“ Madame de Géri lui tournant le dos se plaça devant sa fille. « Mon père ! s’écria la marquise en tendant les bras vers lui. — Ne bouge pas de cette place, répéta sa mère ; tu m’entends ! » Le commandant, debout au milieu de la chambre, versait d’abondantes larmes. « Il faut qu’il implore son pardon, continua madame de Géri. Pourquoi est-il si vif ? pourquoi est-il si dur ? Je l’aime, mais je t’aime aussi ; je le respecte, mais je te respecte aussi. Et s’il faut prononcer entre vous deux, tu vaux mieux que lui, aussi je demeure avec toi. » ”
Citations sur “Heinrich von Kleist”
“ Madame de Géri ne put achever cette lecture, la voix lui manqua ; elle passa le journal au commandant. Celui-ci le lut et le relut trois fois, comme s’il ne pouvait en croire ses yeux. « Au nom du ciel, Lorenzo, dit madame de Géri, que penses-tu de cela ? — Ô la misérable ! s’écria le commandant en se levant ; ô l’infâme ! L’effronterie d’une chienne sans pudeur et la ruse du plus fin renard réuniraient en vain tout ce qu’ils peuvent composer de pire pour égaler une pareille indignité. Une semblable figure... de tels yeux... un chérubin n’inspirerait pas plus de confiance. » ”
“ « Allez ! allez ! s’écria-t-elle ; j’attendais un homme corrompu, mais non un... diable ! » Puis ouvrant la porte, et le fuyant comme un pestiféré, elle dit : « Qu’on appelle le commandant. — Juliette ! » dit madame de Géri surprise. La marquise promenait ses regards, où se peignait l’égarement, tantôt sur le comte, tantôt sur sa mère ; sa poitrine se soulevait avec peine ; sa figure était brûlante ; l’aspect d’une furie n’est pas plus affreux. Le commandant et le grand-forestier vinrent. « Cet homme, mon père, dit-elle au moment où ils entraient, ne peut être mon époux. » ”
