Joseph Cajot

Résumé

Joseph Cajot Éloge de l’âne

Les noms de vis-à-vis, de désobligeante, de cabriolet, étaient des noms inconnus : les plus riches d’alors, les citoyens les plus distingués, ne rougissaient point de se servir de leurs pieds pour marcher ou de paraître dans l’occasion, assis sur un âne. Que les temps sont changés ! À peine peut-on faire un pas, sans être éclaboussé par le carrosse d’un fermier général, la demi-fortune d’un artiste protégé, et le vis-à-vis d’une nymphe de l’opéra. L’honneur, le savoir, la probité, rampent dans la boue : l’ignorance, l’intrigue, l’infamie, sont au rang des Dieux.
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Joseph Cajot Éloge de l’âne

Si vous mettez sur le trône un cœur barbare, un monstre, ce n’est point un roi ; c’est le fléau de l’univers.
Que le lion [18] cesse donc d’usurper un titre qu’il ne mérita jamais ; un roi doit être le père de ses sujets ; le lion en est le bourreau. Il s’abreuve de leur sang, il se nourrit de leur chair : est-il dans la nature un monstre plus détestable ? Fuyons loin des lieux qu’il habite. Il est dangereux d’être auprès des tyrans.
Le cheval est trop fier, trop plein de lui-même pour monter sur le trône. Un roi doit être populaire, la dureté ne doit point siéger dans son cœur.
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Joseph Cajot Éloge de l’âne

Elle ne sait ce que c’est que de recourir à l’art pour séduire ses pareils : sa taille ronde et bien fournie, n’a jamais été gênée dans une carcasse de baleine ; elle n’a point la manie de s’estropier, pour avoir de petits pieds ; elle cède aux Babyloniennes ces ridicules agréments. Son regard est pudique, sa démarche honnête ; elle inspire à la fois, et la décence et la volupté ; ses dents sont plus blanches que l’ivoire : elle n’affecte point de grimaces pour les faire admirer ; elle ne met ni blanc, ni rouge, ni bleu ; sa beauté n’a pas besoin de ces secours artificiels.
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