“ N'est-ce pas, Arpad?—Oh! certes! Tu auras ton cheval, Renat... Et Mitzi, que veut-elle?L'enfant rougit et dit timidement:—Moi, je voudrais beaucoup, beaucoup d'argent.—De l'argent?... Serais-tu avare, Mitzi? s'écria le prince d'un ton surpris.Elle rougit plus encore et balbutia:—Il y a beaucoup de petits enfants qui ont faim, et d'autres qui n'ont jamais de jouets, ni de gâteaux. Je voudrais tant pouvoir en donner à tous!Le regard du prince, profondément ému, se reporta de l'enfant sur Myrtô, ses lèvres murmurèrent:—Elle est bien votre élève, Myrtô! ”
Citations de L'Exilée (Delly)
“ Myrtô leva les yeux, elle dit d'un ton calme et résolu:—Je crois, ma cousine, qu'il est inutile de laisser M. Donacz et le comte Gisza dans l'incertitude, du moment où je suis certaine, demain comme aujourd'hui, de leur répondre par un refus.—Myrtô!... est-ce possible! balbutia la comtesse. Il faut absolument réfléchir, mon enfant... Que leur reprochez-vous, voyons?—Rien, oh! rien! J'admire leur désintéressement, vous le leur direz en les remerciant... mais je dois vous avouer, ma cousine, que mon coeur est complètement froid à leur égard.—Petite ingrate!... eux qui vous aiment tant! ”
“ L'allusion de son cousin avait couvert le visage de Myrtô d'une légère teinte rose, et mis dans son regard un peu de confusion. Elle dit pour changer de sujet:—Ainsi, vous êtes absolument décidé pour demain matin?—Absolument... J'ai de grands projets, Myrtô, je suis seulement venu chercher ici un peu de lumière, et j'en emporte plein le coeur. J'ai eu encore là-bas de terribles crises morales, j'aurais sombré, si je n'avais senti autour de moi comme un doux rayonnement, et une ambiance de prières, celles du Père Joaldy, et les vôtres, Myrtô... ”
“ Myrtô murmura avec émotion:—Il ne fallait pas y céder... il fallait venir près de votre mère, de vos soeurs...—Oui, je l'aurais dû... Mais j'ai parfois de si terribles moments que mon énergie morale s'en trouve considérablement ébranlée. Cependant, j'avais l'intention de me rendre un de ces jours chez ma mère, à l'heure du thé.—Aujourd'hui? dit timidement Myrtô.Il eut une sorte de vague sourire, qu'elle lui avait vu parfois vis-à-vis de Karoly.—Aujourd'hui, soit... Mais êtes-vous donc comme moi, Myrtô, aimez-vous les promenades solitaires? Comment ne vous trouvez-vous pas avec mes soeurs? ”
“ En le voyant en pleine lumière, Myrtô avait constaté aussitôt l'extrême ressemblance du prince avec le portrait de l'hôtel Milcza. Seulement, il y avait entre eux la différence qui sépare un homme dans tout l'éclat de la jeunesse et du bonheur de celui qui a vécu et souffert. Le beau visage du prince avait une expression dure et altière, encore accentuée par le pli dédaigneux des lèvres, et il fallait convenir que l'attitude hautaine, le silence glacial ou les paroles brèves de ce fils et de ce frère n'étaient pas faits pour encourager les épanchements de siens. ”
“ Pauvre prince! Pauvre cher prince! dit-il avec une soudaine émotion.—Il est dur et impitoyable! s'écria Myrtô dans un sursaut de révolte.—Hélas! son coeur s'est endurci à la suite de sa cruelle désillusion! Mais moi, mon enfant, je l'ai connu tout autre. A l'époque de sa première communion, c'était un petit être à l'âme délicate et aimante, un peu orgueilleux et volontaire déjà, à cause des adulations de son entourage, mais infiniment séduisant et charmeur. Il avait une grande affection pour moi et supportait seulement de ma part les reproches. ”
“ Madame Elyanni saisit sa main en disant:—Regarde-moi, Myrtô!Les yeux bleus de la mère se plongèrent dans les admirables prunelles noires, veloutées, rayonnantes d'une pure clarté intérieure. Toute l'âme énergique, ardente, virginale de Myrtô était là... Et Madame Elyanni murmura doucement:—Que je les voie encore, tes yeux, tes beaux yeux!... Myrtô, ma lumière!—Maman, ne parlez pas ainsi! supplia la jeune fille. Il n'y a qu'une vraie lumière, c'est Dieu, et il ne faut pas... ”
“ Là-bas, vers la droite, une clarté intense s'échappait de l'appartement du prince Milcza qui occupait toute cette partie du château... Et une immense pitié envahit le coeur de Myrtô en songeant aux souffrances de cette âme meurtrie et révoltée, qui n'avait pas su chercher sa consolation près de l'unique Consolateur et s'attachait avec une passion intense, exclusive, à un seul être, ce pauvre petit Karoly, si frêle, si chétif, dont la vue avait serré le coeur de Myrtô quand il lui était apparu pour la première fois. ”
“ Chez la comtesse et ses enfants, l'inquiétude grandissait chaque jour en voyant l'approche de l'hiver. Le prince Milcza ne faisait pas allusion au séjour habituel de sa mère à Vienne. Il semblait s'accoutumer définitivement à cette visite de l'après-midi dans le salon de la comtesse, et celle-ci, aussi bien que ses filles, voyait avec effroi la perspective d'un hiver à Voraczy.En les entendant se lamenter sur ce sujet, Myrtô avait peine à retenir les paroles indignées qui lui montaient aux lèvres. N'auraient-elles pas dû se trouver assez heureuses de le voir peu à peu se reprendre à la vie? ”
“ Il dit, en serrant la petite main de sa cousine qu'il tenait toujours entre les siennes:—Vous me faites du bien, Myrtô! Dans mes heures de découragement, de noire tristesse, je pensais à ma petite cousine si vaillante, si doucement gaie malgré les douloureuses épreuves qui ont assombri sa jeunesse. Dieu vous a accordé un grand don. Il a fait de vous une de ces fées bienfaisantes qui répandent autour d'elles la lumière—la douce et rayonnante lumière de leur âme pure. Les pauvres coeurs souffrants en sont tout éclairés... Et c'est pourquoi tous les malheureux vous aiment tant, Myrtô. ”
“ Quelques instants, Myrtô demeura immobile et songeuse... La bizarre angoisse ressentie tout à l'heure ne s'évanouissait pas. Pourquoi la communication de la comtesse Gisèle lui produisait-elle cet effet, puisque la demande de ces deux jeunes gens, si flatteuse qu'elle fût pour une jeune fille sans fortune, la laissait entièrement froide?Myrtô se leva d'un mouvement résolu. Elle était accoutumée à réagir contre les impressions vagues, à ne pas s'engourdir dans d'inutiles rêveries... Ayant jeté un coup d'oeil sur sa coiffure, elle descendit, car l'heure du thé approchait. ”
“ Irène, tout en l'enveloppant du coup d'oeil jaloux qui lui était coutumier envers cette trop jolie cousine, demande ironiquement:—Vous êtes-vous bien amusée, Myrtô?—Le devoir est rarement un amusement, répondit Myrtô avec froideur. J'ai été simplement heureuse de donner un peu de contentement à ce pauvre petit malade.—Ah! si vous avez des instincts de soeur de charité, tant mieux pour vous! dit Irène. Ils ne seront pas de trop en la circonstance.—Mais, Irène!... mais, Irène! s'écria la comtesse d'un ton mécontent.—Eh bien! maman, qu'est-ce que je dis de si terrible? ”
“ Myrtô, anéantie de fatigue et d'émotion, dut céder à l'aumônier et aller se reposer quelques heures. Mais elle revint bien vite reprendre sa place près du petit être auquel la douloureuse nuit d'agonie l'avait unie par des liens indestructibles.Le prince Milcza ne quitta pas une seconde la chambre mortuaire, il déposa lui-même dans le cercueil doublé de satin blanc le corps de son fils. Dans son visage rigide, aussi pâle que celui du petit mort, les yeux seuls laissaient voir quelque chose du désespoir affreux qui devait broyer ce coeur d'homme. ”
“ Mais en la voyant livide, toute tremblante, Myrtô s'était levée précipitamment en murmurant:—Oh! n'entrez pas, ma cousine, je vous en prie! Si vous craignez, il n'est aucune disposition plus favorable pour la contagion... Et vous devez vous conserver pour vos enfants.—Mais Karoly... Je suis sa grand'mère... avait-elle balbutié en jetant sur le petit visage méconnaissable un regard plein d'effroi.—Hélas! que pouvez-vous pour le pauvre petit ange! avait répliqué le Père Joaldy. Mademoiselle Myrtô a raison, ne vous exposez pas, à cause de vos enfants. ”
“ Miklos baissa ses yeux apeurés et se courba vers la pelouse...Mais Myrtô se leva brusquement, dans un mouvement de révolte impossible à maîtriser.—C'est odieux!... Vous ne devez pas lui demander cela! Cet enfant a une âme comme vous, il vous est interdit de le traiter comme un animal!Un regard étincelant, où se mêlaient à la fois la stupeur et la colère, se posa sur elle, dont le visage s'empourprait d'indignation.—De quel droit osez-vous me blâmer? dit le prince d'un ton frémissant d'irritation intense. ”
“ Puis Renat se leva, s'étira brusquement et s'élança au dehors en murmurant:—Je n'en peux plus!Irène sortit un mouchoir de batiste et l'appuya contre son front en disant d'une voix dolente:—J'ai une atroce migraine! C'est une chose horriblement fatigante d'avoir à se surveiller ainsi, quand on sait qu'un mot, un simple mouvement peut être l'objet de critiques sévères... et injustes.—Irène! dit la comtesse avec un coup d'oeil plein d'effroi vers la porte.—Voyons, maman, vous n'allez pas supposer que le prince Milcza écoute au trou de la serrure! ”
“ Le dernier acte de cette malheureuse créature, qui faillit coûter la vie à son fils, la faiblesse persistante de l'enfant, la crainte perpétuelle de perdre cet être bien-aimé, une sorte de défiance haineuse de l'humanité en général et du sexe féminin en particulier, peut-être aussi une profonde blessure d'orgueil en voyant qu'il s'était laissé prendre à des dehors menteurs—tout cela a contribué à faire de cet être si admirablement doué, et qui n'a pas trente ans, une sorte de misanthrope, au coeur dur, à l'âme fermée pour tout ce qui n'est pas son fils, son unique amour. ”
“ Et c'était autant pour la laisser faire en toute tranquillité son action de grâces que pour dérober à son regard les larmes difficilement contenues pendant la cérémonie, que Myrtô s'était réfugiée dans le bow-window.Elle aimait profondément sa mère, d'une tendresse qui prenait, à son insu, une nuance de protection très explicable par la faiblesse morale de Madame Elyanni. Son coeur avait besoin de se donner, de s'épancher en dévouement sur d'autres coeurs souffrants, faibles, ou découragés. ”
“ Irène eut un petit rire bref et sardonique.—C'était bien la peine, vraiment, qu'il vous entourent de tant d'hommages, que Miheli Donacz chante la jeune Grecque et ses yeux de lumière, que le comte Mathias délaisse pour vous le château de son oncle, où l'on donne des fêtes si exquises? Vous êtes un coeur de marbre, Myrtô!Elle rit de nouveau et s'avança lentement vers le milieu du salon, tandis que Myrtô, dominant l'impatience irritée qui la gagnait, se penchait vers un casier à musique. ”
“ Vous me voyez encore toute stupéfiée, Myrtô! Il est tellement changé! Le voilà redevenu le prince Milcza d'autrefois—le prince charmeur, comme on l'appelait à Paris et à Vienne. Il semble plus jeune, il a dépouillé cette apparence glacée qui nous semblait si pénible, il s'est montré vraiment aimable pour tous. Je crois qu'Irène doit avoir bien deviné... que l'idée d'un second mariage n'est pas étrangère à cette transformation. Peut-être la vicomtesse de Soliers... Elle est fort bien, et surtout très intelligente, douée d'un esprit piquant... ”
“ Myrtô demeura un instant immobile, pétrifiée dans son anéantissement affreux. Puis, passant d'un geste machinal la main sur son front, elle s'en alla au hasard vers le parc...Elle laissait traîner sur le sol sa longue traîne de moire que les rayons du soleil déclinant faisaient étinceler. Elle n'avait plus de pensées, elle sentait ses idées vaciller dans son cerveau comprimé par l'angoisse épouvantable...Elle se vit tout à coup près du temple grec. Une douleur atroce la mordit au coeur... Ici avaient eu lieu leurs fiançailles, ici elle avait connu ce qu'elle était pour lui... ”
“ L'aube, en se levant, éclaira l'agonie de l'enfant. Les efforts de la science étaient impuissants à sauver le petit être trop faible pour supporter un pareil assaut.Le Père Joaldy était venu partager la veille douloureuse. Assis près de Myrtô, il priait, comme la jeune fille, de toute son âme, moins encore pour l'enfant que pour le père, dont la physionomie portait les marques d'un désespoir d'autant plus effrayant qu'il était contenu.La comtesse Zolanyi, essayant de surmonter sa terreur de l'épidémie, était apparue un instant à la porte de la chambre. ”
“ Myrtô eut un vif mouvement de surprise et son teint s'empourpra un peu.—Des demandes en mariage? pour moi? dit-elle d'un ton incrédule.—Mais oui, pour vous? Pourquoi semblez-vous si étonnée?—C'est que je suis sans dot, ma cousine, et je croyais...—Il y a encore des gens désintéressés, qui apprécient la beauté morale et physique au-dessus de l'argent. Le prince Milcza a reçu la confidence de Miheli Donacz, et il m'a chargée de vous présenter la demande de ce jeune poète, déjà une de nos gloires nationales et qui souhaite ardemment vous faire partager les honneurs qui l'attendent. ”
“ Mon coeur s'est endurci, mon âme s'est voilée... Mais c'est assez parlé de moi, il faut songer à vous. Vous voilà encore toute tremblante, ma pauvre enfant!—Ce n'est rien... Je suis beaucoup plus impressionnable depuis quelques jours, à cause de la fatigue, je pense...—Oui, vous avez prodigué vos forces pour lui, et voilà comment son père vous remercie!... Myrtô, je vais chercher le docteur Hedaï...—Oh! non certes! dit-elle vivement. Il n'est pas nécessaire que personne sache ce qui s'est passé.—Vous êtes trop généreuse, dit-il avec émotion. ”
“ Va-t'en, Miklos! dit Karoly avec colère.Myrtô posa sa main sur celle de l'enfant et le couvrit d'un regard de pénétrant reproche.—Vous me faites beaucoup de peine, Karoly. C'est mal d'être si dur envers ce pauvre petit qui paraît si doux et qui doit vous être tellement dévoué. Vous offensez ainsi beaucoup ce bon Dieu qui nous a tant ordonné d'être bons les uns pour les autres.—Le bon Dieu? dit rêveusement Karoly. Papa ne m'en parle jamais. Marsa me fait dire une petite prière, le Père Joaldy vient quelquefois s'asseoir près de moi et me parle du petit Jésus et de la Sainte Vierge. ”
“ Près d'une des portes-fenêtres ouvrant sur la terrasse, Irène se tenait debout, les traits durcis et le regard sombre. Elle enveloppa sa cousine d'un noir coup d'oeil et dit d'un ton sifflant:—Eh bien! il paraît que vous faites la dédaigneuse, mademoiselle Elyanni? Un Miheli Donacz, un comte Gisza ne vous suffisent pas! Vous rêver sans doute mieux que cela?—Je ne rêve rien du tout, répliqua froidement Myrtô. Je n'ai jusqu'ici jamais beaucoup pensé au mariage, étant si jeune encore et sachant que mon manque de dot pourrait être un obstacle... ”
“ Les lèvres d'Irène se serrèrent nerveusement.—Elle en est capable! dit-elle entre se dents serrées. Mathias... ou Arpad, peut-être!—Oui, Arpad... murmura la comtesse. Il faut que ce soit elle, cette irrésistible petite charmeuse, pour avoir détruit aussi promptement sa farouche défiance. Il serait heureux avec elle...Irène bondit.—Comment, vous accepteriez cela, tout simplement? Cette jeune fille sans le sou, cette enfant d'un artiste raté...—Tu es ridicule, Irène, dit la comtesse d'un ton fâché. Cette jeune fille est une Gisza, son père était de noble race, un peu déchue seulement. ”
“ Un troisième partenaire se joignit à lui et à Myrtô. C'était Miklos, le petit Hongrois, fils d'un ispan du prince, qui était attaché au service et à l'amusement de Karoly.Myrtô s'aperçut alors que le petit prince n'était pas toujours l'enfant doux et facile qu'il s'était montré le matin. Fantasque et volontaire, facilement maussade, il était un vrai petit tyran pour Miklos, humble et soumis devant lui. Un moment, sans raison, sa main s'abattit sur le visage du petit serviteur. Myrtô s'écria vivement:—Oh! Karoly, comme c'est mal, cela! Vous n'êtes pas gentil du tout! ”
“ Terka et Irène demeurèrent un moment muettes de stupeur.—Vous dites?... fit enfin l'aînée. Ma pauvre Myrtô, votre cerveau est-il aussi un peu dérangé?... Car je ne puis admettre que vous ne connaissiez pas encore le prince Milcza, et que vous ne sachiez d'avance l'accueil qui serait fait à pareille audace.—Parce que vous ne l'aimez pas assez... parce qu'il sait bien que vous avez peur de lui, dit résolument Myrtô. Mais si vous osiez... s'il voyait en vous l'ardent désir de le consoler, de l'aider dans sa peine... ”
“ CHAPITRE XII Les bûches du foyer flambaient joyeusement, les grandes lampes voilées de vert pâle répandaient leur lueur atténuée sur une partie du vaste salon aux tentures sombres, aux meubles somptueux et sévères. Cette douce clarté enveloppait aussi, près de la cheminée, le paisible visage, les bandeaux blond cendré de Fraulein Rosa; elle découpait, sur la tenture de la tapisserie foncée, le pur profil de Myrtô et donnait à sa lourde chevelure une délicate teinte d'or pâle. ”
“ Sous sa tranquillité hautaine, Myrtô crut sentir une amertume immense, une sorte de désespérance.Le coeur serré, elle songea qu'il allait retomber dans sa misanthropie farouche, et une indignation monta en elle à la vue de l'éclair joyeux qui passait dans les yeux d'Irène, de la satisfaction contenue dont témoignait la physionomie de Terka... Oh! non, elle n'eût pas agi ainsi envers son frère, quand même celui-ci aurait été aussi froid, aussi peu affectueux que le prince Milcza. Elle lui aurait dit: "Vous souffrez, les regrets vous accablent... je ne vous quitterai pas, Arpad. ”
“ Près de lui, un homme correctement vêtu de noir parlait d'un ton bas, plein de déférence.Myrtô s'avança de son pas léger, dans l'intention de passer sans déranger le prince. Mais il se détourna et l'aperçut.—Bonjour, Myrtô... Vous me voyez occupé à examiner cette tapisserie qui a subi, je ne sais comment, une petite détérioration...Tout en parlant, il posait son regard à la fois triste et froid sur la physionomie de Myrtô. Vit-il les larmes encore brillantes dans les yeux de la jeune fille? Toujours est-il qu'une émotion brève mais intense traversa son regard. ”
“ Prince! dit-il d'un ton de reproche. Ne voulez-vous pas me traiter en cousin, Myrtô? Il est vrai que, jusqu'ici, le triste misanthrope que je suis n'avait pas revendiqué les privilèges de ce lien de parenté. Mais celui-ci se trouve renforcé maintenant par l'admirable dévouement dont vous avez entouré mon enfant... Et vous me montreriez ainsi que vous m'avez bien pardonné cette épouvantable seconde de folie qui sera un des plus douloureux souvenirs de ma vie. ”
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