Charles Ferdinand Ramuz

Charles Ferdinand Ramuz

Résumé

Portrait de Charles Ferdinand Ramuz Charles Ferdinand Ramuz Aline

Julien enfonça ses mains dans ses poches. Il se sentait solide sur ses talons. On disait dans le village : « Pour un beau parti, c’est un beau parti. » Sa mère aimait à répéter : « On ne voit pas beaucoup de garçons comme lui. » Et, tout au fond de son idée, il trouvait que sa mère avait raison.
Le père Damon était syndic et riche. Il avait de la chance. C’est pourquoi son bien allait s’arrondissant tout seul, année après année, comme une courge qui mûrit. C’est de ces gens qui sont partis sur le bon pied, les héritages viennent, et on n’a rien qu’un fils par-dessus le marché.
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Julien Damon rentrait de faucher. Il faisait une grande chaleur. Le ciel était comme de la tôle peinte, l’air ne bougeait pas. On voyait, l’un à côté de l’autre, les carrés blanchissants de l’avoine et les carrés blonds du froment ; plus loin, les vergers entouraient le village avec ses toits rouges et ses toits bruns ; et puis des bourdons passaient.
Il était midi. C’est l’heure où les petites grenouilles souffrent au creux des mottes, à cause du soleil qui a bu la rosée, et leur gorge lisse saute vite. Il y a sur les talus une odeur de corne brûlée.
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Personne ne passait sur le chemin ; il n’y avait personne non plus dans le cimetière ; il n’y avait rien là que les oiseaux, l’herbe, et les arbres et les fleurs ; et les morts.
Henriette ne bougeait pas. Alors les oiseaux venaient, sautillant autour d’elle, parce qu’elle était comme le tronc des arbres ou les pierres des tombes. Le soleil venait aussi et montait le long de ses jambes. Midi sonnait. Elle se levait.
La clé craquait dans la serrure rouillée. La maison était devenue branlante et bien triste, car les maisons sont comme les gens.
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