“ Au sud, les sommets immenses du Liban, blancs de neige, fermaient l’horizon ; au nord, et baignant son pied dans la Méditerranée, se dressait une citadelle : c’était Tortose. L’île de Rouad, située en face, à deux lieues au large, sortait de l’eau avec ses mille maisonnettes, son petit fort, ses vieilles murailles, comme une moitié de ville demeurée à sec pendant une inondation. Au loin, dans la plaine, on apercevait des monuments bizarres, gigantesques, se silhouettant sur un ciel clair. Le Colbert jeta l’ancre à peu de distance de Rouad. ”
M. Lockroy
Élements biographiques
M. Lockroy, auteur du Tour du monde, se distingue par une prose riche en descriptions géographiques et archéologiques, mêlant observations précises à une réflexion sur les cultures orientales. Son œuvre, traversée par des paysages mythiques comme le Liban ou Hama, explore les vestiges antiques, les rites sociaux et les tensions entre traditions et modernité.
À travers des métaphores poétiques et une étude des monuments phéniciens, il dévoile une vision critique des sociétés orientales, marquée par une curiosité intellectuelle et une sensibilité aux contradictions de l’histoire.
Citations de M. Lockroy
“ D’un côté, à l’extrême horizon, on aperçoit la chaîne du Liban qui se détache en bleu sur le ciel bleu ; tout autour de la ville, le désert, pierreux, semé de collines arides, vaste, profond, imposant et triste comme la mer. Nous descendîmes au bord de l’Oronte : tous les arbres de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique sont mêlés dans les jardins qui l’entourent. Des digues le coupent en tous sens, et l’eau retenue d’un côté, libre de l’autre, jaillit en cascades, roule sur les pierres ou pénètre par des conduits souterrains dans les maisons. Hama est, certes, la plus délicieuse ville d’Orient ”
“ Les plaines qui l’entourent, confondues avec le désert de Syrie, dont elles sont la continuation et la fin, aussi tristes et désolées que lui, offrent à chaque pas des ruines : vertes et remplies de fleurs au printemps, elles sont en automne et en été arides et jaunes. On y voit des rangées de colonnes rasées à la hauteur de leurs soubassements, des débris de murailles, ou des villages modernes avec leurs bazars, leurs maisons, leurs minarets, leurs mosquées, mais vides, portant partout des traces d’incendie, tout entiers debouts, tout entiers abandonnés. ”
