Résumé

Portrait de Paul Janet Paul Janet La Philosophie de la Révolution française

Ce que M. Michelet a surtout saisi admirablement, c’est le caractère de spontanéité et d’unanimité qu’a eu la révolution à son début. Il dit avec raison que tout ce qu’il y a de bon est l’œuvre de tout le monde, et que ce qu’il y a de mauvais est l’œuvre de quelques-uns. Les grands faits sociaux se sont produits « par des forces immenses, invisibles, nullement violentes. » Il y a eu là un moment unique dans l’histoire, où le cœur de l’homme s’est élargi. C’était l’explosion d’un sentiment nouveau dans le monde, l’humanité. La révolution aima « jusqu’à l’Anglais, » son éternel ennemi.
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Le but de la société, but révélé par l’Évangile, poursuivi par la révolution, c’est la fraternité, c’est-à-dire l’égalité, c’est-à-dire l’abolition de tous privilèges, aussi bien des privilèges de la bourgeoisie que ceux de la noblesse et du clergé : égalité de tous, voilà le but. Maintenant l’individu peut se tromper sur son but d’activité, mais l’universalité du peuple ne se trompera pas. Qui dit souveraineté du peuple dit donc souveraineté du but. « Tout se faisant par le peuple, tout se fera pour le peuple. »
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C’est là le vrai problème que soulève la révolution française. Or, quelque large part que l’on puisse faire au dogme de la souveraineté populaire, il est bien difficile d’admettre que, le jour où les états-généraux ont été réunis, le roi a cessé d’être roi, la noblesse a cessé d’être noblesse, les parlemens, que toutes les institutions ont été suspendues, et que le peuple est rentré dans l’état de nature. Aucune société humaine ne peut subsister sans une certaine forme de légalité, écrite ou non écrite, sans un certain ordre civil et politique
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