“ « Que je suis folle de m’inquiéter ! se dit-elle enfin. C’est que j’aime plus que lui. Folle que je suis, de me tourmenter d’une chose qui se rencontre toujours dans le plus vif des bonheurs qu’il y ait sur la terre ! J’ai d’ailleurs le malheur d’avoir le caractère plus inquiet que lui, et enfin, Dieu est juste, ajoutat-elle en soupirant (car le remords venait souvent troubler son bonheur depuis qu’il était extrême) , j’ai une grande faute à me reprocher : la nuit d’Aix pèse sur ma vie. » Mina s’accoutuma à l’idée qu’Alfred était destiné par sa nature à aimer moins passionnémentqu’elle. ”
Citations de Romans et Nouvelles (Stendhal)
“ « Madame de Larcay me calomnie ; Dieu sait ce qu’on dit de moi à la Redoute ! Ces propos de tout le monde me perdront dans l’âme d’Alfred. Comment s’y prendrait un Français pour ne pas penser comme tout le monde ? Il a bien pu les entendre prononcer, moi présente, sans les contredire, sans m’adresser un mot pour me consoler ! Mais quoi ? est-ce que je l’aime encore ? Les affreux mouvements qui me torturent ne sont-ils pas les derniers efforts de ce malheureux amour ? Il est bas de ne pas se venger ! » Telle fut la dernière pensée de Mina. Dès qu’il fut jour, elle fit appeler M. de Ruppert. ”
“ En dansant avec le comte Mina remarqua M. de Miossince, elle eut de la joie : « Voilà enfin un homme de bon sens, pensa-t-elle, qui nous dira quelque chose de vrai, de réel, de non exagéré. Et d’ailleurs j’ai deux ou trois questions à lui adresser. Voilà cependant un abbé au bal, on disait que les prêtres français n’y paraissent jamais. C’est que celui-ci est un homme de sens qui n’a d’exagération pour rien ». Un instant après, en cherchant des yeux M. de Miossince, elle le vit donnant le bras à un jeune homme qui avait une cravate noire fort peu haute et de beaux cheveux coupés simplement. ”
“ Mina le suivait des yeux et était heureuse, lorsqu’une voix dit bien bas : « L’amour reconnaît le déguisement de mademoiselle de Vanghel. » Elle tressaillit. Elle se retourna : c’était le comte de Ruppert. Elle ne pouvait pas faire de rencontre plus fatale. — J’ai reconnu vos diamants montés à Berlin, lui dit-il. Je viens de Toeplitz, de Spa, de Baden ; j’ai couru toutes les eaux de l’Europe pour vous trouver. — Si vous ajoutez un mot, lui dit Mina, je ne vous revois de la vie. Demain à la nuit, à sept heures du soir, trouvez-vous vis-à-vis la maison no 17, rue de Chambéry. ”
“ N’êtes-vous pas en état de divorce évident ? Vous l’abandonnez et renoncez au droit de tenir son âme occupée ; vous la laissez barbarement à l’ennui naturel à une femme de trente ans riche et sans le plus petit malheur [5] : n’a-t-elle pas le droit d’avoir quelqu’un qui la désennuie ? Et c’est vous qui me dites que vous m’aimez, vous, plus criminel qu’elle, car avant elle vous avez outragé votre lien commun, et vous êtes fou ; c’est vous qui voulez la condamner à un éternel ennui ! Cette façon de penser était trop haute pour Alfred ; mais le ton de la voix de Mina lui donnait de la force. ”
“ Quel engagement faut-il prendre ? — Celui de vous conduire toujours comme un bon et fidèle catholique romain. — Ah j’entends ! interrompit le jeune duc, et toute l’animation de sa figure tomba, ses traits se flétrirent et en un clin d’œil l’apparence de l’ennui remplaça le regard de l’espérance. La jeune femme est une catholique exaltée, ce qu’on appelle un ange de vertu, ce sera comme Mme de Bérulle, je serais accablé d’'offices, je me vois déjà logé vis-à-vis de Saint-Thomas d’Aquin. — Et quand il serait vrai ? reprit l’abbé avec les regards de la haine. ”
“ Mina sacrifia toutes les valses de Hartberg au plaisir de faire des questions au général. Celui-ci était ravi : il captivait l'attention de la plus jolie fille de Kœnigsberg, et qui passait pour fort dédaigneuse. À quarante-cinq ans sonnés il l'emportait non seulement sur tel ou tel danseur, mais sur le bal. Le bon général allait jusqu'à se dire qu'il triomphait individuellement de toute cette belle jeunesse aux mouvements si souples. « Ce que c'est que d'avoir voyagé et de ne pas manquer d'un certain aplomb, se disait-il ! Quel dommage qu'une personne si charmante soit de sang bourgeois ! » ”
“ Mina, voyant dans ses yeux qu’il l’écoutait, se permit quelques réflexions délicates et justes, surtout quand elle avait l’espoir de n’être pas entendue ou de n’être pas comprise par madame de Larçay. Si, durant les deux premiers mois que mademoisellede Vanghel passa à Aix, un philosophelui eût demandéquel était son but, l’enfantillage de la réponse l’eût étonné et le philosophe eût soupçonné un peu d’hypocrisie. Voir et entendre à chaque instant l’homme dont elle était folle était l’unique but de sa vie : elle ne désirait pas autre chose, elle avait trop de bonheur pour songer à l’avenir. ”
“ Il était amoureux et croyait avoir deviné la pensée de Mina. Le général, pressé de questions sur cette manie satanique qui distingue les Français, ne pensa plus au jeune homme. « Ces gens légers, reprit-il, ne veulent pas croire, par impuissance sans doute, aux sentiments sublimes éprouvés par un cœur vraiment amoureux de la mélancolie, surtout quand ce cœur, par un orgueil bien permis, les raconte et s'en fait une auréole. » Le général donnait mille preuves de ce manque du sixième sens, comme l'appelle le divin Gœthe, chez les Français. Ils ne voient point ce qui est sublime. ”
“ Vous seriez cela, et pire encore, que si demain j’apprenais la mort de madame de Larçay, après-demain je vous demanderais en mariage. » Mina lui sauta au cou. « Je suis Mina de Vanghel, que vous avez vue chez madame de Cély. Comment ne m’avez-vous pas reconnue ? Ah ! c’est que l’amour est aveugle, ajouta-t-elle en riant. » Quelque bonheur que goûtât Alfred à pouvoir estimer Mina, celui de Mina fut plus intime encore. Il manquait à son bonheur de pouvoir ne rien cacher à son ami. Dès qu’on aime, celui qui trompe est malheureux. ”
“ Tu es bien jolie, ma bonne Mina, notre départ aura fait le bonheur de toutes les jeunes filles à marier de la Prusse orientale, tu es savante, tu as de l’esprit à ravir, tu as cinq millions de leurs francs comptant, et deux dont j’ai la jouissance, mais je suis effrayée de ton esprit et ce qui comble mon effroi, c'est que jamais je n'aurai le courage de te résister en rien. Par exemple cette idée de nous transplanter à Paris sans en dire un mot à personne ! Et nous arriverons dans un pays où nous ne connaissons âme qui vive ! qu’allons-nous devenir ? ”
“ « Trouvez un moyen de nous réunir, a-t-il dit ; je suis prêt à tout faire. » — Il est faible et me charge du soin de notre bonheur. — Je prends cette charge, se dit-elle en se levant et se promenant agitée dans le salon. Voyons d’abord si sa passion peut résister à l’absence, ou si c’est un homme à mépriser de tout point, un véritable enfant de l’ironie. Alors Mina de Vanghel parviendra à l’oublier. » Une heure après, elle partit pour Chambéry, qui n’est qu’à quelques lieues d’Aix. Alfred, sans croire beaucoup à la religion, trouvait qu’il était de mauvais ton de n’en pas avoir. ”
“ Au bout de quelques mois, Mina remarqua un fond de mélancolie chez Alfred. Ils étaient venus passer l’hiver à Naples avec un passe-port qui les nommait mari et femme. Mina ne lui déguisait aucune de ses pensées ; le génie de Mina faisait peur au sien. Elle se figura qu’il regrettait Paris ; elle le conjura à genoux d’y aller passer un mois. Il jura qu’il ne le désirait pas. Sa mélancolie continuait. « Je mets à un grand hasard le bonheur de ma vie, lui dit un jour Mina ; mais la mélancolie où je vous vois est plus forte que mes résolutions. » ”
“ À cette idée le duc sauta de joie pour la première fois de sa vie, et il avait vingt deux ans. Léon était trop heuieux pour ne pas fuir la société, le soir il alla se cacher aux quatrièmes loges du théâtre italien, à l’amphithéâtre. Là, pendant toute la soirée, la musique lui fit faire des châteaux en Espagne infinis sur le bonheur annoncé par l’abbé. Il allait donc agir, avoir un but d’action dans la vie, mais il ne s'expliquait pas aussi clairement sa position. Malgré ses mathématiques c’était un homme qui sentait plus qu’il ne réfléchissait. Il n'était pas du tout philosophe. ”
“ Elle a trop d’esprit. Et ce fut une erreur de mon excellent oncle d’aller lui chercher pour répétiteur d’histoire ce fou d’Eberhart. Autre faute, complément de la première, d’aller promettre à ce diable de métaphysicien une rente viagère de mille thalers (3.370 francs) si, arrivée à l’âge de seize ans, Mina obtenait dans Kœnigsberg la réputation d’une fille d’esprit. Eh bien, elle jouit de cette réputation ; elle est plus souvent citée pour son esprit que pour sa beauté, vous voyez ce qui en arrive. Qu’est-ce que cet esprit produit pour son bonheur réel ? ”
“ À Paris, nous serons comme tout le monde, en Prusse nous n'aurions jamais été que des êtres inférieurs : la femme et la fille d’un marchand ! — Mais, chère Mina, tu calomnies un peu ton pays, répondait Madame Wanghen. Tu sais bien que le comte von Landek se porte pour amoureux de toi, qu’un autre comte de Berlin fort riche et plus jeune nous a fait faire des propositions honorables. — Oui, ce jeune comte qui veut devenir ministre ! j’entendrais plaindre mon mari d’avoir été réduit par ses projets de haute ambition à épouser une petite bourgeoise. ”
“ Mais, dira le lecteur, est-ce un voyage en Allemagne ou une simple nouvelle que vous prétendez me faire lire ? Peut-être ni l’un ni l’autre ; il est possible qu’il ne s'agisse de rien moins que d’un traité de métaphysique transcendentale d’après les principes de l’illustre Schelling que de peur de l’ironie francaise on fera exposer dans un dialogue savant et gracieux à la fois qui aura lieu au Chasseur Vert entre l’héroïne de la nouvelle, Mina Wanghen, et un de ces jeunes gens si serrés dans leur redingote, que garnissent si joliment des découpures de velours noir. ”
“ À chaque mot qu’il disait, ce digne homme prouvait à Mina apparemment que tous les Français n'étaient pas faits comme ceux de la veille. L’être qui eût démontré cette vérité à Mina l’eût rendue bien heureuse. Or, c'est ce qu’après un quart d’heure de conversation, M. de Miossince lut dans son cœur. Il n'eut pas besoin d’une pénétration extraordinaire pour en venir à bout. Le cœur d’une jeune fille allemande est transparent pour ainsi dire, rien de plus facile pour l’homme habile appartenant à la civilisation française que de lire ce qui s'y passe. ”
“ Mais, ma chère et vénérée dame, s'écriait le neveu, je fais injure à votre bon sens non moins qu’à votre conscience en discutant un seul moment un projet aussi fou. Songez donc qu’il s'agit d’une mineure ! Impossible, impossible et avant tout criminel ! Madame Wanghen ne se figurait nullement avoir une supériorité quelconque sur sa fille. Je pense bien que, poussée à bout et dans les grandes occasions, elle aurait essayé de se prévaloir du titre de mère, mais ce qui l’emportait de bien loin sur tout, c'était l’amitié passionnée et nécessaire à sa vie qu’elle avait pour sa fille. ”
“ Un soir, elle eut l’imprudence de l’interroger ; il avoua, Mina fut interdite. Alfred était si près de la vérité qu’elle eut d’abord beaucoup de peine à se défendre. La fausse madame Cramer, infidèle à son rôle, avait laissé deviner que l’intérêt d’argent avait peu d’importance à ses yeux. Dans son désespoir de l’effet qu’elle voyait les propos de madame Cramer produire sur l’âme d’Alfred, elle fut sur le point de lui dire qui elle était. Apparemment l’homme qui aimait Aniken jusqu’à la folie aimerait aussi mademoiselle de Vanghel ”
“ C’est dommage, c’était une bonne femme. — Prenez garde, monsieur, que je ne vous oblige nullement à plaire réellement à madame de Larçay, dit Mina. Je désire seulement que son mari ne puisse douter que vous lui plaisez. Le comte sortit ; Mina fut moins malheureuse. Se venger, c’est agir ; agir, c’est espérer. — Si Alfred meurt, se dit-elle, je mourrai ! — Et elle sourit. Le bonheur qu’elle ressentit en ce moment la sépara pour toujours de la vertu. ”
“ Elle voyageait sous un faux nom ; elle était si amoureuse qu’elle dit à Alfred : « Dites si vous le voulez à madame Cramer que vous êtes fiancé avec moi, que vous êtes mon promis comme nous disons en Allemagne. Je vous recevrai toujours avec bonheur, mais jamais hors de la présence de madame Cramer.» M. de Larçay crut que quelque chose manquait à son bonheur ; mais dans la vie d’aucun homme on ne saurait trouver une époque aussi heureuse que le mois de septembre qu’il passa avec Mina sur le lac Majeur. ”
“ Ah ! que vous me faites de bien, Alfred ! s’écria Mina au comble du bonheur. Ils passèrent cette soirée et les suivantes à s’avouer qu’ils s’aimaient à la folie et à se promettre d’être toujours sages. Le caractère sage d’Alfred n’était guère susceptible d’illusions. Il savait que les amoureux découvrent de singulières perfections chez la personne qu’ils aiment. Les trésors d’esprit et de délicatesse qu’il découvrait chez Mina lui persuadaient qu’il était réellement amoureux. « Est-il possible que ce soit une simple illusion ? » ”
“ Quoique sa poitrine fût couverte de croix et de plaques, le comte de Vanghel n’avait été au fond qu’un philosophe, rêvant comme Descartes ou Spinosa. Mina aimait les recherches obscures de la philosophie allemande et le noble stoïcisme de Fichte, comme un cœur tendre aime le souvenir d’un beau paysage. Les mots les plus inintelligibles de Kant ne rappelaient à Mina que le son de voix avec lequel son père les prononçait. ”
“ Il y eut des moments de bonheur et d’exaltation où elle alla jusqu’à se figurer que c’était un être surnaturel. Le zèle sincère et plein d’enthousiasme avec lequel Mina s’acquittait de ses nouvelles fonctions eut son effet naturel sur madame, de Larçay, qui était une âme commune : elle traita Mina avec hauteur, et comme une pauvre fille qui était trop heureuse qu’on lui donnât de l’emploi. « Tout ce qui est sincère et vif sera donc à jamais déplacé parmi ces gens-ci ? » se dit Mina. Elle laissa deviner le projet de rentrer en grâce auprès de madame Cramer. ”
“ « Voilà à quoi les grandes âmes sont exposées, mais elles ont leur ressource», se dit Mina en se mettant à la fenêtre et suivant des yeux son amant jusqu’au bout de la rue. Quand il eut disparu, elle alla dans la chambre d’Alfred et se tua d’un coup de pistolet dans le cœur. Sa vie fut-elle un faux calcul ? Son bonheur avait duré huit mois. C’était une âme trop ardente pour se contenter du réel de la vie. ”
“ Comme il sortait de chez ces dames, entra chez elles un homme bien moins recommandé, mais bien autrement honnête : c'était un simple maître de littérature, le vénérable M. Hiéky. Il eût été difficile d’avoir plus d’esprit et de résignation à son sort modeste que ce petit homme à la mine chétive et qui par choix faisait le métier de courir le cachet. On lui donnait dix francs par heure, et il lisait avec Mina les Caractères de La Bruyère. Il savait un peu d’allemand et s'assura à diverses reprises si Mina comprenait la malice souvent cachée des phrases du fameux prosateur français. ”
“ Ce mariage est bien loin d’être une affaire faite, je ne dispose malheureusement de la volonté de la jeune personne, ni de celle de sa mère, ni de celle d’une cousine. C’est une idée qui n'a qu’une demiheure d’existence. Il n'y a du reste que ces trois volontés à conquérir. Il n'y a pas de père, pas de frère, pas d’hommes dans la famille. — Avantage immense, dit Léon (il se faisait ainsi appeler : il trouvait qu’il y avait blasphème à mêler à toutes les petites circonstances de la vie le grand nom de Napoléon qui était le sien, l’empereur ayant été son parrain [35] .) ”
“ Faut-il avouer à Alfred qui je suis ? se disait Mina. Son esprit éminemment sage blâmera une folie même faite pour lui. D’ailleurs, continuait Mina, il faut que mon sort se décide ici. Si je lui nomme mademoiselle de Vanghel, dont la terre est à quelques lieues de la sienne, il aura la certitude de me retrouver à Paris. Il faut, au contraire, que la perspective de ne me revoir jamais le décide aux démarches étranges qui sont, hélas ! nécessaires pour notre bonheur. ”
“ Au milieu de cette vie qui s’écoulait le matin avec des savants et le soir dans des bals d’ambassadeurs, l’amour n’effleura jamais le cœur de la riche héritière. Les Français l’amusaient, mais ils ne la touchaient pas. — Sans doute, disait-elle à sa mère, qui les lui vantait souvent, ce sont les hommes les plus aimables que l’on puisse rencontrer. J’admire leur esprit brillant, chaque jour leur ironie si fine me surprend et m’amuse ; mais ne les trouvez-vous pas empruntés et ridicules dès qu’ils essaient de paraître émus ? Est-ce que jamais leur émotion s’ignore elle-même ? ”
“ Mina étudiait avec délices le caractère de l’homme qu’elle adorait. C’était surtout comme contraste avec la haute société dans laquelle la fortune et le rang de son père, membre de la chambre haute, l’avaient placé, que brillait le caractère du tranquille Larçay. S’il eût vécu parmi des bourgeois, la simplicité de ses manières, son horreur pour l’affectation et les grands airs, l’eussent peint à leurs yeux comme un homme d’une médiocrité achevée. Alfred ne cherchait jamais à dire des choses piquantes. ”
“ Une jeune femme qui a plus d’usage du grand monde que Madame Wanghen sera peut-être avec elle, c’est une cousine, une Madame de Strombek, veuve ruinée d’un seigneur de la cour de Berlin. Elle est un peu trop marquée de la petite vérole, mais jeune encore, assez jolie et piquante. Ces dames, malgré la différence de position, ont entre elles le ton de trois sœurs, on devinerait difficilement à voir les deux plus jeunes que l’une a sept millions et l’autre peut-être pas sept cents francs de rente. ”
“ Mina de Vanghel naquit dans le pays de la philosophie et de l’imagination, à Kœnigsberg. Vers la fin de la campagne de France, en 1814, le général prussien comte de Vanghel quitta brusquement la cour et l’armée. Un soir, c’était à Craonne, en Champagne, après un combat meurtrier où les troupes sous ses ordres avaient arraché la victoire, un doute assaillit son esprit : un peuple a-t-il le droit de changer la manière intime et rationnelle suivant laquelle un autre peuple veut régler son existence matérielle et morale ? ”
“ M. de Miossince espérait un peu que Mina et sa mère séduites par les agréments de Paris s'y fixeraient, en ce cas Mina voudrait épouser un duc, et M. de Miossince avait deux ou trois ducs assez indifférents en matière de religion qu’il n'eût pas été fâché d’enchaîner en leur disant nettement un beau jour : « La religion catholique et romaine vous donne une dot de sept millions et une fille charmante et pure, à ce prix voulez-vous être son homme ? Je vous demande, croyant ou non, votre parole d’honneur à cet égard. » ”
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