’est-il pas venu seul vers moi ? — Parce que, une fois déjà, vous avez repoussé ses prières. Il a craint de ne pas réussir à vous convaincre de votre devoir. — De mon devoir, interrompit Napoléon, encore ce mot, il est fort... — Mais juste, Sire. Votre devoir est là-bas, en France, où un gouvernement impuissant subit les injonctions de l’Europe coalisée. — Et Espérat a sollicité votre aide ? — Oui, Sire. La comtesse n’avait pas baissé les yeux. ”
Résumé
“Les Cinquante”, est une œuvre de Paul d’Ivoi. Des thèmes tels que Espérat, l'Empereur ou Artin y sont abordés.
Citations de Les Cinquante (Paul d’Ivoi)
“ Espérat s’est rapproché de la Porte de Mer : — Je ne rêve pas, j’entends ; des chevaux marchent dans la boue. Ils viennent. Il penche la tête pour voir au delà de la muraille. Sur la place, à laquelle on accède par la Porte de Mer, des silhouettes s’avancent. — La voiture de l’Empereur, murmure le fidèle enfant dont les cheveux se hérissent, dont la peau se couvre de moiteur... Eux ! Et avec un accent désolé, où palpite sa souffrance, où vibre son courage : — Pourquoi ne puis-je partir à leur place ! Un homme à cheval paraît, ouvrant la marche. Espérat le reconnaît, il s’approche. ”
“ Et cependant là-bas, tout au fond de la vallée de mort, auprès d’une extumescence de terrain, on discerne une forme confuse. Qu’est-ce donc ? Entre deux nuées rayonne le regard d’une étoile. Horreur ! La butte qui bossue la plaine est un monceau de cadavres ; la forme vague, étendue tout près est celle d’un trépassé. La lumière stellaire dégage de l’ombre le visage de l’être immobile. Espérat ! C’est Espérat ! Il est pâle, exsangue, les lèvres sont décolorées, les traits inertes. Le brave enfant a tenu le serment des Cinquante : Vaincre avec l’Empereur, ou verser tout son sang pour Lui. ”
“ Et Dieu permit que le comte de Rochegaule, patriote avant d’être royaliste, tombât sous les balles des Alliés qui frayaient la route du trône au roi. Il permit qu’à l’heure dernière, il reconnût en moi son second fils ; et que, déshéritant d’Artin devenu indigne, il me confiât l’honneur et le nom de Rochegaule. Aujourd’hui je me cache, d’Artin est tout-puissant, mais j’ai foi en Dieu, j’ai foi en la France, et je lutte. Ma sœur, ma sœur, reviens à toi, comprends pour que je puise le courage en ton affection. Un vague sourire se jouait sur les traits de Lucile. ”
“ Le guetteur est Espérat Milhuitcent. Ce n’est pas le froid qui le fait frissonner, non c’est une angoisse douloureuse, en face de la colère de l’immensité. Campbell est à bord. Dans quelques instants, la comtesse, son fils, Henry, vont l’y rejoindre, et sur cette mer furieuse, parmi les lames monstrueuses qui s’écrasent, se combattent, se gonflent en montagnes livides, se creusent en gouffres hideux, le vaisseau s’enfoncera dans la nuit. Cette nuit sera-t-elle celle du tombeau pour cette femme, pour son enfant, pour ces dévoués qui vont risquer leur vie afin que l’Empereur soit libre. ”
“ Pour eux, ils s’éloignent. D’un pas allongé, ils prolongent la ligne de bataille française. Ils dépassent les dernières fractions attendant le signal de l’attaque. Puis des arbres, des buissons leur masquent la plaine où le sang va couler à flots. Les bruits diminuent d’intensité, s’effacent. Nul ne croirait que deux cent mille hommes sont sur le point de s’entrechoquer. La route suivie par les piétons décrit de nombreuses sinuosités, des feuillages épais la bordent et l’isolent. Elle est déserte. On dirait que sous le ciel, Espérat et Marc Vidal sont seuls vivants. ”
“ Des pas précipités résonnèrent au dehors, la porte s’ouvrit, et sur le seuil, la silhouette anguleuse du major Campbell se montra. Drouot, Napoléon, demeurèrent muets de surprise. L’arrivée de l’Anglais, à l’instant même où l’on parlait de lui, avait quelque chose de fantastique. Enfin l’Empereur murmura : — On a toujours tort d’évoquer le diable. Et il adressa un sourire d’intelligence à son compagnon. Le colonel n’avait rien vu, rien entendu. — Sire, Sire, disait-il, en proie à une agitation inaccoutumée, je vous apporte une grande nouvelle. ”
“ La brise apporta aux oreilles des navigateurs les tintements des horloges sonnant sept heures du soir. C’était le dernier adieu d’Elbe à son souverain. Après avoir visité la cabine à lui destinée, Napoléon était revenu sur le pont. Il y avait rencontré Espérat. — Eh bien ! mon jeune ami, lui dit-il, tu es satisfait. — Oui, Sire. — Il faut faire tout ce que tu veux. — Oh ! Sire, ce n’est pas à ma voix que l’Empereur a répondu, c’est à l’appel de la France. Napoléon sourit et continua sa promenade. Le vent soufflait du sud. La fortune semblait favoriser l’audacieuse expédition. ”
“ La Pologne, Sire, vous avait confié le sort de sa dernière armée ; je viens vous confier celui de la dernière famille polonaise. Si vous nous refusez l’effort suprême, qui peut être le triomphe, qui seul, en tout cas peut justifier la foi, inspirée par nous, que notre pays a eue en vous ; si vous refusez, nous nous exilons du bonheur, de la famille. Je n’ai plus d’époux, mon fils n’a plus de père... C’est la peine que M. de Walewski et moi nous imposerons afin que l’immensité de la torture efface la grandeur de l’erreur. ”
“ Vive l’Empereur. Louis XVIII rit de l’aventure, la duchesse d’Angoulême enragea ; les émigrés de l’escorte laissèrent faire. Quant aux pelotons de cavalerie, rassemblés par Macdonald pour renforcer la suite du souverain, ils approuvaient du geste, du sourire. On sentait que, pour un peu, ils eussent répété le cri des demi-solde, ce cri qui rappelait les jours glorieux où la France était la reine du monde. Le comte rentra chez lui, boucla son porte manteau, et ayant congédié Jacob ainsi que les autres serviteurs, il se rendit aux messageries. ”
“ Brutalement, le gentilhomme saisit le poignet de la folle. — Lucile, fit-il d’une voix rude, apprenez que le comte de Rochegaule d’Artin, fidèle sujet du roi, est récompensé par la faveur de Sa Majesté ! Elle retira sa main, avec un petit cri de douleur, puis, sans transition, elle éclata de rire : — La faveur... Ah oui ! la faveur ! — Complète, entière, qui lui permettra de briser les ennemis avec lesquels vous pactisez. — Monsieur le comte, supplia Denis Latrague, ne la contrariez pas ; un choc peut déterminer la crise qu’il importe d’éviter. Un geste violent lui imposa silence. ”
“ Une femme de cœur aurait pleuré, Marie-Louise trouva la force de répondre de sa voix indolente : — Il n’embrasse pas. Peut-être ne se douta-t-elle pas de l’horreur qu’il y a à refuser à l’enfant le baiser du père. — Si, il embrasse, répétait l’enfant avec une tendre obstination. Alors elle s’impatienta : — Le duc de Reichstadt, — et sa voix se fit, impérieuse pour prononcer ce nom qui cachait, ainsi qu’un manteau de deuil, le nom glorieux du petit être, — le duc de Reichstadt fait de la peine à sa mère. — De la peine ? gémit l’enfant bouleversé. ”
“ Et Napoléon, fils de la Liberté, renonce au repos ; il est prêt à courir au danger. Apôtre du drapeau tricolore, vous le ferez triompher. Doux était le regard de l’Empereur fixé sur son jeune ami. Mais l’exaltation de celui-ci ne le gagna pas. — Je me sacrifie, c’est vrai ; mais je n’ai pas ta certitude de la victoire, Espérat. Qu’importe d’ailleurs. Vaincu, l’agonie sera pour moi seul. Ce qu’il faut montrer au monde, c’est que nous tous, Français, nous tous, peuple et empereur, nous voulons rendre éternel l’état social que nous avons eu tant de peine à fonder. ”
“ Hélas ! d’Artin est mon frère, et je ne puis me résoudre à le frapper. — Mort et sang, gronda le pitre en plantant son regard dans celui d’Espérat, celui qui gémit là-bas, à l’île d’Elbe, est mon Empereur et je veux le délivrer. Es-tu d’avis de le sacrifier à d’Artin ? — Qui tout enfant, t’a jeté hors de ta famille, appuya sévèrement Henry ; qui m’a mis, moi, fils de ta nourrice, Marion Pandin, à la place qu’il te ravissait. — Qui a déshonoré la maison de ton père, reprit Bobèche. ”
“ Soudain, Marc Vidal a un gémissement. On dirait que sa voix éveille Espérat, Mlle de Rochegaule. Ils sortent de leur anéantissement et le jeune homme murmure : — Allons là-bas. — J’irai seul, riposta le commandant. Et montrant Lucile : — Reste auprès d’elle. Mais la jeune fille a entendu. Résolument, elle prend la main des interlocuteurs : — Allons là-bas, dit-elle avec force. Ils vont protester, refuser. Elle les arrête d’un mot : — C’est le devoir. Puis devenant tendre, se faisant suppliante, sollicitant le danger ainsi qu’une faveur : — Pourrai-je vivre si vous succombez. ”
“ C’est pour cela que le Héros National est plus haut qu’Alexandre, que César, que Charlemagne. Il a gravi le long calvaire de l’humanité, et quand, sa tâche accomplie, il s’est trouvé seul, banni, emprisonné par l’univers, une formidable coalition de haines s’évertuant à l’avilir, à le rapetisser, il a puisé dans sa géniale volonté le pouvoir de rester grand. L’île d’Elbe, Sainte-Hélène, ces étapes suprêmes d’une Passion nouvelle, ces îles du Sacrifice, sont devenues le piédestal énorme d’un souvenir géant, et, par comparaison, le vaincu a réduit ses vainqueurs à la dimension de pygmées. ”
“ Espérat Milhuitcent ! Henry Pandin. Tout le jour, ils galopaient auprès de sa voiture. Le soir, ils se multipliaient pour assurer à la comtesse la meilleure chambre, le souper le plus délicat, dans la maison de rencontre où l’on faisait halte. Ils amusaient le petit enfant pour l’endormir. À la traversée des villes, ils trouvaient le moyen de se procurer un jouet, une friandise, qui mettaient en gaieté le mignon voyageur. — Oh ! ces Français, murmura Mme de Walewska ! Chez eux les gamins sont des héros ! Comme Il était bien, l’Empereur, de cette race vaillante et généreuse. ”
“ Où il est démontré qu’une diligence mène plus sûrement au but qu’un carrosse Plusieurs mois se sont écoulés depuis que M. de la Valette a signé le pacte de dévouement dans la caverne d’Apremont. Le printemps, l’été, l’automne ont passé. L’hiver maussade durcit la terre et plaque ses voiles gris sur le ciel attristé. La nature est en deuil ; le visage des hommes exprime la tristesse. Il semble qu’aux frimas de la nature, corresponde un froid des âmes. Après l’épopée éblouissante, où la France a mis tout son sang au service de l’Idée, la vie présente apparaît morne, terne, plate, ennuyeuse. ”
“ Tout pâle, Milhuitcent inclina la tête. — Tu le crois comme moi, mon enfant ? — Hélas ! oui, Sire. — Pour la tradition française que je représente, que j’incarne, je ne veux pas, quoi qu’il arrive, tomber sous le ridicule. — Pour la patrie, il ne le faut pas, appuya le jeune homme avec force. Combattons, et, si nous succombons, que ce soit en soldats. Mais l’Empereur secoua le front : — Non, je ne veux pas que mes soldats français entrent en lutte avec des marins de France [1] . Et comme son interlocuteur le regardait surpris. — Voici ce que j’attends de toi, Espérat. ”
“ Espérat lui prit un bras, le commandant Vidal l’autre, et, la soutenant ainsi, la portant presque, essoufflés, heureux d’être libres et réunis, anxieux de ce qu’ils allaient voir, ils atteignirent le sommet. Un instant, ils demeurèrent saisis par l’immensité du panorama étalé sous leurs yeux. Le soleil s’abaissait vers l’occident, projetant en avant d’eux leurs ombres démesurément allongées, et à l’horizon est, au-dessus des arbres, des coteaux, des buées violacées, avant-garde du crépuscule, montaient de la terre, envahissant lentement le ciel. ”
“ C’est la patrie sanglante que vous allez jeter sous les pieds des chevaux de l’étranger. Ouvrez les yeux à la lumière. Soldats français, oubliez vos ennuis personnels, vos préférences, pour défendre la terre des ancêtres, cette terre sainte qui a porté vos premiers pas. Oh ! certainement, ces officiers égarés auraient reculé devant la misérable existence des traîtres. Mais nul ne devait faire entendre la voix de l’honneur. Nul ne devait s’opposer au crime monstrueux, au parricide concerté entre les assistants, et dirigé par le comte d’Artin, infatigable dans sa haine. ”
“ Ce n’était pas l’Empereur, c’était le père qui affirmait sa résolution. Mme de Walewska joignit les mains. Elle priait. Elle avait réveillé l’Aigle. Résigné tout à l’heure, Napoléon, frappé en son affection, était brusquement redevenu l’homme d’autrefois, l’homme d’action qui imprimait une activité fébrile à tout ce qui l’entourait. Il vint à la comtesse. — Je comprends, c’est bien. Vous avez pensé : c’est par le cœur du père que j’arriverai à l’esprit de l’Empereur. Il fallait être la femme que vous êtes pour songer à cela. Vous avez réussi. ”
“ La tête haute maintenant, le regard perçant fixé devant lui dans le vide : — Il fallait réunir mon armée ici, autour de Beaumont sans éveiller les soupçons de mes adversaires. C’est fait. Les troupes assemblées entre Lille et Metz, ont pu, dissimulant leur marche, se masser en ce point désigné par moi. Demain nous foncerons sur Charleroi. Demain nous occuperons la chaussée de Namur-Bruxelles, et les Prussiens seront coupés des Anglais. Il y eut un silence. Napoléon répéta encore : — Je ne pouvais faire autrement ! Puis il revint à la table. Son regard rencontra le visage d’Espérat. ”
“ Désormais les libérateurs de Lucile se trouvaient réduits à l’impuissance. Alors, le comte déposa son arme. Il vint à ses prisonniers, et s’inclinant devant eux, avec une politesse plus cruelle que l’injure : — Messieurs, je vais gravir les coteaux d’en face et suivre la bataille. Priez que Bonaparte soit vaincu. S’il triomphe, en effet, je vous tue. Sinon, vous, Marc Vidal, serez seulement prisonnier du vainqueur, et ce jeune aventurier d’Espérat sera livré à la police, afin qu’il apprenne dans une prison bien close que l’on ne s’improvise pas gentilhomme. ”
“ L’Europe craint une France puissante. Que la France panse ses blessures durant une longue paix. L’idée de liberté qu’elle a jetée dans le monde grandira et triomphera toute seule. La France a versé assez de sang. Il ne faut pas qu’elle s’épuise, car un jour, sans doute, la liberté lui demandera de nouveaux sacrifices. Dans la parole saccadée, dans l’intonation sèche, se devinaient la souffrance. De fait, l’Empereur souffrait de voir la France avilie, tenue à l’écart des conseils de l’Europe, divisée par les factions, sans prestige à l’extérieur, faible au dedans. ”
“ J’ai appris ainsi que le comte était, à Paris, un agent de l’empereur de Russie. — Tu dis ? — Alexandre a rêvé de reconstituer la Pologne avec Napoléon comme souverain. — Lui ? — Il s’agit pour la Russie de faire pièce à la Prusse. Le pauvre comte est naïf comme l’enfant qui vient de naître ; n’a-t-il pas demandé à Blacas de rallier le roi Louis XVIII à cette combinaison. Le roi, dresser un trône à l’Empereur, c’est fou ! — D’ailleurs, ajouta tristement l’interlocuteur du pitre, l’Empereur refuserait. Lors de son dernier voyage à l’île d’Elbe, Espérat l’a vu, Lui. ”
“ Tout à ses réflexions, Espérat arpentait la chaussée comme en un songe, ne sentant plus la fatigue. Soudain il fit halte. Un bruit venait de rappeler son attention un instant absente. Des chevaux trottaient sur la route. Le premier mouvement de Milhuitcent fut de se jeter dans le fossé, mais une réflexion le fit demeurer en place. Qu’avait-il à craindre d’une rencontre au milieu des cantonnements de l’armée française ? Rien. Les cavaliers ne pouvaient être que des militaires, c’est-à-dire des amis. Aussi reprit-il sa marche délibérément. ”
“ De la capitale de l’Autriche à notre capitale, nous connaissons le chemin et nous le faisons les yeux bandés. Nous voilà de retour à Paris ; ceux des Tuileries ont filé ; les Parisiens crient : vive l’Empereur ; c’est bon, ça y est. Napoléon, Drouot écoutaient, échangeant des regards d’intelligence, émus par la faconde de ce caporal obscur, prototype du Français d’alors, de l’être naïf et confiant, qui, accoutumé à atteindre à l’impossible, débitait sans sourciller une folie épique et prodigieuse. ”
“ L’Empereur l’interrompit. — Cela sera ainsi, Drouot. Si un homme doit mourir de ma tentative, c’est moi qui mourrai, je ne veux pas qu’elle coûte la vie à un seul Français. Sa voix s’abaissa soudain : — Je vois clair, dès le pied mis sur la côte française. Le péril est dans la traversée. Des vaisseaux de guerre croisent dans ces parages ; s’ils arrêtent ma flottille, mon projet avorte misérablement. Le grandiose devient ridicule. Si j’étais seul atteint, ce ne serait rien ; mais le rire universel atteindrait la Patrie. ”
“ Monsieur le comte de La Valette consent à nous commander. Un hourrah général retentit. Des mains se tendirent vers le comte. — Silence, ordonna le jeune homme. Et tout se tut. — Il sait notre but, il sait notre foi ; il faut qu’il sache aussi qui nous sommes. Que chacun passe devant lui, à l’appel de son nom, et prête entre ses mains le serment. Un des assistants lui passa un objet long, caché sous un lambeau de toile. Espérât rejeta l’enveloppe et présentant au comte une épée de cour à la riche poignée. — La dernière épée de l’Empereur, prononça-t-il d’une voix sourde. ”
“ Moins aveuglé par la vanité militaire, ayant une perception plus nette de la valeur de Napoléon, le gentilhomme se demandait par suite de quelles déductions, l’Empereur en venait à commettre ce que son adversaire considérait comme une faute. Espérat de son côté rayonnait. Le rapport des estafettes lui avait appris que la première partie du plan rêvé par son Maître avait eu un plein succès. Les paroles de Blücher lui montraient que le maréchal tombait tête baissée dans le piège tendu par Napoléon. Qu’importait sa vie désormais. Il était sûr de mourir dans une aurore de victoire. ”
“ D’un bond, Milhuitcent fut au hublot. À une encablure à peine, une ombre s’étendait sur la mer. À sa forme, il reconnut qu’un navire avait stoppé à peu de distance de l’Inconstant. Comme il restait là, le cœur palpitant, car il sentait que la destinée de l’Empereur, la sienne, celle de Lucile, se jouaient en ce moment, la voix du capitaine Taillade, enflée par le porte-voix, apporta ces paroles à son oreille. — Salut au commandant Andrieux, du Zéphyre. Bonne santé ? ”
Termes fréquents
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