Camille Mayran

Résumé

Camille Mayran Revue des Deux Mondes

« J’ai faim et soif de toi. Depuis que je t’ai vue à la moisson d’Iseghem, je n’ai plus eu un jour de repos ; tu ne peux pas comprendre le mal que c’est. Ça ne peut pas continuer, vois-tu, Gotton. Si seulement tu connaissais ce mal, tu saurais que ça ne peut pas continuer. »
Non, Gotton ne savait pas, ne comprenait pas ; mais en plongeant son regard brillant et naïf dans les yeux de l’homme qui lui parlait ainsi, elle y voyait brûler une flamme chaude, palpitante, fascinante, qui l’étonnait et l’attirait comme autrefois les tisons pourprés des vieux vitraux mystérieux.
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Camille Mayran Revue des Deux Mondes

J’ai fait que je sais. Je sais que tu te laisses embrasser par des gueux sur les routes ; que tu te frottes comme une paillarde contre un homme qui n’a pas l’air de vouloir t’épouser. Et un boiteux, encore !
Gotton ne répondit pas. Connixloo, qui était hagard et glacé, se fit servir une écuelle de soupe pour raffermir son corps tremblant. Tandis qu’il l’avalait à grandes lampées, Gotton, accroupie au coin du foyer sur un escabeau, l’observait dans un fixe silence et, lui, retournait dans son esprit cette parole, ce demi-aveu qu’elle venait de prononcer : « Père, je t’aurais tout dit. »
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Camille Mayran Revue des Deux Mondes

Mon cœur battait à grands coups espacés. Pendant quelques secondes, je restai ainsi, les yeux ouverts, dans le noir, et puis je sentis monter du fond de moi-même l’image de cet orphelin de Vouziers, ce petit Léonard Seulin, avec sa figure d’abandon, ses yeux où le froid de la mort est entré. Comment l’ai-je si bien revu après l’avoir tellement oublié ? Je me dis : « C’est cela, c’est lui ; voilà ce qu’il faut que je fasse, » et j’éprouvai une grande joie.
Le soir de ce jour de Noël, le soir même, je repartais pour Annemasse, laissant Danielle à l’hôtel.
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