“ Et Ptahneferka connut le secret des oiseaux du ciel et des poissons du gouffre, des quadrupèdes des monts et de tous les animaux. Il lut aussi l’autre arcane. Il connut la science du soleil resplendissant au firmament, et de ses neuf divinités, et la lune brillante et les étoiles en leur forme essentielle. Il vit, dans les poissons des profondeurs, l’énergie divine de l’eau. Il lut l’écrit à l’esprit créateur qui préside au fleuve. « Il dit alors aux ouvriers : « — Travaillez pour moi jusqu’au lieu où nous rejoindrons les prêtres de Coptos. » ”
Résumé
“Tabubu”, est une œuvre de J.-H. Rosny aîné. Des thèmes tels que Ptahneferka, Setna ou Tabubu y sont abordés.
Citations de Tabubu (J.-H. Rosny aîné)
“ Une heure se passa. Alors, entraîné par une force mystérieuse, Merhu, notre jeune enfant, sortit de l’ombre de la barque royale et se jeta dans le fleuve. Là, il dit adieu au Soleil [6] , parmi nos lamentations et celles de tous les hommes de l’équipage. Ptahneferka sortit de la cabine et lut l’écrit magique. Il fit venir la force divine des eaux pour ramener Merhu à la surface, et nous retournâmes à Coptos avec l’enfant. Là, nous le menâmes au tombeau, et, après avoir célébré les rites, nous le fîmes ensevelir selon la grandeur de son rang. ”
“ Une multitude de chanteurs, de danseurs et de danseuses, de joueurs d’instruments égayaient les festins des grands, où les grâces de la femme jetaient leur énervant attrait. Mais le raffinement suprême de l’Égypte était dans la mort. En un sens, la mort n’advenait pas pour eux, tellement l’immortalité voisinait avec la vie, tellement une manière de confusion finissait par s’établir entre le tombeau et la demeure, entre l’existence terrestre et l’existence de l’au-delà. ”
“ « Cette demeure sera la tienne..., mais moi, je suis sainte, je ne, suis point une personne avilie... Et si vraiment tu désires faire de moi ton amour, tu me feras un écrit d’adjuration et un écrit de donation pour la totalité de l’argent et des biens qui t’appartiennent ! » Il dit, sans résistance à la beauté de la jeune femme : « Qu’on fasse venir le scribe pour rédiger les écrits ! » ”
“ Le corps de tout humain, qu’il soit Égyptien ou étranger, trouvé mort, soit de la dent des crocodiles, soit noyé dans le Nil, doit être mis dans les cellules sacrées, après avoir été soumis à l’embaumement le plus magnifique, aux dépens des citoyens de la première ville où le courant l’aura déposé. Il n’est permis ni à ses parents ni à ses amis d’y toucher : seuls, les prêtres du Nil ont le droit de porter les mains sur sa dépouille et de l’ensevelir, comme les restes d’un être qui fut quelque chose de plus qu’un homme. ”
“ Ptahneferka se leva sur son lit et dit : « N’est-ce donc point à toi, Setna, que ma femme a dit tous les malheurs que nous avons éprouvés à cause de ce livre ? Si tu veux obtenir ce que tu demandes, tâche de le gagner sur le bon scribe. Auras-tu le courage de disputer la victoire du jeu avec moi ? Faisons le jeu du 52, si tu l’oses. — J’accepte, » dit Setna. Tandis qu’Ahura jouait avec ses chiens [8] , eux se livrèrent au jeu du 52. Ptahneferka prit un point sur Setna. Il lut une formule magique. Il s’approcha d’une tombe en face de lui, il entra dans l’ouverture jusqu’au pied. ”
“ Ses cités sont plus belles, luxueuses et grandioses, que les cités des vivants : chaque pyramide n’est qu’un tombeau colosse. Dans les catacombes de la Vieille-Égypte, dans les immenses grottes sépulcrales, d’un bout à l’autre du terrain, les morts embaumés dorment par millions, qui dans une humble cavité, qui dans une salle gigantesque ; l’ambition de tout roi est de s’élever sa pyramide. Mais non seulement l’homme est ainsi gardé religieusement : la bête participe à ce vaste amour des morts. ”
“ La Grèce et Rome, comme la France et l’Angleterre modernes, sont, par maints côtés, incomparablement supérieures à la vénérable Égypte, mais la forme de leur civilisation fut et demeure encore fragmentaire. Sans doute, un Européen moderne nous apparaît plus intelligent et plus perfectible qu’un Égyptien du XXe siècle avant Jésus-Christ, mais il n’apparaît nullement aussi avancé dans son œuvre, il ne signifie nullement un produit aussi complet d’une évolution humaine. ”
“ Longtemps on ne connut que la littérature sacrée, littérature grave, positive, précise et peu lyrique, sauf de rares exceptions, mais susceptible, comme on l’a vu pour le Livre des Morts, d’une certaine élévation morale. La littérature sacrée n’interprète que très imparfaitement le génie d’une race, et le raffinement de l’Égypte permettait de supposer une littérature évoquant les mœurs. ”
“ Le scribe ne tarda point à paraitre, appelé par les serviteurs, et Setna fit faire l’adjuration et la donation promises, cédant la totalité de sa fortune à Tabubu. Une heure se passa ainsi, lorsqu’on vint annoncer au prince que ses enfants étaient en bas et le demandaient : « Qu’on les fasse monter ! » dit Setna. Tabubu, entendant cela, alla mettre un vêtement transparent, d’étoffe de byssus, et reparut éblouissante de grâce, car Setna pouvait maintenant l’entrevoir toute sous la fine toile. Alors, son amour grandit étrangement, et le désir lui fit tout oublier. ”
“ Alors, le prêtre dit à Ptahneferka. « — Le livre dont je parle est au milieu du fleuve de Coptos, dans une caisse de fer. La caisse de fer renferme une caisse d’airain, et celle-ci une boite de corne de rhinocéros. À son tour la boite de « corne de rhinocéros enferme une caisse d’ivoire et d’ébène, et celle-ci une boite d’argent. Enfin, dans une dernière boite en or se trouve le livre. Mais le tout est défendu par un nid de serpents scorpions ; un serpent immortel est tout à l’entour. » ”
“ Ahura et Ptahneferka le bénirent grandement et Setna reprit : « Ptahneferka, est-ce que mon aventure ne fut point une chose honteuse ? » Ptahneferka dit : « Setna, voici ce que je te demande maintenant : tu feras revenir dans cette catacombe le corps de celle-ci, Ahura [1] , et le corps de Merhu son fils, tu les feras revenir de Coptos, sans faute. Il faut qu’ils me rejoignent dans cette tombe, comme il convient à un bon scribe. Qu’ils l’ornent devant toi ! Prends donc cette peine, et va à Coptos. Ne t’attarde pas ici davantage. » ”
“ Mais peut-être pouvons-nous insister quelque peu sur le raffinement de la société capable de produire de telles conceptions littéraires. Au triple point de vue des lois, de l’organisation, du luxe, la vieille Égypte était bien près d’être pareille aux nations les plus avancées de l’Europe contemporaine, et elle fut de toute manière égale en civilisation aux Grecs et aux Romains, très supérieure au Moyen-Âge. ”
“ Irai-je vivant à Memphis ? » « Pensant ainsi tristement, il fit apporter une bande de byssus et la transforma en ceinture. Il lia le livre de Thot et le mit à son flanc, en l’assujettissant bien. Ensuite, il sortit au bord de la barque et se jeta au fleuve. « Ainsi mourut Ptahneferka, et les hommes criaient : « — Oh terrible malheur ! Malheur affreux ! Il est parti, le bon scribe, l’homme savant à qui nul autre n’est comparable ! » ”
“ Tabubu circule très librement avec ses suivantes et discute les hommages des hommes. Ahura sait bien comment obtenir l’époux qui lui convient et non celui que voudrait lui donner le roi son père. En dehors de ces traits de mœurs, le roman de Ptahneferka et de Setna, est le plus parfait morceau de littérature égyptienne qu’on ait découvert ; il prendra sûrement place au panthéon des récits immortels. Il est de ceux qui synthétisent le terrible pouvoir de la femme à travers les âges. Tabubu est une personnification aussi formidable de ce pouvoir que Lucrèce Borgia, Salomé et Manon Lescaut. ”
“ Si quelque personnage d’importance vient à décéder, toutes les femmes de sa demeure se couvrent la tête et le visage de boue. Ensuite, abandonnant la dépouille du mort, elles s’en vont parcourir la ville, le haut de leur vêtement descendu jusque la ceinture, les seins découverts et se frappant la poitrine. ”
“ Il est une nécropole où gisent des millions de carcasses de crocodiles sacrés. D’autres mêlent les serpents aux pharaons ; les singes, les taureaux Apis, les chats, les oiseaux, voire les insectes, tout participe à l’universel embaumement, à la profonde passion de la momie. ”
“ Il fit l’holocauste et la libation devant l’Isis de Coptos et Harpochrate. Ensuite les prêtres nous conduisirent vers une maison magnifique et nous y logèrent. Pendant quatre jours, Ptahneferka se réjouit avec les prêtres d’Isis, et les femmes des prêtres de Coptos me donnèrent des jours heureux. Lorsqu’arriva le matin du cinquième jour, Ptahneferka fit appeler le grand-prêtre auprès de lui. Il fit venir une chambre à plonger, pleine de ses ouvriers et de ses outils. Il lut sur eux une formule magique : il leur donna la vie, il leur donna le souffle, puis il les fit descendre dans le fleuve. ”
“ Le jeune homme s’approche de la belle Tabubu et lui répéta : « Le prince Setna, fils du roi, donnera dix pièces d’or pour passer une heure avec toi. Il use de douceur, mais sache que si tu refuses, il saura te faire violence. Ses hommes t’enlèveront vers un endroit si secret, que nul ne pourra t’y découvrir — et où tu seras entièrement à son pouvoir. » ”
“ L’amour y apparaît en général facile et tout extérieur, beaucoup plus sensuel que sentimental. La liberté de la femme y est grande, ce qui est conforme à ce que nous savons par d’autres sources : la femme égyptienne n’était aucunement le demi-animal qu’elle fut en Assyrie, en Syrie, en Arabie, dans quasi toute l’Asie antique. L’Égyptienne fut maîtresse en son logis ; l’homme dut souvent lui obéir. Elle commerçait aux marchés, elle y vendait le produit du travail de son mari. Cette liberté explique les deux héroïnes de notre récit, Ahura la fille de roi et Tabubu la fille du prêtre de Bubaste. ”
“ Aussi, le sépulcre y est la grande gloire et la grande ambition, et n’être pas embaumé, n’être pas régulièrement enseveli, apparaît le pire des châtiments. La momie est sacrée. Elle n’inspire point d’horreur. ”
“ Le prince vivant demande le grimoire au prince mort. C’est alors qu’Ahura conte à Setna les malheurs qui se sont abattus sur eux à la suite de la conquête du livre de Thot par Ptahneferka. Cette première partie est fort attrayante, mouvementée, curieuse, pleine d’excellents traits de mœurs ; l’œuvre atteint son maximum d’intérêt lorsque Setna, sorti des catacombes, fait la rencontre de Tabubu : c’est ici, nous le répétons, une des plus typiques aventures amoureuses de tous les siècles. ”
“ Il fit de même pour le troisième point et il continuait de gagner sur Setna. Ensuite, il alla dans l’ouverture jusqu’au milieu du corps, et de même pour la sixième reprise. Enfin, il entra dans l’ouverture jusqu’aux oreilles [3] . Cependant Setna donna un grand coup sur la main de Ptahneferka, et il appela son frère Anhahorran, qui était proche, et lui dit : « Hâte-toi d’aller là-haut et raconte au roi la chose qui m’arrive. Apporte les talismans de Ptah, mon père, et mes livres d’incantation. » Anhahorran alla rapidement hors du sépulcre. Il raconta au roi tout ce qui arrivait à Setna. ”
“ L’annonce en fut faite au roi, dont le cœur se réjouit extrêmement ; il fit assembler des biens en grand nombre, il m’envoya de nouveaux dons en or, en argent, en étoffe royale, d’une beauté incomparable. ”
“ Setna entra dans la chambre, et il se coucha sur un lit d’ivoire et d’ébène, avec un désir accru encore. Tabubu vint le rejoindre et se coucha près de lui, au bord de la couche. Setna, hors de lui, étendit les mains, prit le corps admirable de la jeune fille contre lui, et satisfit enfin son profond désir. IV Une heure s’était écoulée, lorsque Setna vit devant lui un homme de haute stature, debout dans l’immensité, avec quantité d’hommes broyés sous ses pieds. ”
“ Nous le reposâmes dans un sarcophage de la nécropole de Coptos. « Ensuite Ptahneferka me dit : « — Naviguons ! Ne perdons pas de temps — de peur que le roi n’entende parler des choses qui sont advenues et que son cœur n’en soit troublé. » ”
“ Toutes les parentes du mort viennent avec elles et les hommes font de même de leur côté, avec leurs vêtements repliés vers la ceinture. Après ces préliminaires, ils portent le corps au lieu de l’embaumement. ”
“ Le meurtre de l’esclave était puni de mort tout comme celui de l’homme libre — égalité inconnue des autres civilisations de l’antiquité et du moyen-âge. Le vagabondage était prévu par des décrets, enjoignant à quiconque de déclarer par écrit ses moyens de vivre. ”
“ Deux d’entre eux lui prirent les mains, et le conduisirent en haut, dans le sanctuaire d’Isis et d’Harpochrate. Là, il fit venir un bœuf et du vin, pour l’holocauste et la libation à la déesse et au dieu. ”
“ Je n’ai fait perfidement de mal à aucun homme. — Je n’ai pas, comme chef, fait travailler au-delà de la tâche. — Je n’ai point fait maltraiter l’esclave. — Je n’ai point fait pleurer. Je n’ai point fait avoir faim. ”
“ Ptahneferka jetait du sable devant lui. Enfin une agitation se manifesta sur le fleuve, à la vue d’un serpent scorpion autour du lieu où gisait le livre. Lorsqu’enfin mon époux reconnut un serpent autour de la caisse, il se mit à réciter une formule sacrée vers le nid du serpent scorpion. La formule ne fit point partir le reptile. Alors Ptahneferka alla à l’endroit où se tenait le serpent immortel, et, l’ayant atteint, il lutta avec lui. Il le tua, mais le serpent ressuscita et reprit sa forme tumée. Ptahneferka lutta de nouveau. et tua encore le reptile. ”
“ La troisième manière est à l’usage de ceux qui ont peu de fortune. Elle consiste à purger, par des drogues de peu de choix, l’intérieur du ventre, et à dessécher le corps pendant les soixante-dix jours prescrits, pour le rendre ensuite à ses possesseurs. ”
“ Pour les femmes de haute classe, elles ne sont pas délivrées incontinent après la mort : on laisse passer trois jours, et même quatre, avant de les remettre aux embaumeurs. On prend les mêmes délais pour celles qui ont quelque réputation de beauté. C’est une précaution prise pour empêcher les embaumeurs d’en abuser ”
“ Les musaraignes et les éperviers sont transportés à Buto, les Ibis à Hermopolis. Pour les ours, qu’on trouve rarement, et les loups, guère plus grands que les renards, ils sont ensevelis aux lieux mêmes où l’on découvre leurs cadavres. ”
“ Celui-ci est accompli par des hommes spécialement institués, qui en font leur seule profession. Dès que le cadavre leur est apporté, ils montrent à ceux qui le remettent des figures en bois peint, arrangées de diverses manières. ”
