Résumé

Portrait de Anatole Le Braz Anatole Le Braz La légende de la mort chez les Bretons armoricains

Pour ces raisons et d’autres encore, on a pu dire de la Bretagne qu’elle était avant toute chose le pays de la mort. Et l’homme a parfait à cet égard l’œuvre de la nature. Sur cette terre si propice aux évocations d’outre-tombe, il a prodigué les monuments funéraires. Voyager en Bretagne, c’est fouler le sol classique des ossuaires et des charniers. Il n’est pas de bourgade si humble, pour ainsi parler, qui n’ait le sien ou qui n’en exhibe au moins les débris.
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Ce sont des gens du canton, de la paroisse, ce sont vos proches, c’est vous-mêmes. Ce qui leur arrive peut arriver à n’importe qui, et dans les mêmes circonstances, et dans les mêmes lieux. Car le cadre aussi est réel : vous l’avez sous les yeux, à votre porte. C’est le chemin creux où vous avez passé cinquante fois, c’est la lande dont vous voyez d’ici moutonner les ajoncs, c’est le cimetière enfoui là-bas sous la sombre verdure des grands ifs, c’est la mer, cet autre cimetière sans épitaphes et sans croix, que si lamentablement vous entendez gémir.
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Lorsqu’en voyageant dans la presqu’île armoricaine, dit Renan, ... on entre dans la véritable Bretagne, dans celle qui mérite ce nom par la langue et la race, le plus brusque changement se fait sentir tout à coup. Un vent froid, plein de vague et de tristesse, s’élève et transporte l’âme vers d’autres pensées ; le sommet des arbres se dépouille et se tord ; la bruyère étend au loin sa teinte uniforme ; le granit perce à chaque pas un sol trop maigre pour le revêtir ; une mer presque toujours sombre forme à l’horizon un cercle d’éternels gémissements...
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