“ Tout ce qui est né dans le feu, dans l’ivresse de la lutte et de la victoire, parmi les chants de mort et les cris infernaux, tout cela ne peut être supporté par l’humanité redevenue calme ; la fièvre ne s’acharne pas sur les convalescents. Les nations définitivement rendues à la paix et aux relations industrielles, toutes les mesures de vengeance et de domination disparaîtront de la loi. Au point de vue de la Révolution continue, la Conquête n’est rien qu’un prologue, un engagement, une occasion. La conquête ne décide rien, ne préjuge rien, ne détourne rien : c’est un fait, rien de plus. ”
Ernest Cœurderoy
Élements biographiques
Ernest Cœurderoy (1825-1862), médecin, journaliste et écrivain révolutionnaire, incarne la voix d’un socialisme libertaire radicalement contestataire. Exilé après la défaite de la Révolution de 1848, il synthétise dans ses œuvres, notamment Hurrah !!! et Jours d’Exil, une vision anarchiste fondée sur la déstructuration des institutions étatiques et la libération de l’individu.
Son œuvre, marquée par un anti-nationalisme radical, un militantisme animaliste naissant et une défense de la violence révolutionnaire, révèle un penseur resté dans l’ombre de l’histoire, aujourd’hui redécouvert comme précurseur de l’anarchisme européen.
Citations de Ernest Cœurderoy
Ernest Cœurderoy,
Jours d’Exil, tome II
“ Merci, merci Soleil ! source d’inspiration, père d’amour et de force, amant de la beauté, de la franchise, de l’abondance et de l’allégresse, ami du pauvre, du libre et du prophète, mon grand ami, mon Dieu, ma vie, toi qui, du haut du ciel, laisses tomber chaque jour en passant tes bénédictions sur ma tête ! — Ma religion est celle qui doit assurer le bonheur de l’homme ; elle a pour principe la Révolution, pour dogme l’Attrait, pour appui la Justice, et la Liberté pour règle. Par elle, j’en ai la foi, l’Humanité doit accomplir ses destins au milieu de la Nature. ”
Ernest Cœurderoy,
Jours d’Exil, tome III
“ Si les beaux Séraphins aux ailes flamboyantes soulèvent toutes les nuits ta tête vers les cieux : tue-toi ! Si tu vois les morts qui t’aiment danser à l’heure de minuit sur le gazon des tombes, s’ils te réservent une place dans leurs rondes joyeuses : tue-toi ! Si ta mère vénérée, si la bien-aimée de ton cœur te sourient dans de plus beaux mondes : tue-toi ! Si, plus grande que sur cette terre maudite, la Gloire t’apparaît dans l’avenir : tue-toi ! Si tu ne peux atteindre l’amour de tes rêves, l’étincelant rayon de ton espoir, la dernière aspiration de ta pensée : tue-toi ! ”
