“ L’homme ne bronche toujours pas ! Puis, tout d’un coup — comme cela ! — l’épée scintille, s’allonge, le coup est porté au cœur, jusqu’à la garde, le taureau s’écroule mort sur le sable, l’homme reste indemne ! C’est courageux, magnifique !... Ah ! je voudrais aimer un toréador. Mais l’homme qui se bat à coups de poing pour de l’argent, c’est la bête humaine, le fou furieux qui reçoit une grêle de coups sur sa face stupide, et s’en délecte ! Allons ! Venez à Quito ! Je vous montrerai le vrai sport, le sport des braves, des vrais hommes ! ”
Résumé
“Gringoire”, est une œuvre de Jack London. Des thèmes tels que John Harned, le taureau ou Maria Valenzuela y sont abordés.
Citations de Gringoire (Jack London)
“ La pluie et la brume agitées et brassées par de violentes bourrasques couvraient le fleuve au point que l’autre rive, à deux cent vingt mètres de distance, demeurait invisible : à leurs pieds la falaise tombait à pic pour se perdre dans les tourbillons de vapeur d’eau. — Vous y êtes ? demanda Jerry. — Vas-y ! hurla Spillane, pour dominer de la voix le tumulte de l’ouragan. Monté près de sa femme, il la tenait par la main ; Jerry remarqua cette attitude et la désapprouva. — De la manière dont chasse le vent, vous n’aurez pas trop de vos deux mains pour vous cramponner ! cria-t-il. ”
“ Ce n’est qu’un homme, et avec toute sa fragilité humaine, il attaque de front un taureau sauvage qu’il tue d’un coup d’épée, une simple et mince épée, comme cela !... droit au cœur du mastodonte ! Spectacle sublime, qui fait battre le cœur, ce petit être humain, ce monstre en face de lui, cette couche de sable, ces milliers de gens suspendant leur souffle ! La grosse bête se lance à l’attaque, l’homme chétif, immobile comme une statue, ne bronche pas d’un muscle, il ne tremble pas et dans sa main l’épée légère brille comme du vif-argent au soleil. ”
“ Maria Valenzuela garda le silence. Elle ne daigna pas regarder l’Américain, mais elle n’avait pas perdu un mot de ses propos, et ses joues étaient blêmes de colère. Elle fixait les yeux sur l’arène tout en s’éventant, mais je voyais sa main trembler. John Harned, de son côté, semblait également ignorer sa présence. Il poursuivit, comme si elle n’était pas là, en proie, lui aussi, à la colère, à une colère froide : — C’est un sport lâche, digne d’un peuple de lâches ! prononça-t-il enfin. — Ah ! fit Luis Cervallos d’une voix douce, vous croyez donc nous comprendre ? ”
“ L’homme glissa, perdit la tête, et le taureau l’attrapa, fort heureusement pour l’homme, entre ses larges cornes. Tandis que tous les spectateurs, le souffle suspendu, regardaient la scène, John Harned se dressa sur son siège et clama sa joie. Seul, dans le silence impressionnant, John Harned hurlait de bonheur satisfait et ses vœux allaient tout entiers au taureau. Comme vous l’avez deviné, il souhaitait la mort de l’homme. John Harned avait le cœur inhumain. Son attitude excita la colère des invités du général Salazar, qui protestèrent à grands cris contre la conduite de John Harned. ”
“ Les Américains et les Anglais sont une race brutale. Pleins de mépris pour nos courses de taureaux, ils se complaisent néanmoins à verser le sang. Ce jour-là, à cause de John Harned, il y eut plus d’hommes tués qu’il en périt jamais dans toute l’histoire de la tauromachie de Quito, — que dis-je ! de Guayaquil et de tout l’Équateur ! Tout cela pour un gémissement de cheval ! Pourquoi John Harned n’est-il pas devenu fou lors de la mise à mort du taureau ? Une bête est une bête, que diable ! que ce soit un cheval ou un taureau. John Harned avait perdu la tête. ”
“ Le taureau, emporté par son élan, planta bruyamment ses cornes dans la palissade de l’enceinte. Et John Harned prononça d’une voix calme, comme se parlant à lui-même : — Je donnerai mille kilos de sucre à l’hôpital de Quito si un taureau tue un homme aujourd’hui. — Vous aimez les taureaux, à ce que je vois ? dit Maria Valenzuela avec un sourire forcé. — Je les préfère en tout cas à ces hommes-là, riposta John Harned. Un toréador n’est pas brave. Voyez ! Le taureau tire déjà la langue, il est fatigué avant d’avoir commencé ! — C’est l’eau, expliqua Luis Cervallos. ”
“ Maria Valenzuela répliqua avec un sourire méprisant : — Ils s’entre-tuent souvent, n’est-il pas vrai ? Je l’ai lu dans les journaux. — Mais le taureau – votre taureau – n’est-il pas souvent tué dans l’arène, lui ? Et il n’y vient pas de son propre gré ! C’est injuste pour la pauvre bête... à la différence du pugiliste, elle est bien obligée de se battre. — Raison de plus pour que votre pugiliste soit une brute ! repartit Maria Valenzuela. C’est un primitif, un animal ! Il cogne à coups de patte, comme un ours des cavernes, et il est féroce !... Tandis que la course de taureaux... ”
“ Si elles tuaient les toréadors, ce ne serait plus du sport. — Ce serait, au contraire, du sport, riposta John Harned, si un toréador était tué de temps à autre. Si, devenu vieux, et peut-être infirme, il me fallait un jour gagner ma vie, je me ferais sans hésiter toréador. C’est un métier facile pour hommes mûrs et retraités. — Mais, voyez donc ! insista Maria Valenzuela au moment où, pour la centième fois, le taureau fonçait bravement sur un capador qui l’évitait en l’aveuglant de sa cape... ”
“ Ces dispositions prises, il se laissa glisser au-dessus du fleuve, se halant à la force des poignets. Il emportait sa clé à molette, sa barre de fer et le reste de la corde. La pente du câble montait légèrement, mais il s’en souciait moins que du vent. Quand les furieuses rafales le balançaient d’avant en arrière, le faisant parfois presque tourner sur lui-même, et qu’il baissait les yeux vers la grisaille profonde, il frémissait de terreur. Le câble était bien vieux. Qu’arriverait-il s’il se rompait, sous son poids, joint aux assauts du vent ? ”
“ Un promeneur en train de lire son journal releva brusquement la tête à la vue du pigeon lorsqu’il entendit le ronflement du moteur de Winn et vit l’énorme monoplan, toutes voiles déployées, foncer sur lui, ralentir soudain sur un coussinet d’air créé artificiellement au moment propice grâce à une adroite manœuvre des hélices horizontales, puis glisser sur quelques mètres, toucher terre et s’arrêter à une dizaine de pas de lui. La stupéfaction le cloua sur place. Mais lorsqu’il vit un jeune aviateur, assis dans la carlingue, le viser avec un revolver, l’homme prit ses jambes à son cou. ”
“ Le taureau chargea. Bien entendu, le cheval ne se rendit compte de rien jusqu’au moment où, le picador ayant manqué son coup, il se trouva empalé, par en dessous, sur les cornes d’un taureau, d’une vigueur extraordinaire. Il souleva le cheval dans l’air avec son cavalier ; et quand le cheval s’écroula sur le côté dans le sable, le picador retomba sur ses pieds avec la légèreté d’un chat et s’échappa, tandis que les capadores détournaient le taureau loin de lui. Le cheval, vidé de ses organes essentiels, se releva néanmoins en poussant des cris de douleur. ”
“ Les banderilles doivent être posées, comme vous savez, deux à la fois, dans l’épaule, de chaque côté et aussi près que possible de l’épine dorsale. Si l’homme n’en place qu’une, le coup est raté... La foule conspua donc le maladroit et appela de ses cris Ordonez. Celui-ci se surpassa : quatre fois il s’avança, et quatre fois, du premier coup, il posa les banderilles, de sorte qu’à un moment donné huit d’entre elles se hérissaient sur le dos du taureau. Dans la foule ce fut de la frénésie, et une pluie de chapeaux et de pièces d’argent s’abattit sur le sable de l’arène. ”
“ Je vais vous raconter une histoire vraie ; elle s’est passée à Quito, dans l’arène, pendant une course de taureaux. J’étais assis dans une loge en compagnie de John Harned, de Maria Valenzuela et de Luis Cervallos. Ce drame s’est déroulé sous mes yeux ; j’y ai assisté du commencement jusqu’à la fin. J’étais venu sur le vapeur Ecuadore faisant le service de Panama à Guayaquil. Maria Valenzuela est ma cousine, une femme d’une ravissante beauté, que j’ai toujours connue. Je suis, moi, de race espagnole – ”
“ Et il céda, Il vint, non pour la course de taureaux, mais pour ce qu’il avait lu dans ses prunelles... Car des femmes telles que Maria Valenzuela, il en naît tout juste une par siècle. Ces femmes-là n’appartiennent à aucun pays ni à aucune époque : elles sont, comme vous dites, « universelles ». Ce sont des déesses. Les hommes tombent à leurs pieds. Elles se jouent d’eux, les font glisser comme du sable entre leurs doigts. ”
“ Pauvre bête ! dit John Harned, la langue lui sort de la gueule. D’abord, on le gonfle d’eau ; puis, les toréadors l’épuisent en se relayant, l’un après l’autre. Pendant que les uns le fatiguent, les autres se reposent. Mais on n’accorde aucun répit au taureau. Quand il est à bout de forces, le matador vient lui plonger son épée dans le corps. ”
“ L’atmosphère est, comme on le sait, un milieu des plus instables. Tout à coup, il pénétra à angle aigu dans un courant qu’il reconnut : c’était ce gulf-stream aérien qui jaillit de la Porte d’Or. Son aile droite en fut la première atteinte. Un subit et brutal coup de vent souleva l’aile droite du monoplan et le fit pencher à un angle dangereux. ”
“ Voilà pourquoi il est voué d’avance à la mort. Les toréadors, les spectateurs, vous, moi, tout le monde sait dès le début qu’il combattra le vent. Lui seul l’ignore. Toutes les chances se tournent contre lui. — C’est très simple, déclara Luis Cervallos. Le taureau ferme les yeux en chargeant. Donc... — Donc, interrompit John Harned, l’homme n’a qu’un pas à faire pour s’écarter de son chemin, et le taureau passe à côté... — C’est exact, approuva Luis Cervallos ; le taureau ferme les yeux ; et l’homme s’en rend parfaitement compte. ”
“ Nous autres, Équatoriens, nous nous en moquons. Nous faisons notre loi pour nous-mêmes, à notre façon. J’ai dit que je m’appelle Manuel de Jesus Patino. Rappelez-vous ce nom : il fera figure, un jour, dans l’histoire. Il y a des révolutions, en Équateur ; nous les appelons « élections ». Excellente plaisanterie, n’est-ce pas ? Vous appelez cela je crois, jouer sur les mots ? John Harned était un Américain extrêmement riche dont j’avais fait la connaissance à l’hôtel Tivoli à Panama. Il se rendait à Lima. Mais, à l’hôtel Tivoli, il rencontra Maria Valenzuela. ”
“ John Harned ne répondit pas. D’un coup de poing en plein visage il abattit Luis Cervallos, qui tomba inanimé en travers des sièges. Il ne se releva pas, et ne vit rien de ce qui s’ensuivit. Mais je n’en perdis pas grand-chose. Urcisino Castillo se pencha en avant dans la loge voisine et appliqua un coup de canne sur la figure de John Harned. L’autre riposta par un coup de poing qui renversa son adversaire sur le général Salazar et le fit basculer. John Harned était maintenant en plein délire. La bête primitive, en lui, était déchaînée et hurlante – cette bête des cavernes préhistoriques. ”
“ Tiens bon, père ! n’envoie pas l’argent, dit Peter Winn junior. Mon avion no 8 est prêt, et je suis sûr d’avoir enfin mis au point mon système de ris diminuant la saillie des ailes ; tu verras, cette invention révolutionnera l’aviation ! Le problème essentiel est la vitesse, mais encore faut-il de la surface portante pour le départ et la prise d’altitude. Or, je possède les deux : une fois là-haut je prends mes ris, et le tour est joué ! Plus la surface des plans diminue, plus la vitesse s’accroît. ”
“ Il avait préparé seul son petit déjeuner, l’avait pris, et venait de sortir pour jeter un coup d’œil sur le vaste monde. À six mètres de lui se dressait le tambour d’acier autour duquel s’enroulait le câble sans fin ; auprès du tambour gisait la benne à minerai. En suivant de l’œil la fuite vertigineuse des câbles, Jerry distinguait sur l’autre rive l’autre tambour et l’autre wagonnet. ”
“ Au bout d’une demi-heure, il était arrivé à ébranler la goupille, mais ne pouvait la sortir ; à une dizaine de reprises, désespéré, il fut sur le point d’abandonner la partie. Tout à coup une idée lui vint. Fouillant ses poches avec une hâte fébrile, il y trouva ce qu’il désirait : un clou de charpentier. ”
“ Lentement et avec précaution, Jerry commença de desserrer le frein. Le tambour s’ébranla sous le passage du câble et la benne s’enfonça doucement dans le vide, ses galets de suspension se déplaçant sur le guide fixe supérieur qui la supportait. Jerry avait déjà manœuvré le câble auparavant mais, pour la première fois, il s’y risquait hors de la surveillance paternelle. À l’aide du frein, il réglait la vitesse de la benne ; précaution indispensable car, par instants, entraînée par des rafales plus puissantes, elle oscillait violemment en avant et en arrière ! ”
“ Ordonez s’avança avec l’épée et le drap écarlate. Mais l’animal avait de nouveau changé d’humeur et n’était pas disposé à se battre. Ordonez frappait le sable du pied, impatiemment, en poussant des cris et en agitant son drap rouge en tous sens. À la fin le taureau se décida à charger, mais mollement, sans élan. Ce fut une piètre estocade : la lame porta contre un os et se brisa. Ordonez prit une autre épée. Le taureau, provoqué une fois de plus au combat, chargea derechef. À cinq reprises, Ordonez tenta l’estocade, et chaque fois l’épée n’entra qu’en partie ou atteignit un os. ”
“ Un pigeon voyageur en plein vol peut atteindre une très grande vélocité. Aussi Winn réduisit-il de nouveau sa toile. Il s’aperçut avec joie qu’il battait le pigeon de vitesse, mais cette fois il s’empressa de larguer ses ris afin d’augmenter légèrement sa surface planante et de ralentir à temps. ”
“ Jerry alluma son feu et, à midi juste, il s’asseyait devant son déjeuner. Sa vaisselle nettoyée et proprement rangée, Jerry décida de ne point sortir. Il se demanda à quel point Hall devait être trempé, s’il réussissait à ramener du gibier. Vers une heure, on frappa à la porte et il alla ouvrir : un homme et une femme entrèrent en trébuchant, poussés par une violente rafale. Il reconnut M. et Mme Spillane, propriétaires d’un ranch situé dans une vallée solitaire à une quinzaine de kilomètres du fleuve. — Où est Hall ? interrogea aussitôt Spillane d’un ton sec et rapide. ”
“ Un homme peut-il rougir d’avoir du poil au menton ? Le bon Dieu ne l’y a-t-il pas mis ? Je dis le bon Dieu, parce que je crois au bon Dieu, moi ! Je ne suis pas un païen, comme beaucoup de vous autres, Anglo-Saxons ! ”
“ L’homme n’eut guère le temps de discuter, car l’étrange visiteur disposait d’arguments convaincants. Sur les instructions de Winn, appuyées de la menace du revolver, l’homme improvisa un tourniquet pour arrêter le sang de sa jambe blessée. Winn l’aida ensuite à s’asseoir dans la carlingue, puis se rendit au pigeonnier et prit le pigeon, qui avait toujours son ruban attaché à la patte. ”
“ Je puis aussi bien monter par temps calme, plein de poches d’air, comme lorsque cela danse, et grâce à mon système de réglage de la surface portante, je suis à peu près certain d’atteindre toutes les vitesses voulues – surtout avec mon nouveau moteur Sangster-Endholm. ”
“ À une altitude de cent cinquante mètres, son guide l’entraîna au-dessus de la ville de Berkeley et releva son vol en direction des hauteurs de Contra-Costa. Tout en poursuivant son ascension à la suite de l’oiseau, le jeune Winn s’aperçut qu’il survolait à présent le campus et les bâtiments de son université – l’Université de Californie. ”
Termes fréquents
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