“ Contempler le tombeau de Ceux qui ne furent point ; Sans cesse et du plus loin, Des mains inconnues Ont gravé leur hommage sur le sépulcre où ingénue Flotte la vision du couple surhumain, Et plus d’un A prié, près de ce marbre, vers ces ombres inadvenues. Ainsi, ciel vide, ciel désolé, ciel morne, où sûrement Nul dieu n’habite, nul père et nul espoir ! ô firmament Désert, divinement ainsi tu brilles, Et, bien que tel l’esprit te sache vide, désert et désolé, Tu demeures, ainsi que ce tombeau du jeune amant et de la jeune fille, Notre foyer, notre amour, notre clarté. ”
Édouard Dujardin
Résumé
Édouard Dujardin, dans Poésies, explore des thèmes de méditation, de transformation et d’évolution à travers des images symboliques et des réflexions existentielles. Les textes, oscillant entre le rêve et la réalité, célèbrent l’amour, la nature et la spiritualité, comme en témoignent les citations évoquant le « tombeau de Ceux qui ne furent point » ou la métamorphose de l’âme.
Structurés en courts poèmes et fragments lyriques, ces textes révèlent une quête de clarté et de communion, mêlant intimité poétique et universalité des thèmes. L’œuvre, marquée par des images sensorielles et des métaphores, incarne une réflexion sur l’éphémère et l’éternel.
Citations de Poésies (Édouard Dujardin)
“ Et, pour exprimer le poème que l’on a entendu chanter au fond de soi, toutes les formes s’offrent à l’envi. Il peut être excellent de coordonner, comme des tranches de son âme, des anecdotes dans un roman ; les courts poèmes expriment des symboles sous le raffinement et l’amusement d’une forme ciselée ; les grands poèmes de prose ou de vers développent les synthèses ébauchées après de longues méditations, et c’est une joie suprême de faire évoluer dans une œuvre dramatique un aspect de cette éternelle évolution que le rêve aura peu à peu et lentement détachée du fond infini des choses. ”
“ T’illuminant d’un glauque et fulgurant éclat, Et l’heure Pour toi de nouveau sonnera Où tes deux yeux se pâmeront. Tandis qu’entre tes lèvres passeront Des sanglots et des cris et ce leurre Effroyable que sont les serments Des amants. Je serai L’exilé, L’ami Proscrit, Le serviteur Chassé, l’époux trahi, Le cœur Percé du triple glaive, Le rêve Enfui, Je serai l’âme Dont tu pris la flamme, Le champ vidé, Le sillon épuisé. Le labour déserté. ”
