M.-P. Bourgain

Résumé

M.-P. Bourgain Revue des Deux Mondes

Ce n’étaient pas là les pires dangers pour la jeune Félicité. La pupille de Mme de Bellevaux avait appris de la vie tout ce qu’en peuvent discerner des yeux d’enfant. Pour le reste, heureusement, il y a des grâces d’état ; pour ce qui ne lui est pas positivement révélé, l’innocence d’un enfant est encore le meilleur rempart. La petite Ducrest était éveillée à l’excès, trop préparée à comprendre, le jour venu ; elle n’était point perverse. Le vrai danger, à mon sens, était dans l’air de vertu frelatée qu’on respirait chez M. de La Popelinière.
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Chanteuses et danseuses de l’Opéra y charmaient l’oreille et les yeux. Pour peu qu’une beauté nouvelle occupât le maître du logis, « on le voyait galant, enjoué, comme épanoui par ce doux rayon d’espérance. C’était alors qu’il était aimable. Il faisait des contes joyeux, il chantait des chansons qu’il avait composées et d’un style tantôt plus libre, tantôt plus délicat, selon l’objet qui l’animait. » Tel sans doute le vit Félicité Ducrest, dont les treize ans, en leur verte fraîcheur, l’enchantaient.
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Elle avait dû au hasard d’une amitié de couvent de faire la connaissance d’un jeune gentilhomme bourguignon, Pierre-César Ducrest, cadet de bonne maison. Le fiancé n’était guère plus argenté qu’elle-même, et, dans l’entourage des deux jeunes gens, on ne se gênait pas pour dire bien haut que « c’était marier la faim avec la soif. » Mais on eût en vain démontré à Mlle de Mézières les tracas et les difficultés qu’elle se préparait par un tel mariage : ne représentait-il pas à ses yeux l’affranchissement, et ne lui ouvrait-il pas ces grilles qu’elle avait tant redouté de voir se fermer à jamais ?
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