“ Lesbos, où les baisers sont comme les cascades! Lesbos, où les Phrynés l'une l'autre s'attirent,Où jamais un soupir ne resta sans écho,A l'égal de Paphos les étoiles t'admirent,Et Vénus à bon droit peut jalouser Sapho!Lesbos, où les Phrynés l'une l'autre s'attirent, Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses,Qui font qu'à leurs miroirs, stérile volupté!Les filles aux yeux creux, de leur corps amoureuses,Caressent les fruits mûrs de leur nubilité;Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses, Laisse du vieux Platon se froncer l'œil austère ”
Résumé
“Épaves”, est une œuvre de Charles Baudelaire. Des thèmes tels que Lesbos, Monselet ou Fleurs du Mal y sont abordés.
Citations de Épaves (Charles Baudelaire)
“ LE JET D'EAUTes beaux yeux sont las, pauvre amante!Reste longtemps, sans les rouvrir,Dans cette pose nonchalanteOù t'a surprise le plaisir. Dans la cour le jet d'eau qui jaseEt ne se tait ni nuit ni jour,Entretient doucement l'extaseOù ce soir m'a plongé l'amour. La gerbe épanouieEn mille fleurs,Où Phœbé réjouieMet ses couleurs,Tombe comme une pluieDe larges pleurs. Ainsi ton âme qu'incendieL'éclair brûlant des voluptésS'élance, rapide et hardie,Vers les vastes cieux enchantés.Puis, elle s'épanche, mourante,En un flot de triste langueur,Qui par une invisible penteDescend jusqu'au fond de mon cœur. ”
“ Tu tires ton pardon de l'excès des baisers,Reine du doux empire, aimable et noble terre,Et des raffinements toujours inépuisés.Laisse du vieux Platon se froncer l'œil austère. Tu tires ton pardon de l'éternel martyre,Infligé sans relâche aux cœurs ambitieux,Qu'attire loin de nous le radieux sourireEntrevu vaguement au bord des autres cieux!Tu tires ton pardon de l'éternel martyre! Qui des Dieux osera, Lesbos, être ton jugeEt condamner ton front pâli dans les travaux,Si ses balances d'or n'ont pesé le délugeDe larmes qu'à la mer ont versé tes ruisseaux? ”
“ Tout servait, tout parait sa fragile beauté. Etendue à ses pieds, calme et pleine de joie,Delphine la couvait avec des yeux ardents,Comme un animal fort qui surveille une proie,Après l'avoir d'abord marquée avec les dents. Beauté forte à genoux devant la beauté frêle,Superbe, elle humait voluptueusementLe vin de son triomphe, et s'allongeait vers elle,Comme pour recueillir un doux remercîment. Elle cherchait dans l'œil de sa pâle victimeLe cantique muet que chante le plaisir,Et cette gratitude infinie et sublimeQui sort de la paupière ainsi qu'un long soupir. ”
“ LES YEUX DE BERTHEVous pouvez mépriser les yeux les plus célèbres,Beaux yeux de mon enfant, par où filtre et s'enfuitJe ne sais quoi de bon, de doux comme la Nuit!Beaux yeux, versez sur moi vos charmantes ténèbres! Grands yeux de mon enfant, arcanes adorés,Vous ressemblez beaucoup à ces grottes magiquesOù, derrière l'amas des ombres léthargiques,Scintillent vaguement des trésors ignorés! Mon enfant a des yeux obscurs, profonds et vastes,Comme toi, Nuit immense, éclairés comme toi!Leurs feux sont ces pensers d'Amour, mêlés de Foi,Qui pétillent au fond, voluptueux ou chastes. ”
“ Ne semble-t-il pas au lecteur, comme à moi, que la langue de la dernière décadence latine, — suprême soupir d’une personne robuste, déjà transformée et préparée pour la vie spirituelle, — est singulièrement propre à exprimer la passion, telle que l’a comprise et sentie le monde poëtique moderne ? La mysticité est l’autre pôle de cet aimant, dont Catulle et sa bande, poëtes brutaux et purement épidermiques, n’ont connu que le pôle sensualité. ”
“ La très-chère était nue, et, connaissant mon cœur,Elle n'avait gardé que ses bijoux sonores,Dont le riche attirail lui donnait l'air vainqueurQu'ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores. Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,Ce monde rayonnant de métal et de pierreMe ravit en extase, et j'aime à la fureurLes choses où le son se mêle à la lumière. Elle était donc couchée et se laissait aimer,Et du haut du divan elle souriait d'aiseA mon amour profond et doux comme la mer,Qui vers elle montait comme vers sa falaise. Les yeux fixés sur moi, comme un tigre dompté, ”
“ Se pâmer sous son œil comme un cœur qui palpite...—Courons vers l'horizon, il est tard, courons vite,Pour attraper au moins un oblique rayon! Mais je poursuis en vain le Dieu qui se retire;L'irrésistible Nuit établit son empire,Noire, humide, funeste et pleine de frissons; Une odeur de tombeau dans les ténèbres nage,Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage,Des crapauds imprévus et de froids limaçons [1] . [1] Le mot: Genus irritabile votum, date de bien des siècles avant les querelles des Classiques, des Romantiques, des Réalistes, des Euphuistes, etc... ”
“ Folle dont je suis affolé,Je te hais autant que je t'aime! Quelquefois dans un beau jardinOù je traînais mon atonie,J'ai senti, comme une ironieLe soleil déchirer mon sein; Et le printemps et la verdureOnt tant humilié mon cœur,Que j'ai puni sur une fleurL'insolence de la Nature. Ainsi je voudrais, une nuit,Quand l'heure des voluptés sonne,Vers les trésors de ta personne,Comme un lâche, ramper sans bruit, Pour châtier ta chair joyeuse,Pour meurtrir ton sein pardonné,Et faire à ton flanc étonnéUne blessure large et creuse, Et, vertigineuse douceur! ”
“ Un soir ramènera vers Lesbos, qui pardonne,Le cadavre adoré de Sapho, qui partitPour savoir si la mer est indulgente et bonne! De la mâle Sapho, l'amante et le poëte,Plus belle que Vénus par ses mornes pâleurs!—L'œil d'azur est vaincu par l'œil noir que tachèteLe cercle ténébreux tracé par les douleursDe la mâle Sapho, l'amante et le poëte! ”
“ Maudit soit à jamais le rêveur inutileQui voulut le premier, dans sa stupidité,S'éprenant d'un problème insoluble et stérile,Aux choses de l'amour mêler l'honnêteté! Celui qui veut unir dans un accord mystiqueL'ombre avec la chaleur, la nuit avec le jour,Ne chauffera jamais son corps paralytiqueA ce rouge soleil que l'on nomme l'amour! Va, si tu veux, chercher un fiancé stupide;Cours offrir un cœur vierge à ses cruels baisers ”
“ LE PARANYMPHE D’UNE NYMPHE MACABRE I Tu n’es certes pas, ma très-chère, Ce que Veuillot nomme un tendron. Le jeu, l’amour, la bonne chère, Bouillonnent en toi, vieux chaudron ! Tu n’es plus fraîche, ma très-chère, Ma vieille infante ! Et cependant Tes caravanes insensées T’ont donné ce lustre abondant Des choses qui sont très-usées, Mais qui séduisent cependant. Je ne trouve pas monotone La verdeur de tes quarante ans ; Je préfère tes fruits, Automne, Aux fleurs banales du Printemps ! Non ! tu n’es jamais monotone ! Ta carcasse a des agréments Et des grâces particulières ; ”
“ J'aime, ô pâle beauté, tes sourcils surbaissés,D'où semblent couler des ténèbres,Tes yeux, quoique très-noirs, m'inspirent des pensersQui ne sont pas du tout funèbres. Tes yeux, qui sont d'accord avec tes noirs cheveux,Avec ta crinière élastique,Tes yeux, languissamment, me disent: «Si tu veux,Amant de la muse plastique, Suivre l'espoir qu'en toi nous avons excité,Et tous les goûts que tu professes,Tu pourras constater notre véracitéDepuis le nombril jusqu'aux fesses; Tu trouveras au bout de deux beaux seins bien lourds,Deux larges médailles de bronze,Et sous un ventre uni, doux comme du velours, ”
“ Le poëte au cachot, débraillé, maladif,Roulant un manuscrit sous son pied convulsif,Mesure d'un regard que la terreur enflammeL'escalier de vertige où s'abîme son âme.Les rires enivrants dont s'emplit la prisonVers l'étrange et l'absurde invitent sa raison ”
“ L'IMPREVU [10] [10] Ici l'auteur des Fleurs du Mal se tourne vers la Vie Eternelle.Ça devait finir comme ça.Observons que, comme tous les nouveaux convertis, il se montre très-rigoureux et très-fanatique. (Note de l'éditeur.) Harpagon, qui veillait son père agonisant,Se dit, rêveur, devant ces lèvres déjà blanches:«Nous avons au grenier un nombre suffisant,Ce me semble, de vieilles planches?» Célimène roucoule et dit: «Mon cœur est bon,Et naturellement, Dieu m'a faite très-belle.»—Son cœur! cœur racorni, fumé comme un jambon,Recuit à la flamme éternelle! Un gazetier fumeux, qui se croit un flambeau, ”
“ Mère des jeux latins et des voluptés grecques, Lesbos, où les baisers sont comme les cascadesQui se jettent sans peur dans les gouffres sans fonds,Et courent, sanglotant et gloussant par saccades,Orageux et secrets, fourmillants et profonds ”
“ La muse de M. Charles Baudelaire est si généralement suspecte, qu’il s’est trouvé des critiques d’estaminet pour dénicher un sens obscène dans le bijou rose et noir. Nous croyons, nous, que le poëte a voulu simplement dire qu’une beauté, d’un caractère à la fois ténébreux et folâtre, faisait rêver à l’association du rose et du noir. ”
“ Qui bâille nuit et jour, et se lamente et pleure, Répétant, l’impuissant et le fat : « Oui, je veux Être vertueux, dans une heure ! » L’horloge, à son tour, dit à voix basse : « Il est mûr, Le damné ! J’avertis en vain la chair infecte. L’homme est aveugle, sourd, fragile comme un mur Qu’habite et que ronge un insecte ! » ”
“ L’homme a, pour payer sa rançon, Deux champs au tuf profond et riche, Qu’il faut qu’il remue et défriche Avec le fer de la raison ; Pour obtenir la moindre rose, Pour extorquer quelques épis, Des pleurs salés de son front gris Sans cesse il faut qu’il les arrose. L’un est l’Art, et l’autre l’Amour. ”
“ T’exprimer avec vérité ? Grain de musc qui gis, invisible, Au fond de mon éternité ! À la très-bonne, à la très-belle, Qui fait ma joie et ma santé, À l’ange, à l’idole immortelle, Salut en l’immortalité ! ”
“ Disait : « La Terre est un gâteau plein de douceur ; Je puis (et ton plaisir serait alors sans terme !) Te faire un appétit d’une égale grosseur. » Et l’autre : « Viens ! oh ! viens voyager dans les rêves, Au delà du possible, au delà du connu ! » Et celle-là chantait comme le vent des grèves, Fantôme vagissant, on ne sait d’où venu, Qui caresse l’oreille et cependant l’effraie. Je te répondis : « Oui ! douce voix ! » ”
“ Et sous un ventre uni, doux comme du velours, Bistré comme la peau d’un bonze, Une riche toison qui, vraiment, est la sœur De cette énorme chevelure, Souple et frisée, et qui t’égale en épaisseur, Nuit sans étoiles, Nuit obscure ! ”
“ Sous le Pommier fatal, dont le tronc-squelette rappelle la déchéance de la race humaine, s'épanouissent les Sept Péchés Capitaux, figurés par des plantes aux formes et aux attitudes symboliques. Le Serpent, enroulé au bassin du squelette, rampe vers ces Fleurs du Mal, parmi lesquelles se vautre le Pégase macabre, qui ne doit se réveiller, avec ses chevaucheurs, que dans la vallée de Josaphat. ”
“ Mes baisers sont légers comme ces éphémèresQui caressent le soir les grands lacs transparents,Et ceux de ton amant creuseront leurs ornièresComme des chariots ou des socs déchirants; Ils passeront sur toi comme un lourd attelageDe chevaux et de bœufs aux sabots sans pitié...Hippolyte, ô ma sœur! tourne donc ton visage,Toi, mon âme et mon cœur, mon tout et ma moitié, Tourne vers moi tes yeux pleins d'azur et d'étoiles! ”
“ Plus belle que Vénus se dressant sur le monde Et versant les trésors de sa sérénité Et le rayonnement de sa jeunesse blonde Sur le vieil Océan de sa fille enchanté ; Plus belle que Vénus se dressant sur le monde ! ”
“ Tes pieds sont aussi fins que tes mains, et ta hancheEst large à faire envie à la plus belle blanche;A l'artiste pensif ton corps est doux et cher;Tes grands yeux de velours sont plus noirs que ta chair. ”
“ M. Charles Baudelaire a fait don, sans réserve, de ces poëmes, à un ami qui juge à propos de les publier, parce qu’il se flatte de les goûter, et qu’il est à un âge où l’on aime encore à faire partager ses sentiments à des amis auxquels on prête ses vertus. ”
“ La malice est cousue de fil blanc; tout le monde sait que M. Monselet fait profession d'aimer à la rage le rose et le gai.—Un jour M. Monselet reprochait à M. Baudelaire d'avoir écrit ce vers abominable, à propos d'un pendu dont les oiseaux ont crevé le ventre:Ses intestins pesants lui coulaient sur les cuisses. ”
“ De perdre au fond d’un lit l’antique conscience. Je sèche tous les pleurs sur mes seins triomphants, Et fais rire les vieux du rire des enfants. Je remplace, pour qui me voit nue et sans voiles, La lune, le soleil, le ciel et les étoiles ! ”
“ Martyr docile, innocent condamné, Dont la ferveur attise le supplice, Je sucerai, pour noyer ma rancœur, Le népenthès et la bonne ciguë Aux bouts charmants de cette gorge aiguë, Qui n’a jamais emprisonné de cœur. ”
“ Celui dont nous t'offrons l'image,Et dont l'art, subtil entre tous,Nous enseigne à rire de nous,Celui-là, lecteur, est un sage. ”
“ Nous avons vu récemment une petite composition de lui, où, se reprochant d'avoir rebuté une pauvresse, le poëte se met à sa recherche, et ne se couche que tout triste de ne l'avoir pu retrouver. Cette pièce est d'un homme vraiment sensible, même à jeun.Regrettons que M. Monselet ne cède pas plus souvent à son tempérament lyrique, qu'une gaîté, tant soit peu artificielle, a trop souvent contrarié. ”
“ EUGENE FROMENTIN A PROPOS D'UN IMPORTUN QUI SE DISAIT SON AMIIl me dit qu'il était très-riche,Mais qu'il craignait le choléra;—Que de son or il était chiche,Mais qu'il goûtait fort l'Opéra; —Qu'il raffolait de la nature,Ayant connu monsieur Corot;—Qu'il n'avait pas encor voiture,Mais que cela viendrait bientôt; —Qu'il aimait le marbre et la brique,Les bois noirs et les bois dorés;—Qu'il possédait dans sa fabriqueTrois contre-maîtres décorés; —Qu'il avait, sans compter le reste,Vingt mille actions sur le Nord;—Qu'il avait trouvé, pour un zeste,Des encadrements d'Oppenord; —Qu'il donnerait ”
“ Entre tant de beautés que partout on peut voir,Je comprends bien, amis, que le désir balance;Mais on voit scintiller en Lola de ValenceLe charme inattendu d'un bijou rose et noir. ”
“ Cependant une Chimère noire enlève au delà des airs le médaillon du poëte, autour duquel des Anges et des Chérubins font retentir le Gloria in excelsis!L'autruche en camée, qui avale un fer à cheval, au premier plan de la composition, est l'emblème de la Vertu, se faisant un devoir de se nourrir des aliments les plus révoltants:VIRTUS DURISSIMA COQUIT. AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR Ce recueil est composé de morceaux poëtiques, pour la plupart condamnés ou inédits, auxquels M. Charles Baudelaire n'a pas cru devoir faire place dans l'édition définitive des Fleurs du Mal. ”
“ La gravité du Recueil excluait de pareilles plaisanteries. Mais venin signifiant spleen ou mélancolie, était une idée trop simple pour des criminalistes.Que leur interprétation syphilitique leur reste sur la conscience. ”
“ Le Welche dit: «Tout ça, pour moi, c'est du prâcrit;Je ne connais, en fait de nymphes bocagères,Que celle de Montagne-aux-Herbes-Potagères.» ”
Termes fréquents
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