“ Accordez cette satisfaction à votre chère Psiché, qui ne vit et ne respire que pour vous. Je ne demande plus à vous voir, l’obscurité même de la nuit ne me fait nulle peine, puisque je vous tiens dans mes bras, vous qui êtes ma lumière. Cet époux attendri se rendit aux prières et aux caresses de Psiché ; il essuya avec ses cheveux les larmes qu’elle versoit ”
Citations sur “Psiché”
“ Adressez vos vœux et vos prières à Cupidon, le plus grand des Dieux ; et comme il est jeune et sensible, comptez que vos soins vous le rendront favorable. Psiché ne répondit rien à ce Dieu des Bergers ; mais l’ayant adoré comme une divinité propice, elle continua son chemin. Après avoir marché quelque temps comme une personne égarée, elle suivit un chemin qu’elle ne connoissoit point, qui la conduisit à une ville, où régnoit le mari d’une de ses sœurs. Psiché en étant informée, se fit annoncer à sa sœur, et demanda à la voir. ”
“ Psiché, abandonnée à elle-même, ou plutôt aux furies qui la déchirent, n’est pas moins agitée que la mer pendant l’orage. Quelque ferme résolution qu’elle eût prise, le temps venu d’exécuter son dessein, elle chancelle, et ne sait à quoi se résoudre. Dans le triste état où elle est réduite, son cœur est tourmenté de mille passions différentes ; elle se hâte, elle diffère, elle ose, elle craint, elle se défie, elle est transportée de colère ; et ce qui est de plus cruel pour elle, dans le même objet, elle hait un monstre et aime un mari. ”
“ Psiché y va avec empressement, et monte sur le haut de la montagne, dans l’espérance d’y trouver au moins la fin de sa déplorable vie. Si-tôt qu’elle y fut, elle vit l’impossibilité d’exécuter les ordres de la Déesse. ”
“ Psiché se met à ranger toutes ces choses avec grand soin, croyant qu’elle ne devoit négliger le culte d’aucun Dieu, et qu’il falloit qu’elle cherchât les moyens de se les rendre tous favorables. Pendant qu’elle étoit dans cette occupation, Cérés l’apperçut (1) et lui cria de loin : Ah ! malheureuse Psiché, ne sais-tu pas que Vénus en fureur te cherche par tout le monde, et qu’elle a résolu d’employer tout son pouvoir pour te faire périr et se venger ; cependant tu t’occupes ici du soin de mon temple, et tu songes à toute autre chose qu’à mettre ta vie en sûreté. ”
“ Psiché apperçut au pied du lit un arc, un carquois et des flêches qui sont les armes de ce Dieu puissant, qui font de si douces blessures : elle les examine avec une curiosité extraordinaire, et les admire. ”
“ Mais ce qui la surprend encore plus que la vue du plus beau trésor de l’univers, l’accès n’en est point interdit, et il n’y a personne qui le garde. Comme elle considère toutes ces richesses avec grand plaisir, elle entend une voix qui lui dit : Pourquoi vous étonnez-vous, Psiché, de voir des choses dont vous êtes la maîtresse ? Tout ce qui est ici est à vous. ”
“ LIVRE SIXIÈME. Après une soigneuse et pénible recherche, la persuasion de Cérès, et les contredits de Junon, Psiché se veut offrir volontairement à Junon. Vénus monte au ciel sa supplique aux Dieux. Elle commande à Psiché d’arranger en ordre grain à grain un tas de toutes sortes de graines, de lui apporter un flocon de certaines toisons d’or, d’aller chercher en une cruche de l’eau du Styx, de lui faire avoir une boîte pleine du beau temps de Proserpine. ”
“ Ici commence la fable de Psiché. Fulgence, Evêque de Carthage, a prétendu qu’elle enveloppoit un sens moral fort beau, auquel il n’y a guère d’apparence qu’Apulée ait pensé, le voici. La ville, dont il est parlé d’abord, représente le monde ; le Roi et la Reine de cette ville, sont Dieu et la matière. Ils ont trois filles, qui sont, la chair, la liberté et l’ame. Cette dernière que le mot de Psiché signifie en grec, est la plus jeune des trois, parce que l’ame n’est infusée dans le corps qu’après qu’il est formé. ”
“ Sans différer davantage, elle s’achemine vers une tour fort élevée ; elle y monte dans le dessein de se précipiter du haut en bas. Elle croyoit que c’étoit-là le moyen le plus sûr et le plus aisé pour descendre dans les enfers. Mais la tour commença à parler : Pourquoi, malheureuse Psiché, lui dit-elle, voulez-vous finir vos jours de cette manière ? pourquoi succombez-vous si facilement sous le dernier péril, où Vénus doit vous exposer. Si votre ame est une fois séparée de votre corps, certainement vous irez aux enfers, mais vous n’en reviendrez jamais ; ainsi écoutez mes avis. ”
“ Alors Psiché, toute foible de corps et d’esprit qu’elle étoit, poussée par son mauvais destin, qui lui donnoit de nouvelles forces, sort du lit, prend la lampe et le rasoir, et se sent animée d’une hardiesse au-dessus de son sexe. Mais si-tôt qu’elle eut approché la lumière, elle apperçoit le plus doux et le plus apprivoisé de tous les monstres ; elle voit Cupidon, ce Dieu charmant, qui reposoit d’une manière aimable. ”
“ Tant de difficultés insurmontables, abattirent tellement l’esprit de Psiché, qu’elle resta immobile, comme si elle eût été changée en pierre. Elle étoit saisie d’une si grande douleur, qu’elle n’avoit pas même la force de verser des larmes pour se soulager ; mais la providence jetta les yeux sur cette infortunée, qui souffroit injustement. L’aigle, cet oiseau du souverain des Dieux, se ressouvenant du service que l’Amour avoit rendu à Jupiter, dans l’enlèvement de Ganimède, et respectant ce jeune Dieu dans Psiché son épouse, descendit du haut des cieux, et vint auprès d’elle. ”
“ Si vous savez donc quelques moyens de secourir votre sœur dans cette extrémité, ne les lui refusez pas, je vous en conjure. Quand on se repose trop sur la providence des Dieux, on en devient indigne. Ces méchantes femmes voyant le cœur de Psiché à découvert, crurent qu’il n’étoit plus besoin de prendre aucun detour, et que s’étant entièrement emparées de son esprit, elles n’avoient qu’à agir ouvertement. ”
“ Quand la nuit fut un peu plus avancée, le son d’une douce voix vint frapper ses oreilles. Alors se voyant seule, la peur la saisit ; elle frissonne, et craint plus que toutes choses ce qu’elle n’a point encore éprouvé ; cependant cet époux inconnu s’approche du lit de Psiché, se couche auprès d’elle, en fait sa femme, et la quitte avant le jour. Peu de temps après, ces personnes invisibles qui la servoient, font entendre leurs voix dans sa chambre, et préparent tout ce qu’il faut pour le lever de la nouvelle mariée. ”
“ Mais Psiché animée par leurs conseils dangereux, tire la lampe du lieu où elle l’avoit cachée, c’est-à-dire, pousse au-dehors, et met à découvert la flamme du desir qu’elle portoit cachée dans son cœur, et l’ayant connue, ou ce qui est la même chose, ayant fait l’expérience des plaisirs, elle s’y attache avec ardeur. Enfin Psiché considérant avec trop d’attention Cupidon, le brûle d’une goutte d’huile enflammée tombée de sa lampe. Ce qui marque que plus on se livre aux voluptés de la concupiscence, plus elle s’augmente et s’enflamme, et imprime sur nous la tache du péché. ”
“ Psiché couchée par terre, pénétrée de la douleur la plus vive et la plus affreuse, le suit des yeux tant qu’elle peut. Si-tôt qu’elle l’a perdu de vue, elle court se précipiter dans un fleuve qui étoit près de-là ; mais ce fleuve favorable, par respect pour le Dieu qui porte ses feux jusqu’au fond des flots, et redoutant son pouvoir, conduisit Psiché sur le rivage sans lui faire aucun mal, et la pose sur un gazon couvert de fleurs. ”
“ Je ne sai, lui répondit l’oiseau qui ne pouvoit se taire, mais il me semble qu’on dit que celle qu’il aime si éperdument se nomme Psiché ? Quoi s’écria Vénus avec transport, il aime cette Psiché qui a l’insolence de me disputer l’empire de la beauté ”
“ Psiché passa quelque temps dans ce genre de vie, et s’y accoutumant insensiblement, elle y prenoit plaisir : ces voix qui lui obéissoient, et avec qui elle s’entretenoit, lui rendoient sa solitude agréable. Cependant son père et sa mère consumoient le reste de leur vieillesse dans les gémissemens et dans une affliction continuelle. Le bruit du malheur de leur fille s’étoit répandu dans les pays éloignés. Ses deux sœurs en étant informées, quittèrent leurs maris, et vinrent au plus vite mêler leurs larmes à celles de leurs parens. Cette même nuit l’époux de Psiché lui parla ainsi ”
“ Psiché, accablée de ce dernier coup, perd toute espérance de pouvoir mettre ses jours en sûreté ; elle ne voit aucun moyen de retrouver son époux ; et réfléchissant sur la cruauté de sa destinée : Quel remède, disoit-elle, puis-je trouver à mes malheurs, puisque la bonne volonté que les Déesses mêmes ont pour moi, m’est absolument inutile ? où pourrai-je aller pour éviter les pièges qui me sont tendus de tous côtés ? dans quelle maison serai-je en sûreté ? quelles ténèbres pourront me dérober aux yeux d’une Déesse aussi puissante que Vénus ? ”
“ Visite des sœurs de Psiché contre laquelle elles ont beaucoup de jalousie. Conseils qu’elles lui donnent pour connoître son mari. Blessure qu’elle lui fait. Ses malheurs, et cruauté de Vénus à son égard. ”
“ Psiché, trop simple et trop peu défiante, ne se souvenant plus de ce qu’elle leur avoit répondu sur cela, inventa sur le champ un nouveau mensonge, et leur dit que son mari étoit de la province voisine ; que c’étoit un homme qui faisoit un grand commerce, et qui étoit puissamment riche ; qu’il étoit entre deux âges, et commençoit à avoir des cheveux blancs : et coupant court sur ce discours, elles les comble de riches présens, comme la première fois, et les renvoye par le même vent qui les avoit apportées. ”
“ L’ANE D’OR D’APULÉE,PHILOSOPHE PLATONICIEN, LIVRE SIXIEME. Cependant Psiché parcouroit cent contrées différentes, occupée nuit et jour du désir de retrouver son époux. Elle se promettoit que, si elle ne pouvoit appaiser sa colère par des caresses, comme sa femme, elle pourroit du moins le fléchir par des soumissions comme son esclave. Elle apperçut un temple sur le haut d’une montagne : Peut-être, dit-elle, que le Dieu, mon maître, habite en ce lieu-là : aussi-tôt elle y tourne ses pas, et y monte fort vîte, malgré sa lassitude, l’espérance et l’amour lui donnant de nouvelles forces. ”
“ Psiché surprise d’une vue, à laquelle elle s’attendoit si peu, toute hors d’elle-même, pâle, tremblante, et n’ayant pas la force de se soutenir, se laisse aller sur ses genoux et veut cacher, mais dans son propre sein, le fer qu’elle tenoit, ce qu’elle auroit fait sans doute, si, pour se dérober à un si grand crime, il ne lui fût tombé des mains. Toute foible et toute abattue qu’elle étoit, la vue de cette beauté divine ranime son corps et son esprit. ”
“ Enfin, ma sœur, à vous parler franchement, c’est à vous de voir si vous avez assez de patience et de foiblesse, pour supporter une telle différence de Psiché à nous. Pour moi, je vous avoue que je ne puis souffrir, qu’indigne d’un si grand bonheur, elle en jouisse davantage. ”
“ Ses deux sœurs, dons les appas n’avoient fait aucun bruit dans le monde, avoient été recherchées par deux rois, avec qui elles étoient avantageusement mariées. Psiché restoit seule dans la maison de son père, sans amant, pleurant sa solitude, malade et l’esprit abattu, haïssant sa beauté, quoiqu’elle fît l’admiration de toute la terre. Le père de cette infortunée princesse soupçonnant que le malheur de sa fille pouvoit être un effet de la haine des Dieux, et redoutant leur colère, fut à l’ancien temple de Milet (58) consulter l’oracle d’Apollon. ”
“ Ne montrons à nos parens, ni à personne les présens qu’elle nous a faits ; faisons même comme si nous n’avions pu apprendre aucune de ses nouvelles ; il suffit de ce que nous avons vu qui nous cause assez de chagrin, sans aller apprendre à nos parens et à tous leurs sujets la félicité dont elle jouit ; car les hommes ne sont point véritablement heureux, quand leur bonheur n’est connu de personne. Il faut faire sentir à Psiché que nous sommes ses sœurs aînées, et non pas ses esclaves. ”
Hippolyte Durand, Le livre des enfants et des mères (1888)
“ Mais, dans le cours des années, il s'est attaché à elle avec la dernière tendresse. Quelledouleur pour lui quand Psyché, condamnée à périr sous ladent d'un monstre, lui vient dire l'adieu suprême ! La situation, qui a tant de ressemblance avec celle d'Iphigénie, est traitée d'une manière inverse. Psyché est une jeune stoïcienne qui ne permet pas les larmes à son père: elles ne sont pas de la dignité d'un roi : De vos larmes, Seigneur, la source m'est bien chère. ”
Walter Pater,
Marius l'Epicurien. Roman philosophique…
(1922)
“ Et Psyché, jetant un regard plein d'ardeur inassouvie de ce côté, tire une flèche du carquois et essayant la pointe sur son pouce, toute tremblante encore d'émotion, l'y laisse pénétrer, si bien qu'une goutte de sang jaillit. ”
Félix Andry, Une visite médicale au musée des antiques (1850)
“ La fable si ingénieuse de l'Amour et Psyché n'est qu'une allégorie pleine de philosophie tout à la fois et de finesse, tantôt de l'union de l'âme et du corps, tantôt, et c'est le plus ordinaire, de l'aspiration de notre âme, WuXY¡, vers ce suprême amour, Ëpwç, vers ce souverain bien pour lequel elle est créée. Ainsi donc cette Psyché, cette jeune fille ailée que, dans le bas-relief n°433, nous voyons Mercure amener à Prométhée, c'est l'âme, c'est la vie. ”
Armand Dayot,
Le musée du Louvre, tome 1 (of 2…
“ L’Enlèvement de Psyché LA légende mythologique de Psyché est bien connue: Psyché était une jeune fille d’une si idéale beauté que l’Amour lui-même s’en éprit et l’enleva. C’est ce gracieux épisode que Prud’hon a traité dans son magnifique chef-d’œuvre. ”
Victor Jeanroy-Félix, Nouvelle histoire de la littérature française sous la monarchie de juillet (1888)
“ C'est là qu'enfin Psyché vécut son premier jour, Tant qu'avec l'innocence elle garda l'amour. Avec le second chant, nous avons l'exil de la coupable, qui d'abord est prisonnière d'une horde sauvage uniquement adonnée au culte de la force brutale. Elle s'évade, parcourt l'immensité des plaines à la colossale végétation, puis arrive auprès d'un fleuve qui l'invite à se plonger dans ses ondes de cristal, non pour y goûter l'éternel repos, mais pour toucher à l'autre rivage : les saules pensifs lui prêteront leur ombre, et les cygnes immaculés lui montreront la route. Voici Psyché en Égypte! ”
“ Hélas ! Psyché n’est plus !La vieille servante Hélas ! Psyché n’est plus ! Le monstre la dévore !Le vieux pâtre Silence ! Les voici qui reviennent. (On aperçoit au loin un cortège lugubre, à la tête duquel marchent les parents de Psyché.) Le père Silence ! Les voici qui reviennent.Psyché ! ”
Louis Baudet, Mythologie de la jeunesse
“ Psyché était une jeune princesse d'une si grande beauté, qu'on la comparait à Vénus, et qu'elle se fit aimer de l'Amour même. Un oracle avait prédit qu'elle serait l'épouse d'un monstre, tyran des dieux et des hommes, et avait ordonné qu'elle fût exposée sur un rocher désert, parée comme pour un jour de noces. ”
“ Découragée de ce nouvel échec, et renonçant à suivre un mari qui a des ailes, Psyché se livre à de cruelles réflexions. Où chercher du secours, quand des déesses même ne me témoignent qu’une bonne volonté stérile ? Où porter mes pas, quand tant de pièges m’environnent ? Quel toit, quelle retraite assez obscure pour me cacher à l’œil inévitable de la toute-puissante Vénus ? Allons, Psyché, une résolution énergique ! plus d’illusions frivoles. ”
“ Rassasiées par la vue de tant de trésors vraiment divins, les deux sœurs nourrissaient déjà l'envie au fond de leur cœur. A la fin l'une d'elles accabla Psyché de questions les plus minutieuses et les plus pressantes pour savoir quel était le maître de ces richesses célestes, quel était le nom de son mari et comment il était de sa personne. Psyché se garda bien de violer les ordres de son époux et de révéler le mystère. Elle imagina de dire que c'était un beau jeune homme, dont les joues étaient ombragées d'un duvet naissant et qui passait tout son temps à chasser par monts et par vaux. ”
