Assia Lassaigne

Résumé

Assia Lassaigne Les honneurs du pied (1947)

Si tu avais su m'aimer, tu m'aurais prise par la main pour m'emmener dans un beau paysage. Tu te serais assis à l'ombre de quelque arbre géant au nom étrange et tu m'aurais regardé jouer en souriant, comme une mère regarde jouer son enfant.
Quand le malheur descend lentement les marches larges et basses, il avance les mains tendues comme un aveugle. Il vous accule aux allées sans ombre : vous avez beau marcher à reculons, derrière vous il n'y a rien, il n'y a rien à gauche, ni à droite, et le buis taillé n'est pas un refuge. Difficile de jouer à cache-cache dans ces jardins-là.
Source : Gallica

Assia Lassaigne Les honneurs du pied (1947)

Il ne s'agissait plus de cache-cache ni de déguisement. J'étais prise au piège, prise à mon propre jeu comme je l'avais souhaité. Je voulais aimer, être aimée. C'était une question de vie ou de mort. Comment avais-je pu attendre si longtemps? Il n'y avait rien d'autre au monde. Je voulais vivre un grand amour et mourir aussitôt après.
J'eus peine à attendre le lendemain. Les minutes semblaient des heures. Les oiseaux qui chantaient me faisaient mal, les mouches qui se posaient sur moi me donnaient des frissons.
Source : Gallica

Assia Lassaigne Les honneurs du pied (1947)

Je m'inondais de parfums, j'en versais tellement sur mes cheveux que mon oreiller en était tout imprégné et cela m'empêchait de dormir. J'avais d'innombrables paires de chaussures et d'innombrables paires de gants que je ne mettais jamais. J'allais souvent au théâtre et au cinéma, je pleurais quand il y avait des scènes d'adieux dans les gares ou bien quand une belle âme sacrifiait son amour à son devoir.
Je me pris à aimer la mauvaise musique, me disant : « C'est tout ce que je mérite. » Mais j'étais comme un melon sous une cloche de verre et la vie ne pouvait arriver jusqu'à moi.
Source : Gallica

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