“ C’est à peu près tout ce que l’imagination produit à Chesney-Wold ; mais le peu qu’il y en a ressemble au léger bruit de ce vieux château qui s’enfle répété par l’écho ; elle aussi, quand elle se met en frais, elle ne recule pas même devant les histoires de revenants les plus mystérieuses. Il pleut donc si fort et depuis si longtemps dans le Lincolnshire, que mistress Rouncewell, la femme de charge de Chesney-Wold, ôte à plusieurs reprises ses lunettes qu’elle essuie, croyant y voir les gouttes d’eau qu’elle aperçoit au dehors ”
Citations sur “Chesney Wold”
“ C’est un spectacle touchant que de voir la vieille femme de charge, à présent tout à fait sourde, aller à l’église appuyée sur le bras de son fils, et d’observer les relations qui existent entre eux et le baronnet. Au reste il y a peu de monde aujourd’hui pour en faire la remarque ; car il ne vient presque personne maintenant à Chesney-Wold. ”
“ Le baronnet trouve qu’il est juste et naturel que la femme de charge de Chesney-Wold soit une personne remarquable ; il a d’ailleurs une profonde estime pour mistress Rouncewell, et il aime à entendre faire son éloge ; aussi répond-il à Volumnia qu’elle a raison, ce qui enchante cette chère cousine. ”
“ Tel est maintenant Chesney-Wold, presque entièrement abandonné au vide et aux ténèbres, presque aussi triste quand le soleil d’été brille que lorsque les nuages couvrent le ciel d’hiver. Plus de drapeau flottant pendant le jour, plus de rangées de fenêtres lumineuses étincelant dans la nuit, plus de famille, plus de visiteurs pour animer ces chambres glacées, plus de mouvement, plus de vie nulle part. La grandeur hautaine et l’orgueil même n’y frappent plus les yeux de l’étranger ; ils se sont retirés de l’antique domaine des Dedlock pour céder la place à un morne repos. ”
“ Tels sont les hôtes qu’on trouve par cette triste soirée dans le grand salon de Chesney-Wold ; un bruit de pas se fait entendre sur la terrasse du revenant ; peut-être celui que fait en marchant le spectre boiteux d’une ombre glacée. Il est tard, l’heure du sommeil approche ; de grands feux sont allumés dans toutes les chambres, et la flamme couvre les murs et les plafonds de silhouettes grimaçantes. Les bougeoirs brillent sur la table qui est à côté de la porte, à l’autre bout du salon. Des cousins de sir Leicester bâillent sur les ottomanes ; des cousines sont au piano ”
“ C’est l’heure où tous les angles se transforment en cavernes, où l’ombre d’une marche semble un gouffre béant, où l’on croit voir les vieilles armures tressaillir, et des yeux briller sous la visière des casques ; mais de toutes les ombres que la nuit a répandues sur Chesney-Wold, celle que projettent sur le portrait de milady les branches inflexibles d’un vieux chêne, pareilles à des mains menaçantes levées contre ce beau visage, est la dernière que le jour fera disparaître. ”
“ À côté de lui est sa fidèle femme de charge ; c’est la première personne qu’il remarque, et il en témoigne un plaisir évident. Il essaye de parler, et ne pouvant se faire comprendre, il fait signe qu’on lui donne un crayon ; mistress Rouncewell a deviné sa pensée et lui apporte une ardoise. Il réfléchit un instant et trace d’une main tremblante un nom presque illisible : « Chesney-Wold ? » — Non, sir Leicester ; c’est à Londres que vous êtes, et je remercie Dieu de toute mon âme de m’avoir fait arriver juste au moment où vous aviez besoin de moi. ”
“ Le silence règne partout à Chesney-Wold et couvre de son voile les derniers événements qui se passèrent dans la famille. On dit que sir Leicester a acheté la discrétion de plusieurs personnes qui, sans cela, auraient parlé ; mais c’est un on dit boiteux qui se traîne en chuchotant et qui meurt au moindre signe de vie qu’il essaye de donner. On sait, à n’en pouvoir douter, que la belle lady Dedlock repose dans un mausolée situé au fond du parc, sous la voûte épaisse des vieux chênes, où le hibou fait retentir chaque nuit ses cris lugubres ”
“ Le cousin débilité que l’aspect lugubre de ces lieux débilite plus encore, tombe dans un affreux accablement dès qu’il rentre au château, et gémit sous les oreillers des sofas couverts de housses, en assurant « que cette vieille geôle infernale n’est bonne qu’à enterrer les gens. » L’unique solennité que Chesney-Wold procure maintenant à Volumnia ne se présente plus que de loin en loin, à l’époque où il s’agit de faire quelque chose pour le pays en daignant embellir un bal public de sa présence. ”
“ Car je n’avais pas demandé qu’on me rendît mon miroir, et je ne m’étais pas encore vue dans la glace. Je savais bien que c’était une faiblesse qu’enfin il faudrait vaincre, et je m’étais promis de le faire quand je serais à Chesney-Wold, C’est pour cela que j’avais renvoyé Charley, et qu’une fois seule je me dis à moi-même : « Si le vœu que tu as fait autrefois d’être vaillante et loyale était sincère, tu dois tenir ta parole. » ”
“ Après n’avoir, pendant longtemps, reflété que le vide, elles réfléchissent aujourd’hui les traits divers de tous les hôtes qui sont venus passer à Chesney-Wold une semaine ou deux de janvier : traits charmants, figures souriantes et visages de soixante-dix ans qui ne consentent pas à vieillir ; élite brillante que le courrier fashionable, un grand chasseur devant Dieu, suit à la piste depuis le lancer à la cour de Saint-James, jusqu’à ce que la mort ait sonné l’hallali. Tout n’est que vie et mouvement dans le trou du Lincolnshire. ”
“ Nuit et jour, la pluie incessante tombe sur les larges dalles que l’on appelle le Promenoir du Revenant ; le temps est si affreux que l’imagination la plus vive a de la peine à se figurer qu’il puisse redevenir beau. D’ailleurs la vie et l’imagination n’abondent pas à Chesney-Wold ; sir Leicester, qui sous ce rapport y eût peu mis du sien, n’est pas dans le Lincolnshire, mais à Paris avec milady Dedlock, et la solitude couvre de ses ailes le château du baronnet. ”
“ Il semble aux visiteurs désolés qu’ils n’arriveront jamais au bout de ces Dedlock, dont la grandeur paraît consister à n’avoir rien fait qui pût les distinguer les uns des autres depuis plus de sept cents ans. Le grand salon de Chesney-Wold lui-même ne parvient pas à relever les forces de M. Guppy, qui se sent près de défaillir et retrouve à peine assez de courage pour en franchir le seuil. Mais un portrait, dû au pinceau de l’artiste le plus fashionable du jour, et placé au-dessus de la cheminée, le ranime tout à coup ; il le regarde et semble fasciné par l’image qu’il représente. ”
“ Je m’endormis épuisée, au milieu de ces tristes réflexions ; le lendemain, en m’éveillant, je pleurai de nouveau à l’idée que je rentrais dans un monde où mon existence était pour les autres un motif d’inquiétude ; j’avais plus que jamais peur de moi-même en pensant à celle que ma vie accusait, à son honneur, au propriétaire de Chesney-Wold ”
“ Je laisse à mes hôtes une liberté complète, excepté pour fixer leur départ, répondit-il en nous saluant avec une grâce infinie Éva et moi ; je regretterai seulement de n’avoir pas le bonheur de vous accompagner dans le parc de Chesney-Wold, qui est un endroit magnifique ; mais, j’en jure par la lumière de ce jour d’été, Jarndyce, si vous faites une visite au propriétaire de ces lieux tandis que vous serez chez moi, il est plus que probable qu’on vous recevra froidement. Il est dans tous les temps d’une froideur excessive et roide comme un piquet ”
“ M. Georges, à qui cette vaste demeure rappelle Chesney-Wold et son enfance, remonte lentement l’escalier en regardant autour de lui ; il pense à tout ce qui lui est arrivé depuis quelques jours ; à ce vieillard assassiné dont l’image est si vivante dans sa mémoire ; à celle qui a disparu et dont il retrouve les traces récentes à chaque pas qu’il fait dans l’hôtel ; au maître de cette maison et aux paroles de sa mère : « Qui donc osera lui dire la vérité ? » Il regarde çà et là, prêt à mettre la main sur le premier objet douteux qu’il croira découvrir ”
“ Peut-être y a-t-il dans tout ceci plus de dandysme que l’élite fashionable rassemblée à Chesney-Wold n’aura un jour lieu de s’en féliciter ; car il en est des cercles les plus brillants et les plus distingués comme de celui que le nécromancien trace autour de lui : des êtres bizarres, dont on aperçoit de l’intérieur l’activité menaçante, se meuvent au dehors avec cette différence qu’appartenant au monde réel et n’étant pas de vains fantômes, leur invasion dans le cercle offrira plus de danger. ”
“ Milady, toujours souffrante, ne s’occupe pas beaucoup de ses hôtes ; elle ne paraît au salon qu’à une heure avancée ; mais elle anime de sa présence les dîners et les bals soporifiques que l’on donne en ces grandes occasions. Quant à sir Leicester, il lui paraît complétement impossible que quiconque a le bonheur d’être reçu à Chesney-Wold puisse manquer de quoi que ce soit ; et, se renfermant dans une satisfaction pleine de grandeur, il va et vient au milieu de cette nombreuse société où il produit l’effet d’un puissant réfrigérant. ”
“ Mais Volumnia, qui, tout en sautillant, furète au milieu des papiers de son cousin, a découvert un certain memorandum qui la concerne et qui lui assure, au cas où il arriverait « quelque chose » à son illustre parent, une compensation suffisante aux lectures les plus longues et les plus fastidieuses ; compensation qui va même jusqu’à tenir en respect le dragon dévorant de l’ennui qui l’assiége. Les cousins s’abstiennent, pour la plupart, de se montrer à Chesney-Wold, dont la tristesse les effarouche ; ceux qui viennent encore n’apparaissent plus que dans la saison des chasses ”
“ Mistress Rouncewell, la digne gouvernante de Chesney-Wold, est dans la voiture, ayant à ses côtés mistress Bagnet avec son parapluie et son manteau. La vieille aurait préféré le siége comme plus exposé à l’air et plus conforme à son mode habituel de voyager ; mais sa compagne est trop attentive à son bien-être pour souffrir pareille chose. Mistress Rouncewell ne peut pas assez témoigner sa gratitude à la femme de Lignum dont elle porte la main rugueuse à ses lèvres, sans s’apercevoir que la peau en est moins douce que le satin. ”
“ Sir Leicester Dedlock a triomphé de sa goutte héréditaire et se retrouve encore une fois sur ses pieds, au propre comme au figuré. Il est dans son trou du Lincolnshire, où la rivière est débordée ; le froid et l’humidité pénètrent dans Chesney-Wold et morfondent le baronnet jusqu’à la moelle des os. Les grands feux de bois et de charbon, qui flambent dans les vastes foyers et jettent comme un défi, vers l’heure du crépuscule, leurs reflets vacillants sur la futaie morose, attristée sans doute de voir comment on sacrifie ses beaux arbres, ne suffisent pas à chasser l’humidité du château. ”
“ L’air pur qui soufflait autour de nous m’avait rendu des forces, et mon teint reprenait les couleurs qu’il avait eues jadis. Quant à Charley, c’était merveille de la voir si radieuse et si fraîche ; nous nous promenions du matin jusqu’au soir, et nous dormions profondément la nuit. Il y avait dans le parc de Chesney-Wold un banc d’où la vue était magnifique ; j’aimais à m’y reposer, et j’y allais tous les jours ; de ce point élevé on apercevait la terrasse du château, surnommée le promenoir du Revenant ”
“ Milady n’est qu’en peinture auprès de l’illustre baronnet ; elle est à la ville pour un jour seulement ; demain elle reprendra sa volée vers Chesney-Wold, à la grande confusion du courrier fashionable qui n’en est pas prévenu. L’hôtel n’a pas été préparé pour la recevoir ; il est sombre et emmitouflé ; un seul Mercure, avec sa tête poudrée, est à bayer tristement à la fenêtre de l’antichambre ”
“ Partout dans le château s’élève une odeur fade et glacée, pareille à celle qu’on respire dans la chapelle, et qui fait naître cette pensée, que les vieux Dedlock se lèvent du tombeau pour venir se promener la nuit dans leur ancien manoir et laissent derrière eux cette vapeur sépulcrale. Mais l’hôtel de Londres, qui brille ou s’assombrit rarement en même temps que Chesney-Wold, excepté quand un Dedlock vient à mourir, est aujourd’hui dans tout l’éclat de son réveil ; un air tiède et chargé du parfum des fleurs y fait oublier l’hiver ”
“ Il y a, dans le cercle brillant réuni à Chesney-Wold, quelques ladies et quelques gentlemen, qui, par exemple, ont établi un dandysme religieux, et qui, d’un commun accord, s’entretiennent, d’une certaine façon et à la dernière mode, du manque de foi chez le vulgaire ; qui ne peuvent trop s’étonner qu’un homme ait perdu la foi qu’il avait dans la valeur d’un schelling, après avoir découvert que ce schelling était de la fausse monnaie ”
“ Quant au baronnet, il se rappelle Wat Tyler, et prévoit une série de cataclysmes qui sont dans le programme de sa politique. Du reste, la conversation est languissante. Depuis longtemps on se couche fort tard à Chesney-Wold ; c’est la première fois que l’on y passe la soirée en famille, et chacun éprouve le besoin de se reposer. Sir Dedlock prie M. Tulkinghorn de sonner pour qu’on apporte les bougies. Un flot de lumière pénètre dans la pièce. Milady quitte la fenêtre et s’approche de la table, pour y prendre un verre d’eau ”
Gustave Schelle, Le Docteur Quesnay
“ Je fus hier dîner chez ta conquête qui est un homme de beaucoup d’esprit ; il y avait deux ou trois sous-ordres que je trouvai très-polis et fort bonnes gens. L’amphitryon a de l’esprit comme un diable. Je restai avec lui jusqu’à près de sept heures sans m’en être aperçu, ni lui non plus. Il me fit sur cela un petit compliment que je lui rendis de très bon cœur. » Quesnay devait être le principal intermédiaire auprès de la favorite. « Quant à mon ami ostensoire, lit-on dans une lettre du marquis, il ne sera, ou je me trompe fort, jamais que cela. » ”
Louis-Émile-Edmond Duranty,
Les Combats de Françoise du Quesnoy
“ Ce matin-là, Françoise parlait de Joachim à Charlotte. — J’ai encore vu ce matin cet homme, ce Ninart. C’est un être qui a une réputation équivoque. Il est désolant de penser en quelles mains se jette M. du Quesnoy. Quoi de plus fatigant et de plus irritant que de ne pouvoir lui faire concevoir ses erreurs ? ”
Louis-Émile-Edmond Duranty,
Les Combats de Françoise du Quesnoy
“ En l’examinant attentivement, la figure de M. du Quesnoy avait une vilaine expression. N’ayant pas dérangé le calme de Mme du Quesnoy, Joachim continua avec une petite contraction de désappointement : — Ah ! si vous vouliez, Françoise, peut-être me rendriez-vous justice. Vous reconnaîtriez en moi un homme poursuivi par les chances fatales. Vous me plaindriez. Un sentiment qui n’a jamais existé entre nous pourrait naître. Je ne dis pas que vous m’aimeriez, mais un peu de cordialité rentrerait dans cette maison. Une vie de paix et d’union serait si douce. Vous êtes une personne intelligente. ”
Louis-Émile-Edmond Duranty,
Les Combats de Françoise du Quesnoy
“ Joachim, blessé dans son amour-propre, puisque son essai de domination avait échoué, ne voulait cependant pas que Popeland et Ninart fussent mal reçus par sa femme, et il essayait de reprendre son calme. Quant à Mme du Quesnoy, le contentement tout féminin d’avoir fait plier son mari, l’inquiet désir de voir ce qu’amènerait la soirée, une excitation générale, le bourdonnement des paroles de Mlle Guay lui donnaient le besoin de se trouver au milieu de plusieurs personnes, d’aller et de venir, de parler ; elle se sentait animée d’un être nouveau. ”
