“ Il aimait son vieil âtre de briques, comme il avait aimé sa cruche brune ! Cet âtre n’était-il pas là lorsqu’il avait trouvé Eppie ? Les dieux du foyer existent encore pour nous. Que toute nouvelle foi tolère ce fétichisme, de peur qu’elle ne meurtrisse ses propres racines ! Silas dîna plus silencieusement qu’à l’ordinaire, et mit bientôt là son couteau et sa fourchette, pour suivre d’un regard à moitié distrait, Eppie qui jouait avec le terrier Snap et la chatte, ce qui faisait du dîner de la jeune fille une besogne assez longue. ”
Eppie
Définition et enjeux
Citations sur “Eppie”
“ J’aurais pensé, Marner, dit-il d’un ton sévère, j’aurais pensé que votre affection pour Eppie vous aurait fait vous réjouir d’une chose dont dépend son bonheur, même si cela vous obligeait à faire quelque sacrifice. Vous devriez vous souvenir que votre vie est incertaine, et qu’Eppie est maintenant arrivée à un âge où son sort peut être bientôt fixé d’une manière bien différente de ce qu’il serait dans la maison de son père. Qu’il lui arrive d’épouser quelque humble ouvrier, et alors, quoi que je puisse faire pour elle, il ne dépendra plus de moi de la rendre heureuse. ”
“ Et les petits garçons et les petites filles s’approchaient d’elle lentement, avec des mouvements prudents et des regards fixes, — comme des petits chiens qui s’avancent nez à nez vers un autre petit chien, — jusqu’à ce que l’attraction eût atteint le point où les douces lèvres s’offraient pour recevoir un baiser. Aucun enfant n’avait peur de s’approcher du tisserand quand Eppie était à ses côtés. ”
“ Car lui et Eppie avaient déclaré qu’ils aimaient mieux rester aux Carrières, que d’aller habiter aucune autre demeure. Le jardin avait été clos de pierres des deux côtés ; mais, sur le devant, il y avait une claire-voie à travers laquelle les fleurs brillaient d’allégresse, pour répondre au bonheur des quatre personnes unies qui s’avançaient en face d’elles. « Mon père, dit Eppie, quelle jolie demeure nous avons ! Je ne crois pas qu’on puisse être plus heureux que nous. » ”
“ Ainsi, Eppie fut élevée sans punition, le fardeau de ses méfaits étant supporté à sa place par son père Silas. La chaumière de pierre se transforma pour elle en un doux nid ouaté avec le duvet de la patience ”
“ Vous vous êtes bien conduit envers Eppie, Marner, depuis seize ans. Ce serait un grand bonheur pour vous de la voir bien pourvue, n’est-ce pas ? Elle a l’air d’une belle jeune fille, en bonne santé, mais incapable de supporter aucune fatigue. Elle ne ressemble pas à une vigoureuse gaillarde, née de parents ouvriers. Il vous serait agréable de la voir l’objet des soins de ceux qui sont à même de la laisser dans l’aisance, et d’en faire une dame. ”
“ L’amour parfait recèle un parfum de poésie qui peut ennoblir les relations des êtres humains les moins cultivés, et Eppie était environnée de ce parfum, depuis le jour où elle avait suivi le brillant rayon de lumière qui lui montrait le foyer de Silas. Il ne faut point s’étonner si, sous d’autres rapports, sans parler de sa beauté délicate, elle n’était pas tout à fait une villageoise commune, mais possédait quelque teinte d’élégance et une chaleur d’âme, qui n’étaient que les fruits naturels de ses sentiments de pureté cultivés par la tendresse. ”
“ « Méchante, méchante Eppie, » commença Silas subitement, en la tenant sur ses genoux, et en lui montrant qu’elle avait les pieds et les habits couverts de boue, — « méchante, de couper avec les ciseaux et de s’enfuir. Il faut qu’Eppie aille dans le charbonnier, parce qu’elle a été méchante. Il faut que « pa-pa » l’enferme dans le charbonnier. » Il croyait à moitié que ces paroles produiraient une secousse assez forte pour provoquer Eppie à pleurer. Au lieu de cela, elle commença à se trémousser sur les genoux de Marner, comme si la proposition lui offrait une nouveauté agréable. ”
“ Eppie s’aperçut alors que sa conduite était observée ; toutefois, l’observateur n’était qu’un âne bienveillant qui paissait avec une bûche attachée au pied, — un âne paisible, ne critiquant pas dédaigneusement les petites faiblesses humaines, mais reconnaissant d’être admis à les partager, en se faisant gratter le nez quand il le pouvait. ”
“ Et je ne désire pas devenir une dame. Merci, tout de même ; » — ici Eppie fit une autre révérence ; — « je ne pourrais pas abandonner les gens avec qui je me suis habituée à vivre. » La lèvre d’Eppie se mit à trembler un peu à ces dernières paroles. Elle se retira de nouveau près de la chaise de son père, et lui passa le bras autour du cou, pendant que Silas, réprimant un sanglot, tendait la main pour saisir celle de sa fille. Nancy avait les larmes aux yeux, mais sa sympathie pour Eppie se trouvait naturellement mélangée avec la détresse qu’elle éprouvait au sujet de son mari. ”
“ Il n’est pas pressé comme les autres, » dit Eppie, assez affligée de la perplexité de son père, et, en outre, mal à l’aise au milieu du bruit, du mouvement et de la multitude de physionomies étrangères et indifférentes. « Ah ! mon enfant, il n’en saura rien, dit Silas ; les gens de la bourgeoisie n’allaient jamais dans la Cour de la Lanterne, mais peut-être que quelqu’un pourra m’indiquer où est la rue de la Prison, dans laquelle se trouve la maison d’arrêt. Je connais mon chemin à partir de là, comme si je l’avais vu hier. » ”
“ C’était une créature qui recherchait et aimait la lumière du soleil, le bruit de la vie, et les mouvements de la vie, — essayant toute chose, ayant foi dans les joies nouvelles, et faisant naître la bonté dans les yeux de tous ceux qui la regardaient. L’or avait confiné les pensées de Silas dans un cercle toujours le même, et ne conduisant à rien au delà de ses propres limites ; Eppie, créature formée de changements et d’espérances, forçait à présent ces pensées d’aller en avant. ”
“ L’or l’avait obligé à rester de plus en plus longtemps à son travail, les oreilles et les yeux fermés à toute chose, si ce n’est à la monotonie de son métier et à l’uniformité de son tissu. Mais Eppie le dérangeait de son labeur, et lui en faisait regarder toutes les interruptions comme des moments de fête. Sa jeune vie réveillait les sens de Silas au point de ranimer la joie de celui-ci, même à la vue des vieilles mouches engourdies de l’hiver, qui sortaient en rampant avec peine aux premiers rayons de soleil du printemps. ”
“ Nous demanderons à Mme Winthrop, nous demanderons à la mère d’Aaron ce qu’elle en pense elle-même. S’il y a une bonne voie à suivre, elle la trouvera. Pourtant il faut songer à ceci, Eppie ; les choses changent nécessairement, que nous le voulions ou non ; elles ne resteront pas longtemps dans l’état où nous les voyons aujourd’hui, sans subir de modification. Je deviendrai plus âgé et plus faible, et je serai un fardeau pour vous probablement, si je ne vous quitte pas tout à fait. ”
“ Ce garçon de bonne mine, vêtu d’un costume neuf de futaine et qui marche derrière elle, n’est pas tout à fait fixé sur la question des cheveux en général, quand Eppie la lui pose. Il pense peut-être que les cheveux lisses sont préférables, somme toute. ”
“ Eppie ne peut s’empêcher d’être tourmentée à ce propos, car il n’y a pas d’autre jeune fille à Raveloe qui ait des cheveux ressemblant le moins du monde aux siens, et elle s’imagine que les cheveux devraient être lisses. Elle n’aime pas à être répréhensible, même dans les petites choses ”
“ Il y avait une personne — on se l’imagine sans peine — qui, plus que toute autre, observait avec une vive, mais secrète sollicitude, le développement prospère d’Eppie, sous l’influence des soins du tisserand. Cette personne n’osait rien faire qui donnât à supposer qu’elle portait un intérêt plus grand à l’enfant adoptive d’un homme pauvre, que celui qu’on devait attendre de la bonté d’un jeune squire, auquel une rencontre fortuite suggérait l’idée de gratifier d’un petit présent un vieux bonhomme regardé avec bienveillance par les autres gens. ”
“ Je me dis quelquefois que personne ne serait réduit à manquer de vivres, si l’on tirait le meilleur parti de la terre, et s’il n’y avait jamais un morceau de quoi que ce soit qui ne trouvât une bouche pour le manger. Le jardinage vous fait songer à cela, bien certainement. Mais il faut que je m’en retourne ; autrement, ma mère serait inquiète de mon absence. — Amenez-la avec vous cette après-midi, Aaron, dit Eppie. Je ne voudrais pas prendre une détermination au sujet du jardin, sans qu’elle eût connaissance de tout dès le commencement. Qu’en pensez-vous, papa ? ”
Pamphile Lemay,
Picounoc le maudit
“ C’est à qui déposera le premier la précieuse brassée d’épis frémissants. Les gars poussent les fillettes et les font choir sur le chaume piquant avec leurs légers fardeaux ; les filles passent à rebours, sur la figure riante de leurs compagnons, les épis mordants. Et les éclats de rire montent comme des feux d’artifice, les gais propos pleuvent comme les perles quand on secoue un feuillage chargé de pluie. La gerbe s’arrondit, les plus forts la lient adroitement en s’aidant des genoux. Sa taille crie et se corse. On attache des fleurs à sa tête d’épis et des rubans à sa jupe de paille. ”
Edgar Monteil,
Histoire du célèbre Pépé
“ Champion et Baluchon présentèrent Pépé à un grand vieillard qui portait ses cheveux blancs épais sur ses épaules et une barbe de fleuve, et ils lui expliquèrent qu’il était peintre de parades et ce qu’ils avaient vu de lui. — Un peintre de tableaux forains ! C’est la première fois qu’il arrive un oiseau de ce calibre-là dans mon atelier, dit Cabrion, et je suis curieux de voir comment il pose une figure. — Vous verrez ça, cher maître, dirent Champion et Baluchon ; nous sommes convaincus que, sous votre direction, le jeune homme que nous vous confions ira loin. ”
Edgar Monteil,
Histoire du célèbre Pépé
“ Celles que savait Aimée, celles que connaissait le père Fougy n’étaient rien à côté de ce que chantèrent les amis du marié. Il y eut un refrain qui, repris par le marié lui-même, enleva l’assistance : Le cidre de Normandie Des cidres est le meilleur ! Et le vin, quoi qu’on en die, Ne chauffe pas tant le cœur ! — Bravo ! bravo ! criait-on. Vive la Normandie ! — Toi aussi, Pépé, tu es un petit Normand, disait la mariée en pinçant le menton de l’enfant. — Tu n’as pas sommeil, Pépé ? demanda Aimée. ”
Edgar Monteil,
Histoire du célèbre Pépé
“ Mais point de Pépé. Alors, on réveilla tout le monde, chacun se mit sur pied et on rechercha Pépé, appelant Pépé réclamant Pépé. Rien ne décelait la présence de l’enfant. — Pourvu qu’il ne soit pas tombé dans le vivier, dit quelqu’un. On alla au fond du jardin, on explora anxieusement le vivier avec des gaules. — Ah ! ça, où est-il ? faisait Aimée, le cœur gros. Les mariés eux-mêmes, inquiets, cherchaient. — J’y songe, dit le père Fougy ; il ne pouvait pas quitter la trompette des yeux, il est peut-être dans le foin avec le musicien. ”
Edgar Monteil,
Histoire du célèbre Pépé
“ Tel était le manoir de Saint-Aubin-sur-Auquinville, où Pépé fut amené, au grand trot du cheval blanc du père Fougy, dans les bras d’Adèle, et où la mère Fougy le fit asseoir sous le haut manteau de la cheminée de sa cuisine devant un feu de fagots dont les flammes montaient autour de la marmite pendue à la crémaillère. — Il a des yeux qui me plaisent, ce petiot, dit la mère Fougy. Tiens, mon fiston, je vais te faire manger une soupe aux choux verts et à la graisse, comme on n’en mange qu’en Normandie. — Mme Giraud vous recommande de le soigner comme si c’était votre propre enfant, dit Fanny. ”
Edgar Monteil,
Histoire du célèbre Pépé
“ Les trois semaines durant, Pépé fut le camarade de M. Édouard ; il mangea avec lui, et Fanny les gâta tous deux, les bourrant de bonbons qui arrivaient chaque matin de Paris. Puis, la famille Giraud quitta Saint-Aubin pour aller dans son chalet de Trouville, et Aimée et Adèle reprirent leur petit compagnon qu’elles emmenaient quelquefois au marché de Lisieux, et avec lequel elles gaulèrent les pommes et firent le cidre nouveau. L’hiver revint, un vilain hiver, moins froid que le précédent, mais humide, pluvieux. — Bon pour les prés, mauvais pour les hommes, disait le père Fougy. ”
Edgar Monteil,
Histoire du célèbre Pépé
“ Il est, du reste, gentil au possible. — Un enfant trouvé, pensa l’homme, ils ne doivent pas y tenir ?... Les danses continuèrent longtemps, mais au son du violon, parce que le musicien au trombone avait demandé à aller se reposer dans le foin. Pépé était sans doute monté se coucher aussi. On ne s’en préoccupa pas. Mais quand, un peu plus tard, Aimée entra dans sa chambre, elle fut bien étonnée de ne pas voir Pépé dans son lit. — Où est Pépé ? cria-t-elle. — N’est-il pas couché ? dit le père Fougy. — Comment ! Pépé n’est pas dans ta chambre, Aimée ? demanda la mère Fougy. ”
Edgar Monteil,
Histoire du célèbre Pépé
“ Il se faufila à travers les ruines, après avoir éteint et jeté au loin sa lanterne et il essaya de franchir la grille du côté de la Légion d’honneur. Il se cramponnait désespérément aux barreaux et, chaque fois, il glissait. Le froid paralysait ses pauvres membres. — Oh ! faisait-il, est-ce que je vais être repris par les voleurs ! — Qu’est-ce que vous faites là ? fit une grosse voix. Instinctivement, Pépé regarda derrière lui, croyant voir Doxie, ou Marie, ou Jambe-de-Cerf, ou Queue-de-Merle. ”
Edgar Monteil,
Histoire du célèbre Pépé
“ C’est un homme fait au moule qui n’a pas peur de se jeter dans le vide, d’un trapèze à l’autre. Tiens, comme si, de ce trapèze, tu te lançais en franchissant le cirque pour saisir un autre trapèze qui se trouverait là-bas, de l’autre côté. Un oiseau qui fend l’air, quoi ? — Oh ! j’aimerais faire ça, moi ! s’écria Pépé. — Eh bien, tu le feras, dit Gig. Mais l’apprentissage d’un pareil exercice ne pouvait se faire que dans la maison de l’hivernage, pendant la morte-saison. En attendant, Pépé resta le compère de Moutonnet. ”
Edgar Monteil,
Histoire du célèbre Pépé
“ Pépé avait pris le musicien par la main et ils étaient sortis dans la nuit noire pour se rendre au bâtiment situé dans le second plant de pommiers où se trouvait la fenière, quand, à cinquante pas du manoir, le musicien étendit brutalement sa main sur la bouche de l’enfant et, le prenant sous son bras, il se mit à fuir à longues enjambées. Pépé essaya vainement d’appeler à son secours. Le musicien était un homme grand et robuste qui le maintenait contre lui et gagnait du terrain. Il courut de toutes ses forces jusqu’au jour et, au jour, il se jeta dans des chemins à travers bois. ”
Edgar Monteil,
Histoire du célèbre Pépé
“ Oh ! je te quitterai, méchant Prussien, va, je te quitterai ! Il était résolu, le pauvre Pépé, mais le méchant homme ne le laissait pas s’éloigner d’un pas. Depuis qu’il avait été volé aux braves Fougy, le pauvre petit Pépé avait maigri et pâli. Il n’était plus soigné par les filles du fermier et il ne mangeait plus tant qu’il voulait. Il ne fourrait plus ses doigts dans les pots de crème et ne chauffait plus la tuile pour les bonnes galettes de sarrasin. Le méchant homme le rationnait, et, quelquefois, il lui enlevait le pain qu’il lui avait donné en disant : — Tu en as trop. ”
Edgar Monteil,
Histoire du célèbre Pépé
“ C’était un beau gars, planté carrément. Le couple était imposant à voir. On le cria assez aux mariés quand ils défilèrent, le violon en tête, dans Auquinville et dans Fervacques. Pépé se montra très fier de sa Dédèle et il marcha continuellement à côté d’elle. Les demoiselles d’honneur jetaient des dragées à poignées et les petits enfants se précipitaient dans le cortège pour les ramasser. C’était bien amusant de regarder les enfants se bousculer et se battre pour avoir les dragées. En traversant le pays, la noce rencontra un musicien ambulant que le père Fougy voulut absolument engager. ”
