“ Quelle est donc cette fatale destinée, dit M. Laffitte, qui ne permet pas à nôtre malheureuse patrie de jouir un seul jour d'un calme acheté par de si nobles sacrifices, par tant d'efforts, de gloire et de malheurs ! A peiné délivrée de la présence des étrangers, elle n'a pas même le temps de s'abandonner au sentiment de bonheur que lui promet sa délivrance; et déjà son repos et son avenir se trouvent menacés. Espérons, ajouta-t-il, que les intrigues de quelques hommes, toujours en révolte contre la France, toujours prêts à s'unir à ses ennemis ”
Résumé
“Vie de M. Jacques Laffitte,... suivie du récit de ses funérailles et des discours prononcés sur sa tombe...”, publiée en 1844, est une œuvre de . Des thèmes tels que Laffitte, duc d'Orléans ou Hôtel-de-Ville y sont abordés.
Citations de Vie de M. Jacques Laffitte,... suivie du récit de ses funérailles et des discours prononcés sur sa tombe… ()
“ Comment se fait-il, se demande M. Sarrans jeune, qu'un tel homme ait perdu tout à la fois ses richesses, sa puissance, et presque une popularité acquise au prix de tant de luttes et de sacrifices pour la liberté? Je le dirai sans, détour : le principe de ce triple désastre réside dans les afflictions individuelles qui dérangèrent toujours la conduite politique de l'honorable M. Laffitte. ”
“ M. JACQUES LAFFITTE. Si le trône aujourd'hui profitte . Des générosités de qui s'en fit l'auteur ; Patrie, oh! souviens-loi de ton ami Lafïitte, Que tu nommas le bienfaiteur. Souviens- toi du banquier si pur, dont l'opulence En rapides secours réduisait au silence Les plaintes de tous les malheurs; Souviens-toi qu'il donna du pain à notre gloire, Quand l'empire expirait sur les bords de la Loire Dans son linceul aux trois couleurs. * De Làfayette heureux complice, Comme lui convaincu d'èlre un grand citoyen. Coupable comme lui de rentrer dans la lice, En patriote homme de bien. LaiBUe!... ”
“ Le 29 juillet la victoire était encore douteuse, M. Laffitte appelle auprès de lui quelques députes: sa maison se change en nouveau Jeu de paume; elle devient le bureau de la révolution. Il tente un coup décisif qui lui réussit. Gagner un seul régiment à la cause du peuple, c'est plus qu'une victoire matérielle : c'est démoraliser l'armée du roi. M. Laffitte y réussit. ”
“ Les hommes de l'avenir viennent recueillir sur ton cercueil l'héritage de devoir que tu leur as légué. Ils savent combien est grande et laborieuse la mission de sauver la patrie de la corruption et de l'égoïsme : ils n'y failliront pas ! ils savent qu'il y a peine, souffrance et douleur à recueillir : ils ne reculeront pas ! Ils savent qu'il y faut une persévérance qui jamais ne se décourage ;ils ne se décourageront pas. ”
“ Celle de M. Laffitte survivra à tout : c'est qu'elle n'est pas seulement dans les esprits, mais dans les coeurs. Le peuple français faisait plus que l'estimer, il l'aimait. Tarit de beaux souvenirs de bien environnent son nom ! Certessil: y a de la gloire dans cette affection du pays pour cet homme de vertu. ”
“ Le ministère de M. Laffitte commença par de fâcheuses concessions. Il n'aurait pas dû souffrir qu'on lui imposât comme collègue l'envoyé de Charles X en juillet, M. d'Argout, créature de la restauration. M. Montalivét lui fut également imposé à la placé de M. Odilon-Barrot, que voulait le nouveau président du conseil. Le maréchal Soult paraissait seul une nécessité, dans les prévisions d'une guerre prochaine. A toute révolution, il faut une armée, et nous n'en avions pas. ”
“ Un jour, brisé par le triste spectacle des maux de la patrie , tu as cru devoir demander pardon à Dieu et aux hommes ! Au moment où je parle, tu as paru devant Dieu, et Dieu t'a absous. Car l'erreur d'une grande âme, qui ne sait pas prévoir le mal, ne fut jamais un crime. ”
“ M. Laffitte ne voulut s'allier qu'à une famille issue de la révolution ; il donna sa fille et avec elle sa fortune, au fils du brave Ney. C'était presque une union politique. La vieille armée se montra touchée de cette honorable préférence. - M. Laffitte poursuivait toujours l'oeuvre de sa conscience; il faisait de l'opposition pour améliorer les destinées de la France. En 1824 , il fut pour la première fois, de l'avis du ministère, et vota avec M.deVillèle (1) . ”
“ Lorsque la France électorale se montre antipathique à la France de juillet, qu'elle repousse de la chambre élective celui qui l'un des premiers se dévoua corps et biens à'la royauté nouvelle ; lorsque chaque jour on écarte davantage cette royauté des conditions de son origine-, lorsqu'un système qui n'ose pas s'avouer lui-même, sans base, sans issue, né nous garantit pas même un lendemain ”
“ Banquier, il a été le bienfaiteur du commerce et de l'industrie; député, il a toujours suivi la ligne droite du devoir ; ministre, il a voulu, et nous lui en savons gré, la considération de la France. Dans sa vie privée, et comme , citoyen, il est au. premier rang parmi les patriotes et les hommes vertueux que le pays honore; comme homme d'Etat, grand par la pensée, il ne l'a pas été par l'action; l'esprit de prévoyance lui a manqué par excès de bonne opinion des autrès; en Un mot, il a été la dupé de son coeur. ”
“ Autant l'homme était facile à vivre, bon, paisible, indulgent, autant le citoyen s'élevait naturellement aux plus hautes exigences de la vie politique, marchait avec résolution dans les voies les plus difficiles, et se montrait sévère, courageux, inflexible pour tout ce qui lui paraissait commandé parles intérêts du pays et par ses devoirs publics. ”
“ Ah! lorsque nous voyons cette foule empressée, recueillie pieusement autour de ton cercueil, nous pouvons dire que le peuple n'est pas ingrat. Non! non! l'ingratitude est ailleurs!... Laffitte, homme de bien, grand citoyen, patriote sincère, honime d'ëtat populaire, reçois un dernier adieu. Après M. Garnier Pages, M. Philippe Dupin a improvisé au nom et sur la demande de M. le prince de la Moskowa, quelques paroles qui ont vivement ému la foule qui se pressait autour de la tombe. Enfin un jeune étudiant a pris la parole au nom de la députation dés écoles. ”
“ Laffitte ! ■ ce n'est pas toi qui fus coupable ; les coupables sont ceux qui, méconnaissant la sainteté du serment, ont oublié les promesses de juillet, ceux qui ont foulé .aux pieds le peuple qui les avait élevés, ceux qui, portés au faîte au nom des grands principes de liberté, les ont aussitôt reniés. Honte à jamais sur eux ! honte sur ceux qui ont oublié leur origine, qui ont violé les engagements les plus sacrés ! La justice de Dieu, connue'la justice du peuple, est quelquefois tardive ”
“ C'était en 1833 qu'un poète national, au sujet de la souscription natio1 natio1 — 6 — naît; ouverte en l'honneur de M. Laffitte, renfermait dans ces deux strophes toute l'histoire de la noble vie du député vraiment patriote. C'était l'expression vraie de l'opinion publique, l'estime du pays le vengeait alors avec éclat de l'ingratitude et de la calomnie des cours. Dans notre époque d'apostasies, les hommes de vertu sont la consolation de la patrie. ”
“ La gloire n'est pas le privilège exclusif des hauts faits d'armes ; il est des actions et, des services dans l'ordre civil qui placent aussi.haut que dans Tordre, militaire, La belle pensée de la Légion-d'Honneur comprenait ingénieusement Joutes les — 8 — célébrités. Napoléon voyait du génie même dans la vertu. Les sciences, l'industrie et le commerce ont leurs grands hommes d'utilité publique. La vie de M. Laffitte présente deux aspects bien distincts : le financier et le personnage politique, avec une unité bien constante de pensée, la prospérité et la dignité de la nation. ”
“ Les réunions républicaines de l'Hôtel-de-Ville marchaient dans une ligne parallèle et tendaient à l'émancipation absolue et immédiate dit pays. M. Laffitte se hâte de proposer aux députés de sa réunion la proclamation du duc d'Orlêans , comme lieutenant-général du royaume : c'était déjà de la royauté. La peur de la république l'emporté. Les députés se rendent pour la première fois a la chambre, sous la protection du peuple victorieux. M. Laffitte préside. La réunion se déclare en permanence. ”
“ L'a caisse d'escompte pouvait-elle ouvrir Un crédit à tout le monde, accepter toutes les signatures;, et .courir les chances de l'agiotage ? La caisse Laffitte tend la main au petit commerçant digne de confiance 5 que peut-on exiger de plus ? On a dit aussi qu'il y avait trois hommes dans M. Laffitte : l'homme privé, le financier et l'homme politique. L'homme privé est connu de tous. Sa bonté,,ses moeurs simples, sa bienfaisance inépuisable, sont incontestables, ainsi que le mérite du financier. L'homme politique a été jugé de diverses manières. ”
“ Le progrès est l'e prix de la lutte : comme toi, ils lutteront avec une. persévérante énergie, jusqu'à ce que leurs forces soient épuisées, laissant alors à d'autres la tradition des mêmes devoirs. Oui, nous en — 90— ferions le serment star ta tombe ; comme le plus digne hommage qui te puisse être rendu : — A ce peuple, â qui tu consacras ta vie, notre vie tout entière et notre inébranlable dévoûment ! Au peuple, ài-je dit. Mais par ces paroles, les enfants de la democratie n'entendent pas séparer le 1 peuple en catégories; ils ne veulent pas diviser, ils Veulent unir ”
“ Spécialement occupé jusque-là d'opérations financières, il prend rang sur la scène politique ; député de la Seine en 1816, il se place en première ligne dans l'opposition. il voyait la monarchie du droit divin se mettre en lutte avec les intérêts et les droits de la nation. Ses convictions de bon patriote se mirent à l'aise avec les principes contre-révolutionnaires de,la —17 —' restauration. Ses premiers .discours à la tribune eurent de l'écho. C'étaient de véritables traités de crédit national. . La lumière y jaillissait de tous côtés. ”
“ Au nom des ouvriers, de tous Ceux dont le travail féconda la terre, l'industrie et lé commerce nous venons payer notre tribut de reconnaissance à l'homme utile et puissant dont là noble vie n'a été qu'un long exemple de travail et de dévoûment. ”
“ M. Laffitte répond à des amis qui l'en avertissaient, qu'on attenterait plutôt à sa vie que d'arriver à celle du prince. Il l'accompagne à l'Hôtel-de-Ville en chaise à porteurs. Le prince monte le perron appuyé sut son cher ami. — 38 — Lafayettè est acquis au duc d'Orléans. Dès ce jour la révolution est vaincue. Cependant Lafàyette ne cède qu'après dés engagements arrêtés et consentis , simplement de vive voix. Il est inconcevable que des hommes tels que Lafayettè et Laffitte n'aient pris aucune assurance d'avenir pour cette liberté qu'ils avaient jusque-là si, bien servie. ”
“ Nous venons surtout te remercier , Laffitte, de ton dévoûment à servir la cause des plus pauvres, de ce grand nombre. qui ne demande à là société que du travail et du pain, à qui la société ne donne pas toujours du travail, à qui.le travail ne don ne pas toujours du pain, et dont les plus justes droits sont audacieusement méconnus ”
“ Soult accuse le général Sébastiani de trahison ; le général Sébastiani n'était que le prête-nom de l'intrigue, la paix à tout prix était dans une volonté immuable. M. Laffitte ne transige pas avec son honneur, et la considération du pays lui paraît trop engagée pour qu'il en accepte sa part de responsabilité; il donne sa dé* mission ,-après; avoir inutilement tenté, dans un conseil tenu au ministère des .finances , de faire triompher de nouveau son système. ”
“ Le général Foy, Benjamin Constant, Casimir Périêr, Alexandre de la Bordé , le général Gérard , et quelques autres formalités libérales, formaient, avec M. Laffitte, le cercle intime du premier prince du sang. Dans un de ces moments où l'âme tout entière s?ouvre et s'abandonne aux images incertaines d'un trop lent avenir, le duc d'Orléans dit à M. Laffitte : « Si j'étais roi, que « ferais-je pour vous ? —Monsei« gneur, qfland vous serez roi, ré« pliqua M. Laffitte, vous me ferez « votre fou, le fou du roi, afin que je « puisse lui dire ses vérités. » ”
“ Il y eut toujours deux hommes dans M. Laffitte.: celui qui voulait franchement la monarchie constitutionnelle, avee une liste civile de dix-huit millions; qui faisait des discours pleins de modération contre la guerre et la propagande; qui proclamait à la tribune le maintien des traités de 1815, la nécessité de contenir la révolution dans certaines mesures ”
“ Dans la nature elle même, après une commotion profonde, le repos ne revient que par oscillations \ mais il faut que les. fautes ne soient point renouvelées, et que le pouvoir soit désormais d'autant plus, fidèle à son origine, qu'il a éleyé, par sa marche rétrograde, de légitimes soupçons. ”
“ Peutêtre se devait-il à lui-même ces deux démarches que quelques patriotes ont blâmées. Dans sort entrevue du 6 juin avec le roi, il était accompagné de MM. Arago et Odilon-Barrot. Comme en 1850, M. Laffite venait, au nom de l'opposition, solliciter le terme de la guerre civile dont les causes flagrantes étaient dans les doctrines réactionnaires du 13 mars. M. Laffitte parla d'une manière respectueuse mais ferme à son ancien royal ami. Il conseilla l'affection du pays plutôt que la forte ”
“ Comme toi, Laffitte, npas vpulpns arriver au bien par le bien, nous voulons donc, la paix au dedans et au déhors. Mais, au, dedans nous reclamons. le respect de la souveraineté du peuple; et le jour oùn 1'on violerait ouvertement la loi , nous saurions prouver que la souveraineté du peuple n'est pas un vain mot dont on puisse se jouer impunément. ”
“ M. Laffitte ne garda qu'un seul créancier, la Banque. Louis-Philippe lui acheta, sous seing-privé , la magnifique forêt de Breteuil. M. Laffitte avait emprunté à la Banque, en deux fois, treize millions. Le roi garantit le second versement de six millions sur la liste civile, et non sur son domaine privé; cette liste civile avait été employée également à payer à M. Laffitte deux millions que le duc d'Orléans lui devait encore en 1830. M. Aguado, sans connaître M. Laffitte, mit quatre millions à. sa disposition. ”
“ M. Arago a fait entendre ensuite un discours plein de convenance et de dignité; M. Visinet s'est rendu l'interprète des regrets et des sentiments des électeurs de Rouen. M. Garnier-Pagès s'est exprimé en ces termes : Ainsi.donc,chaque jour amène son deuil. Encore un de ces hommes du peuple, dévoué au peuple et chéri du peuple, qui tombe épuisé dans la lutte.... et nous si cruellement, si récemment frappé, nous venons, Laffitte, auprès de ta dépouille mortelle exprimer de nouvelles douleurs. ”
“ Le; parti patriote lui gardait rancune de tout ce qu'il avait fait pour l'établissèment d'une nouvelle royauté ; l'expiation fut si grande que les reproches amers firent place aux sympathies. Si les salons de M. Laffitte, désertés, par les- courtisans de la prospérité, ne gardèrent que quelques rares fidélités d'affection, M. Laffitte n'en resta pas moins une des grandes popularités vivantes. Il ne perdit rien de l'estime publique. Son voyage de reconnaissance envers les électeurs, dansla Normandie et dans la Vendée, devint une grande ovation patriotique. ”
“ Je ne puis me voir sans émotion rendu à des travaux qui doivent m'êtrê chers, et, prêt à couronner, par Une entreprise digne de tous mes efforts , une carrière utile,, et dans laquelle j'ai peut-être fait quelque bien ”
“ M. Lafr fitte fut chargé de tout le poids de — 10 — la maison, dont il devint le chef réel en peu d'années; il acquit une telle estime auprès de M. Perrégaux, que ce banquier; en mourant, le nomma son exécuteur testamentaire et son successeur; L'administration habile et active de M. Laffitte éleva la niaison à une prospérité rapide et toujours croissante ; son crédit et son nom devinrent européens et passé-' rentles mers. ”
“ Charles X, effrayé; des progrès de sa défaite , révoque les Ordonnances. M. d'Argout vient en son nom/ dans la réunion Laffitte , proposer de prompts accommodements. M. Laffitte lui répond hardiment qu'il est trop tard,: et quil n'y a plus de Charles X. M. Laffitte est le roi des barricades;,sans lui, la majorité des députés acceptait. Il écrit ces deux mots .au duc d'Orléans: Paraissez : une couronné, ou un passeport (1) . Le 30, la révolution triomphait. ”
Termes fréquents
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