Victor Hugo,
Les Chansons des rues et des bois
(1866)
“ Je voyais fuir les molles tresses De l'aube, du rêve et du vent. J'étais ébloui, beau, superbe ; Je voyais des jardins de feu, Des nids dans l'air, des fleurs dans l'herbe, Et dans un immense éclair, Dieu. Mon sang murmurait dans mes tempes Une chanson que j'entendais'; Les planètes étaient mes lampes ; J'étais archange sous un dais. Car la jeunesse est admirable, La joie emplit nos sens hardis ; Et la femme est le divin diable Qui taquine ce paradis. Elle tient un fruit qu'elle achève Et qu'elle mord, ange et tyran ; Ce qu'on nomme la pomme d'Eve, Tristes cieux ! c'est le coeur d'Adam. ”
