Résumé

Anonyme À Fès - La journée de prière

Le soir, quand l’ombre plane sur la ville, adoucit les arêtes des minarets, couvre les basses coupoles des marabouts, éteint les miroitemens des oliviers, revêt de sa douceur la nudité des monts, le petit édicule du Msalla délie la nuit, qu’il éclaire de sa blancheur impérieuse.
Ce matin, le peuple de Fès se rend à l’appel du Msalla. C’est l’heure de la prière, du sacrifice. Depuis bien des jours on s’y prépare, et, par centaines, nous avons vu s’engouffrer dans les portes, à flots dociles et poussiéreux, les troupeaux qui seront immolés aujourd’hui. Chaque Fasi a acheté son mouton.
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Anonyme À Fès - La journée de prière

On n’entend même plus, si on passe au seuil des mosquées, les grands bourdonnemens de prière ; et, avant que les mois soient devenus plus chauds, nous ne devinerons pas, le soir, sur les terrasses la vie jeune et bavarde des femmes, leurs robes éclatantes qui chatoient dans l’ombre, les voiles lamés d’or, les enroulemens de perles sur les cous robustes. Les grands sarcophages sont bien clos. La nuit est venue et la lune monte sur le grand ossuaire. Pas un son de la vie des hommes, pas une lueur : on dirait une ville d’autrefois, exhumée après des siècles de mort dans un paysage oublié.
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Anonyme À Fès - La journée de prière

Une femme entièrement nue, une sainte aussi, erre autour du vieux sanctuaire, secoue sa crinière noire. Je connais bien, dans une cour de Fès fedid, sa petite tente loqueteuse, la tanière sous laquelle on la voit, le soir, se glisser comme une bête. Couchée dans un enfoncement d’ombre, elle écoute les prédications. La chevelure longue et désordonnée fait un flot sauvage sur le corps lisse, nu, qu’aucune curiosité ne frôle. Elle est hors l’humanité. Elle se lève, elle rôde, bête familière, respectée, visitée par un esprit inconnu. La grande vague humaine qui bat le vieux vaisseau a son écume.
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