Résumé

Albert Davin Revue des Deux Mondes

La métropole, qui prend d’énergiques décisions pour enrayer le mouvement nationaliste, doit, si l’on en croit lord Salisbury, s’armer de patience : « Il est plus aisé de combattre la peste ou le choléra, qu’un sentiment populaire. » Sans doute ici, l’esprit réformiste, loin d’être populaire, n’est encore que le privilège d’une infime minorité d’intellectuels qui s’intitulent la « Jeune Inde. »
Du jour au lendemain, la métropole ne saurait évidemment accorder en bloc les satisfactions chères aux plus modérés. L’Inde ne peut encore aujourd’hui se passer des Anglais.
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Que demandent ces intellectuels mécontens, qui recrutent chaque jour des adhérons nouveaux ? Les plus hardis voudraient tout supprimer : les castes, les religions, mais surtout les Anglais. Les modérés réclament pour aujourd’hui le self government et pour demain l’affranchissement intégral de l’Inde. Depuis Moukden et Tsushima, ces révolutionnaires savent que les Européens ne sont pas invincibles. De là à vouloir les chasser pour vivre sans eux, il n’y a pas loin. Cette expulsion leur paraît réalisable : Nous sommes 300 millions, disent-ils, sur le sol natal ; les Anglais ne sont que 150 000.
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Par le boycottage, par la grève, par la bombe. Pourquoi l’Inde n’aurait-elle pas aussi son Assemblée nationale ? Pourquoi ce qui est bon pour les Russes ne vaudrait-il rien pour les Indous ? D’autre part, le ministère libéral encourage les audaces réformistes. Avec grand soin, les intellectuels ont noté le mot de sir Henry Campbell Bannermann : « Un bon gouvernement ne vaudra jamais le gouvernement du peuple par lui-même. »
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