“ L’Amant Vois-tu les rondes Qu’enroule la nuit profonde ? Le Chœur Évohé ! les tocsins Du destin Sonnent dans les ravins. L’Amante La nuit est longue et continue, La nuit d’amour se perpétue. L’Amant Nous aurons des heures immenses, Des sommeils sans souvenances. Le Chœur Evohé ! tout a son cours ; Notre puissance est sans recours. L’Amante Mes yeux roulent, Mes cheveux coulent, Mon âme sombre en une houle. L’Amant Viens... Ô ma vie !... ô mon bien !... Tu m’appartiens... je t’appartiens... Ils disparaissent. Scène III L’aube. ”
Édouard Dujardin
Résumé
Édouard Dujardin, auteur du poème dramatique Antonia, aborde avec passion les thèmes de l’amour, de la destinée et de l’angoisse existentielle à travers un dialogue lyrique entre des personnages symboliques tels que L’Amant, L’Amante ou La Courtisane.
Les extraits dévoilent une structure scénique rythmée par des chants et des confrontations, où les images de nuit, de rêve et d’errance s’entrelacent pour traduire une quête désespérée de lien humain. L’œuvre, caractérisée par des répétitions cadencées et des métaphores oniriques, se termine par une tension entre l’éternité des sentiments et la vulnérabilité des relations, illustrée par des scènes de séparation et de déception.
Citations de Antonia (Édouard Dujardin)
“ Tu crois avoir mon cœur ; J’ai peur. Oh ! si nous partions ! Si nous nous quittions ! Si tu me laissais ! Si tu t’en allais ! Si tu oubliais ! Si tu te sauvais ! Après un long silence, tous deux, chacun à une extrémité de la scène, ils dialoguent, les yeux égarés, à mi-voix. L’Amant O fatalité ! O nécessité Des calamités ! L’Amante Nuits sans sommeils ! Matins sans soleils ! L’Amant O tourment ! Immense accablement ! L’Amante Midis sans azur ! Soirs impurs ! Orients dévastés, occidents jamais mûrs ! L’Amant L’ombre Sombre En un abîme de décombres. ”
“ La nuit aux mystérieux circuits... Ce fut notre extase encore, L’amour qui nous lia jusqu’à la mort ; Encore ce fut la gloire de notre hymen, D’avoir un instant, avant la fin, Mêlé nos lèvres Et nos fièvres Et nos désespérances Et nos errances Et cette humanité De douleur et de joie inextinguiblement mêlées... Hélas ! hélas ! ô délices des choses passées ! Puis sur ces jours Un sommeil indéfini descendit et prit son cours. Comme dans le trépas l’on s’endort, Dans l’indéfini de l’inconscience on s’endort. Mais en ce sommeil il est passé un rêve... ”
