“ Cette aimable dame, qui n’a pas encore dit un mot devant vous, répondit sèchement le Porpora, n’est ni margrave, ni douairière, ni princesse, ni baronne, ni comtesse : c’est une chanteuse italienne qui ne manque pas d’un certain talent. — Je m’intéresse d’autant plus à la connaître et à savoir son nom, reprit le baron en souriant de la brusquerie du maestro. — C’est la Porporina, mon élève, répondit le Porpora. — C’est une personne fort habile, dit-on, reprit l’autre, et qui est attendue avec impatience à Berlin. ”
Porpora
Définition et enjeux
Citations sur “Porpora”
“ Oui, répondit-elle, enchantée de l’avoir distrait de ses soucis ; jai eu jusqu’à présent toujours devant les yeux, et j’aurai toujours gravé dans l’âme, l’image de mon noble maître Porpora. Il lui est échappé bien souvent devant moi des paroles amères et profondes qu’il me croyait incapable de comprendre ; mais elles creusaient bien avant dans mon cœur, et elles n’en sortiront jamais. C’est un homme qui a bien souffert, et que le chagrin dévore. ”
Vladimir Karenin, George Sand, sa vie et ses œuvres
“ Le vieux compositeur Porpora, austère idéaliste, adonné à son art, mais malheureux, toujours bougonnant, aigri et maladivement soupçonneux, a parmi la foule de ses élèves, paresseuses et frivoles demoiselles plus ou moins riches, une pauvre petite orpheline, l’Espagnole Consuelo. Sans aucune tournure, laide, mal mise, hâlée et timide, elle seule, parmi ses gaies compagnes de l’école dei Mendicanti, travaille avec conscience et persévérance, parce qu’elle a une voix magnifique et la passion de la musique, et parce qu’à son insu elle possède un admirable talent d’artiste à l’état latent. ”
“ Ton Porpora et toi, interrompit Anzoleto avec humeur, pouvez bien vous nourrir de ces belles maximes. Rien n’est si aisé que de philosopher sur les maux de la vie quand on n’en connaît que les biens. Le Porpora, quoique pauvre et contesté, a un nom illustre. Il a cueilli assez de lauriers pour que sa vieille tête puisse blanchir en paix sous leur ombre. Toi qui te sens invincible, tu es inaccessible à la peur. Tu t’élèves du premier bond au sommet de l’échelle, et tu reproches à ceux qui n’ont pas de jambes d’avoir le vertige. C’est peu charitable, Consuelo, et souverainement injuste. ”
“ Eh bien, maestro ! dit-il au Porpora, as-tu fait beaucoup d’élèves à Venise, dans ces derniers temps ? En as-tu produit quelques-uns qui te donnent de l’espérance ? — Ne m’en parle pas ! répondit le Porpora. Depuis toi, le ciel a été avare, et mon école stérile. Quand Dieu eut fait l’homme, il se reposa. Depuis que le Porpora a fait le Caffariello, il se croise les bras et s’ennuie. ”
Thérèse-Alphonse Karr, La symphonie du travail (1885)
“ Quel fut son émoi quand il apprit l'arrivée du « célèbre Porpora ! » L'occasion se présentait donc enfin, l'occasion de briller non plus seulement devant la racaille artistique, mais devant un maître ! M. le baron passa une nuit sans sommeil, dont une partie fut employée à repasser ses morceaux, et dans la journée, il se mit en grand costume et alla inviter Porpora pour une soirée musicale, devant avoir lieu à son château. Le malicieux Italien, qui avait déjà connaissance du personnage, accepta en manifestant hautement son extrême gratitude et sa vive satisfaction. ”
“ Ce n'est pas une raison, répondit la margrave en toisant Consuelo de la tête aux pieds, pour que vous la teniez ainsi par la main. Allez vous asseoir vers le clavecin, Mademoiselle, je suis fort aise de vous voir, vous chanterez quand la société sera rassemblée. Maître Porpora, je vous salue. Je vous demande pardon si je ne m'occupe pas de vous. Je m'aperçois qu'il manque quelque chose à ma toilette. Ma fille, parlez un peu avec maître Porpora. C'est un homme de talent, que j'estime. ”
“ Qu’est-ce que je vois là au clavecin ? Est-ce la petite dont on m’a parlé, la protégée du Porpora ? Pauvre diable de Porpora ! Je voudrais faire quelque chose pour lui ; mais il est si exigeant et si fantasque, que tous les artistes le craignent ou le haïssent. Quand on leur parle de lui, c’est comme si on leur montrait la tête de Méduse. Il dit à l’un qu’il chante faux, à l’autre que sa musique ne vaut rien, à un troisième qu’il doit son succès à l’intrigue. Et il veut avec ce langage de Huron, qu’on l’écoute et qu’on lui rende justice ? Que diable ! nous ne vivons pas dans les bois. ”
“ Il croirait dégrader la musique s’il laissait soupçonner que le Porpora a besoin d’autre chose que de son génie, de son clavecin et de sa plume. Aussi l’ambassadeur et sa maîtresse, qui le chérissent et le vénèrent, ne se doutent-ils en aucune façon du dénuement où il se trouve. S’ils lui voient habiter une chambre étroite et délabrée, ils pensent que c’est parce qu’il aime l’obscurité et le désordre. Lui-même ne leur dit-il pas qu’il ne saurait composer ailleurs ? Moi je sais le contraire ; je l’ai vu grimper sur les toits, à Venise, pour s’inspirer des bruits de la mer et de la vue du ciel. ”
“ «Il aime la saleté, se dit-on; c'est le travers des vieillards et des artistes. Ses guenilles lui sont agréables. Il ne saurait marcher dans des chaussures neuves.» Lui-même l'affirme; mais moi, je l'ai vu dans mon enfance, propre, recherché, toujours parfumé, rasé, et secouant avec coquetterie les dentelles de sa manchette sur l'orgue ou le clavecin; c'est que, dans ce temps-là, il pouvait être ainsi sans devoir rien à personne. Jamais le Porpora ne se résignerait à vivre oisif et ignoré au fond de la Bohême, à la charge de ses amis. ”
“ Le Porpora, mécontent d’être éveillé avant l’heure, s’agite dans son lit, essaie de se rendormir, et, poursuivi par cette voix belle et fraîche qui chante avec justesse et légèreté une phrase fort gracieuse et fort bien faite, il passe sa robe de chambre et va regarder par le trou de la serrure, moitié charmé de ce qu’il entend, moitié courroucé contre l’artiste qui vient sans façon composer chez lui avant son lever. Mais quelle surprise ! c’est Beppo qui chante et qui rêve, et qui poursuit son idée tout en vaquant d’un air préoccupé aux soins du ménage. ”
“ Ah! pourquoi mon maître Porpora ne peut-il entendre ce que vous dites sur l'art sacré, mon cher Albert! il serait à vos genoux. Et pourtant ce grand artiste lui-même ne pousse pas la rigidité aussi loin que vous, et il croit que le chanteur et le virtuose doivent puiser le souffle qui les anime dans la sympathie et l'admiration de l'auditoire qui les écoute.—C'est peut-être que le Porpora, quoi qu'il en dise, confond en musique le sentiment religieux avec la pensée humaine; c'est peut-être aussi qu'il entend la musique sacrée en catholique ”
“ Je veux le secourir. — Il ne s’agit pas de cela, Seigneurie, répondais-je ; c’est l’amour de l’art qui lui a fait prendre cette singulière résolution. Il voulait à toute force avoir des leçons de l’illustre maître Porpora... — Ah ! oui, je sais cela, et le Porpora refusait de l’entendre et de l’admettre. C’est un homme de génie bien quinteux et bien morose. — C’est un grand homme, un grand cœur, répondais-je conformément aux intentions de la signora Consuelo, qui ne veut pas que son maître soit raillé et blâmé dans tout ceci. ”
George Sand,
La Comtesse de Rudolstadt
“ La fièvre la prit. Elle ne s'en aperçut pas, et continua d'aller et de venir dans son appartement, en proie à une sorte d'égarement, et ne répondant que par des regards sombres et fixes aux irritantes interpellations du Porpora et du directeur. Elle ne se coucha point, et passa la nuit en prières. Le matin, elle parut calme, et alla à la répétition par ordre. Sa voix n'avait jamais été plus belle, mais elle avait des distractions qui terrifiaient le Porpora. «Ô maudit mariage! ô infernale folie d'amour!» murmurait-il dans l'orchestre en frappant sur son clavecin de façon à le briser. ”
George Sand,
La Comtesse de Rudolstadt
(1843)
“ Le Porpora, après avoir fait plusieurs voyages en Italie, était revenu à Vienne, et faisait représenter un nouvel opéra au théâtre impérial. Les vingt dernières années de ce maître sont tellement ignorées, que nous n’avons pu trouver dans aucune de ses biographies le nom de ce dernier œuvre. Nous savons seulement que la Porporina y remplit le principal rôle avec un succès incontestable, et qu’elle arracha des larmes à toute la cour. L’impératrice daigna être satisfaite. ”
Eugène Muller, Curiosités Historiques et Littéraires
“ «Je te pardonne, dit le Porpora, à condition que tu m'obéiras toujours passivement, comme tu avais promis de le faire.—J'obéis,» dit l'élève. Deux ans s'écoulent encore. A la sixième année seulement, on ajoute à ces exercices quasi séculaires quelques règles sur l'articulation et la prononciation; puis les leçons de déclamation s'adjoignent aux leçons de chant. Enfin, aux derniers jours de cette année, Porpora embrasse avec effusion son élève et prononce ces paroles: «Va, mon enfant, tu n'as plus rien à apprendre; tu es maintenant le premier chanteur de l'Italie et du monde.» ”
“ Le monde a été créé pour moi ; le ciel n’a donné le génie aux poëtes et aux compositeurs que pour faire chanter Caffariello. Le Porpora n’a été le premier maître de chant de l’univers que parce qu’il était destiné à former Caffariello. Maintenant l’œuvre du Porpora est finie, sa mission est achevée, et pour la gloire, pour le bonheur, pour l’immortalité du Porpora, il suffit que Caffariello vive et chante. ”
“ A cet acte était jointe une lettre fort affectueuse et fort honorable du dit baron, qui engageait le Porpora à venir briguer la maîtrise de chapelle du roi de Prusse tout en faisant ses preuves par la production et l'exécution d'autant d'opéras et de fugues nouvelles qu'il lui plairait d'en apporter. Le Porporino se réjouissait d'avoir à chanter bientôt, selon son coeur, avec une soeur en Porpora, et invitait vivement le maître à quitter Vienne pour Sans-Souci, le délicieux séjour de Frédéric le Grand. ”
“ L’humeur du Porpora, qui s’était épanouie un instant, redevint sombre, querelleuse et injuste dès qu’il vit Consuelo, la source de son espoir et le siège de sa force, tomber tout à coup dans l’abattement et l’irrésolution. Au lieu de la soutenir et de la ranimer par l’enthousiasme et la tendresse, il lui témoigna une impatience maladive qui acheva de la consterner. ”
George Sand,
La Comtesse de Rudolstadt
(1843)
“ Ma science ne va pas au-delà. — Votre science, lui dis-je, ne va pas même jusque-là ; car j’avais pensé à maître Porpora, et ce n’est pas maître Porpora que votre pouvoir a évoqué. — Je n’en sais rien, répondit-il avec un sérieux effrayant ”
“ Ah ! qu’elle était belle lorsqu’elle représentait la divine Vénus, dans le premier opéra que je fis à Rome ! C'est à elle que je dus mon premier triomphe. — Et c’est à Votre Seigneurie qu’elle a dû ses plus beaux succès, dit le Porpora. — Il est vrai que nous avons contribué à la fortune l’un de l’autre. Mais rien n’a pu m’acquitter assez envers elle. Jamais tant d’affection, jamais tant d’héroïque persévérance et de soins délicats n’ont habité l’âme d’une mortelle. Ange de ma vie, je te pleurerai éternellement, et je n’aspire qu’à te rejoindre ! ”
“ Entre une lâche complaisance et une sauvage misanthropie, il y a un milieu que le Porpora ne concevait pas, et auquel il n'arriva jamais. ”
“ Un grand bois de lit carré avec une paillasse d’algues marines, et une couverture d’indienne piquée fort propre, mais rapetassée en mille endroits avec des morceaux de toutes couleurs, une chaise de paille, une petite table, une guitare fort ancienne, et un Christ de filigrane, uniques richesses que sa mère lui avait laissées ; une petite épinette, et un gros tas de vieille musique rongée des vers, que le professeur Porpora avait la générosité de lui prêter : tel était l’ameublement de la jeune artiste, fille d’une pauvre bohémienne, élève d’un grand maître et amoureuse d’un bel aventurier. ”
George Sand,
La Comtesse de Rudolstadt
(1843)
“ Étrange vicissitude, en effet, d’une vie d’artiste ! dit la princesse en essuyant une larme ; car la Porporina sanglotait en achevant son histoire : mais tu ne me dis pas, chère Consuelo, le plus beau trait de ta vie, et c’est de quoi Supperville m’a informée avec admiration. Pour ne pas affliger la vieille chanoinesse et ne pas te départir de ton désintéressement romanesque, tu as renoncé à ton titre, à ton douaire, à ton nom ; tu as demandé le secret à Supperville et au Porpora, seuls témoins de ce mariage précipité, et tu es venue ici, pauvre comme devant, Zingarella comme toujours... ”
George Sand,
La Comtesse de Rudolstadt
(1843)
“ Persévérante et fidèle, dans l’art comme dans l’amour, elle ne se rebuta jamais et poursuivit sa carrière, grandissant toujours dans la science de la musique, comme dans la pratique de la vertu ; échouant souvent dans l’épineuse poursuite du succès, se relevant souvent aussi par de justes triomphes, restant malgré tout la prêtresse de l’art, mieux que ne l’entendait le Porpora lui-même, et puisant toujours de nouvelles forces dans sa foi religieuse, d’immenses consolations dans l’amour ardent et dévoué de son époux. ”
“ « Digne Porpora, excellent ami, homme respectable ! — Certainement, certainement, dit la chanoinesse Wenceslawa, partagée entre la crainte de voir les habitudes de la famille dérangées par l’arrivée d’une étrangère, et le désir d’exercer noblement les devoirs de l’hospitalité : il faudra la bien recevoir, la bien traiter... Pourvu qu’elle ne s’ennuie pas ici !... — Mais, mon oncle, où donc est ma future amie, ma précieuse maîtresse ? s’écria la jeune baronne sans écouter les réflexions de sa tante. Sans doute elle va arriver bientôt en personne ?... Je l’attends avec une impatience... » ”
“ Il se fût consolé en persiflant son rival, seule vengeance de bon goût, mais aussi cruelle dans les temps de parade que le meurtre l’est aux époques de passions sérieuses. Il ne dormit pas ; et avant l’heure où Porpora commençait son cours de musique au conservatoire des filles pauvres, il s’achemina vers la scuola di Mendicanti, dans la salle où devaient se rassembler les jeunes élèves. ”
Fernand Pérès, Souvenirs, par Fernand Pérès (1855)
“ Penses-tu, Juliano, que j'aurais failli à cette promesse, que j'aurais violé ce serment sacré? Pour être, quoi?... la maîtresse de Porpora! Oh! plutôt mille fois mourir que de souiller mon corps et de vendre mon âme! Astu pu penser que j'oserais paraître devant toi la tête haute, quand un homme abject et méprisable viendrait déposer à mes pieds le prix de mon honneur, mon seul bien sur la terre ! que, vile courtisane, je serais assez impudente pour vouloir attirer à moi un coeur jeune et brûlant comme le tien! ”
“ LXXXVI. Comme il était naturellement fort distrait, le Porpora, en embrassant au front sa fille adoptive, ne remarqua pas seulement Keller qui la tenait par les cheveux, et se mit à chercher dans sa musique le fragment écrit de la phrase qui lui trottait par la cervelle. ”
“ Un froid mortel succéda à la fièvre de l'émotion; une terreur insurmontable fit passer un nuage devant ses yeux. Ses jambes se dérobèrent, et on l'emporta défaillante dans la voiture de l'ambassadeur de Venise, où le Porpora chercha en vain à lui arracher un mot. Ses lèvres étaient glacées ”
“ Mais le génie de ce dernier l’avait emporté enfin, et le Porpora, blessé dans son orgueil ainsi que maltraité dans sa fortune, était revenu à Venise reprendre sans bruit et non sans peine la direction d’un autre conservatoire. Il y écrivait encore des opéras : mais c’est avec peine qu’il les faisait représenter ; et le dernier, bien que composé à Venise, fut joué à Londres où il n’eut point de succès. Son génie avait reçu ces profondes atteintes dont la fortune et la gloire eussent pu le relever ”
