Tancrède de Visan

Résumé

Tancrède de Visan Lettres à l’élue

Ce n’est qu’à vous mieux connaître, vous et la nature votre sœur, que j’appris à ne plus faire de phrases, à être vrai, à vivre des émotions conduites à leur paroxysme, jusqu’à la sérénité, à cet état où toutes les facultés s’équilibrent dans leur plus haute tension.
Au contact de votre foi j’ai resplendi d’aurore. Voilà bien cette grande supériorité dont je fus d’abord jaloux : vous n’avez jamais douté de rien, ni vous, ni votre grand-père, ni ceux de ce pays. Votre vie est un tissu de certitudes, un écheveau d’évidence qui se déroule.
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Tancrède de Visan Lettres à l’élue

Ma compréhension universelle égalait l’effort de chaque créateur. Ces chercheurs d’absolu, je les dominais encore par ma synthèse, par mon désir de réconcilier les contraires, de trôner sur leur union après l’avoir accomplie.
Non, personne n’est jamais venu me distraire durant ces bienveillantes après-midi. Le soleil ne frappait pas à mon balcon ; le Luxembourg ne me faisait pas signe. La pluie mince m’avertissait d’avoir à fondre mon âme en sa monotonie. L’espace même, si j’ose dire, tout ce qui vit à l’extérieur, s’amenuisait, coulait en teintes grises, pour mieux se rendre indifférent.
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Tancrède de Visan Lettres à l’élue

Au sommet de mon désarroi une résolution fixe venait de se poser, comme un aigle au-dessus d’un précipice : m’enfuir loin de ma pensée, n’importe où, vers un paysage de repos ; demeurer à l’abri des livres, et des folles tentations dans un havre compatissant. Une phrase de Goethe fit de l’air en s’ébattant dans ma tête : « Toute théorie est grise, dit Méphistophélès ; mais l’arbre précieux de la vie est vert... Un individu qui spécule, est comme un animal promené par un génie malin sur une bruyère aride, tandis qu’à l’entour s’étend un gras pâturage. »
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