Philippe Godet

Résumé

Philippe Godet Les réalités : poésies (1887)

Sous le fardeau mon coeur succombe :
La réalité, c'est souffrir!...
Oui, souffrir, — jusque à la venue De ce grand jour sans lendemain,
Préface. 13
Où l'auguste et blanche inconnue Mettra sur moi sa froide main. Qu'on la redoute comme un gouffre Ou qu'on l'espère comme un port, Pour l'homme qui vit, aime et souffre, La réalité, c'est la mort.
O Dieu que tout poëte adore Et dont jamais je n'ai douté, Si tu veux que je vive encore, Laisse-moi croire à ta bonté ! Prends ce que j'aime, ô mort avide; Un grand espoir demeure en moi : Le ciel est sombre, — il n'est pas vide...
Source : Gallica

Philippe Godet Les réalités : poésies (1887)

Nous faisions ce rêve insensé D'une vie où l'on reste ensemble Jusqu'à l'âge où, déjà glacé Et serrant une main qui tremble, L'ami soutient encor l'ami Au seuil du funèbre passage, Attendant qu'il soit endormi Dans l'éternel repos du sage.
Or, maintenant, je reste seul, Désolé sous le ciel morose, Et vous dormez sous le linceul Où tout notre passé repose ! Et moi, qui ne puis rajeunir, Je vois dans l'avril que j'abhorre Un ironique souvenir Du temps où je vivais encore!...
Fleurissez, pommiers, fleurissez! Forêts, chantez votre romance,
Douleur d'avril.
Source : Gallica

Philippe Godet Les réalités : poésies (1887)

Il contempla, d'un oeil sans pleur, d'un coeur soumis,
La mort frappant ses coups avec exactitude,
Et suivit le cercueil de ses meilleurs amis.
La douleur ne fit naître aucun chant sur sa lèvre ; Il demeurait muet, impuissant, hébété, Et, sombre, l'âme en proie à quelque horrible fièvre, Il se sentait vieillir dans sa stérilité.
Mais au fond de son coeur, un mal secret, sans trêve, Rongeait le malheureux comme un âpre vautour. Dieu prit enfin pitié de son martyre : un jour, Le poëte mourut consumé par son rêve.
Sans exhaler de plainte, il passa doucement.
Source : Gallica

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