Francis Jammes

Francis Jammes

Résumé

Portrait de Francis Jammes Francis Jammes Un jour

Les angélus vont chanter et s’arrêter en tournant
comme des palombes, au-dessus des champs
qui ont, le soir, cette odeur forte de forêt
qui fait se tromper les chiens d’arrêt.
Les champs gras vont rouler dans une espèce de laine
douce, humide. Tu vas voir trembler toute la plaine.
Les roses, roses le jour, sont des roses noires la nuit.
Au delà des coteaux s’en sont allées les pluies.
Bois les baisers de ta douce et tendre fiancée.
Les larmes des femmes sont lourdes et salées
comme la mer qui noie ceux qui y sont allés.
Tu l’auras, cette fiancée douce, dans ton lit.
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Portrait de Francis Jammes Francis Jammes Un jour

LE POÈTE
Fiancée, donne moi un verre d’eau ?
(La fiancée prend un verre.)
LA MÈRE, (à la servante qui est entrée.)
Va au puits chercher de l’eau. Ne cogne pas
à la pierre le seau usé, la cruche. Va.
(La servante sort. On entend grincer le puits.)
L’ÂME DU POÈTE
Écoute ? Le puits grince et les guêpes sonnent.
Le bleu dort sur la campagne aux maïs jaunes.
Tout est doux comme les cloches des vaches, l’Automne,
doux comme l’odeur de la poussière quand il tonne
et qu’il a plu — quand les ruisseaux deviennent jaunes,
doux comme le bruit des fusils des palombiers, l’Automne.
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Portrait de Francis Jammes Francis Jammes Un jour

La tonnelle en lauriers luisants est verte et noire.
Il y a un banc, au fond, en bois couleur de soir,
et qui est un peu humide, à cause de l’ombre,
même l’Été quand le soleil est en bleu plomb.
Viens-y ? L’après-midi sera luisant. Ta bouche
sur ma bouche, nous nous tairons et les cigales
cliqueront sur les roses en eau rose du Bengale.
Nous nous aimerons tant que nous ne respirerons plus,
en nous pressant sur le banc noir et vermoulu,
aux pieds en bûches. Puis nous reviendrons, le soir.
Les génisses douces tendront le cou vers toi, à l’abreuvoir.
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