“ Thomas Hardy est un esprit singulier, intéressant et troublant, riche en observations de détails, fécond en pensées générales et en hypothèses ingénieuses, mais auquel manque cruellement le don d’harmonie. ”
Citations sur “Thomas Hardy”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ Son nom?. Eh bien ! il s'épèle A. N. Mais, par Dieu, je ne voudrais pas vous dire son nom ici, en société. Elle ne demeure pas à cent milles d'ici cependant, et elle porte à son bonnet les plus jolis rubans que j'aie jamais vus ; mais j'adore cette fille, c'est plus fort que moi ! — Allons-nous-en, dit Anne. — Je vous en prie, restez près d'un pauvre vieillard jusqu'à ce qu'il soit rentré dans sa maison ! dit l'oncle Benjy d'un ton suppliant. Je ne vous demande que de rester à la portée de ma voix. ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ Les promeneurs les plus éloignés se dessinaient en sombres silhouettes ; derrière eux s'étendait la mer verdâtre, divisée en deux masses formées par les vagues éclairées par les rayons entre-croisés de la lune. Deux ombres traversèrent la ligne à une distance très rapprochée d'elle ; elle reconnut aussitôt Anne Garland et Bob Loveday. Ils marchaient lentement et, dans la chaleur de leur conversation, ils oubliaient la présence de tout être humain en dehors d'eux-mêmes. Mathilde resta immobile jusqu'à ce qu'ils fassent passés. ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ Je ne puis te le dire, » répondit John, avec assez de vérité, car il ne connaissait le nom d'aucune actrice au monde. Lorsque son frère fut parti, le capitaine Bob, fort ému, se hâta d'aller trouver Anne sur le sommet d'un monticule voisin que le crépuscule du soir éclairait encore un peu. « Vous avez été bien longtemps à venir, monsieur, lui ditelle d'un ton de léger reproche. — Oui, ma bien-aimée, et je crois que vous serez bien aise de savoir pourquoi. J'ai découvert tout le mystère. oui. la raison qui fait qu'il est parfois si singulier. » ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ Le Victory avait disparu. Les lèvres d'Anne tremblaient lorsqu'elle murmura, sans quitter de ses yeux mouillés de larmes l'horizon vide et immense : « Ceux qui s'en vont sur la mer dans les vaisseaux pour parcourir les eaux sans limites. — Ceux-là voient les œuvres du Seigneur et ses merveilles dans l'immensité, » répondit une voix d'homme derrière elle. Elle se retourna vivement, et aperçut un soldat près d'elle et les yeux graves de John Loveday baissés de son côté. ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ « Si tout était en règle sur ce point, vous occuperiez-vous de l'autre? demanda-t-il de l'air d'un homme qui sait qu'il insiste trop, mais qui ne peut pas se décider à se taire. — Comment pourrais-je vous dire ce que je ne sais pas?. Quel joli petit chapeau porte l'aînée des princesses ! » Le complet désappointement de son compagnon s'étendit presque jusqu'à ses galons et à son plumet. < Votre mère m'a dit que vous le saviez bien, mademoiselle Anne. — Oui, c'est là ce qu'il y a de pire, dit-elle. Retournons auprès de David ; j'ai vu tout ce que je voulais voir, monsieur Loveday. » ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ D'ailleurs, si l'ennemi débarque l'automne prochain, comme tout le monde le dit, nous pouvons compter tout à fait sur la charrette et les chevaux du meunier. C'est notre seul ami. — Oui, c'est vrai, dit Anne. Tu feras bien d'y aller, maman, moi je resterai à la maison. Il n'y aura que des hommes, et j'aime mieux ne pas y aller. » Mme Garland réfléchit. « Eh bien! si tu ne veux pas venir, j'irai, moi, dit-elle. Peut-être, comme tu es déjà grande, serait-il mieux, en effet, de rester à la maison cette fois-ci. Ton père avait une profession libérale, certainement. » ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ Oui, il faut que je le dise à quelqu'un, et c'est à toi que je vais le dire, parce qu'il n'y a pas d'autre imbécile à ma portée. Il l'aime de tout son cœur et de toute son âme. Il est pauvre, elle est distinguée jusqu'au bout des ongles et pas riche. Moi, je suis riche par comparaison. Je veux faire la cour à la jolie actrice et la lui enlever à son nez et à sa barbe. — Une actrice, monsieur Derriman? — Oui, je l'ai vue aujourd'hui même, par hasard, et je lui ai parlé. Elle est toujours à Weymouth. peut-être à cause de lui. ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ Il lui montra une colline éloignée, couverte ordinairement de verdure et dont depuis quelques jours les flancs commençaient à se couvrir de rayures blanches. « Là-haut, dit-il. — Je vois de petits hommes y remuer. Que font-ils? — Ils taillent une gigantesque statue équestre du roi dans la terre de la colline. La tête doit être aussi grande que l'étang de notre moulin et son corps grand comme le jardin; lui et le cheval couvriront plus d'une acre de terre. Quand irons-nous? — Quand il vous plaira, dit-elle. — John! cria Mme Loveday de la porte du milieu. Voilà un ami qui vient vous voir. » ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ Quand je reviendrai à la maison, j'arrangerai les choses pour le mieux, s'il plaît à Dieu. En attendant, je regarderais comme un véritable service de ta part, John, de vous loir bien jeter un œil fraternel sur Anne et de faire pencher son esprit de mon côté. Je sens que je mourrais de chagrin si quelqu'un l'indisposait contre moi, car toutes mes espérances de bonheur reposent sur elle plus fortement que jamais. ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ C'est bien difficile de se tenir sur un pied et d'essuyer l'autre sans être soutenue. Comme je risquais de tomber sur le nez, j'y ai renoncé. — Miséricordieuses étoiles, quelle occasion ! » pensa le pauvre garçon tandis qu'elle attendait son aide. Mais ses lèvres restèrent muettes et elle continua avec un sourire d'enfant boudeur : « Vous paraissez bien pressé?. pourquoi êtes-vous si pressé?. Après toutes les belles choses que vous m'avez dites à propos de. de ce que vous teniez tant à moi et le reste, vous ne voulez vous arrêter pour rien. » C'était trop pour John. ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ Elle était allée au village et elle rencontra John à la porte du moulin. « Savez-vous la nouvelle?. Mathilde Johnson va épouser le jeune Derriman! » Anne tournait le dos au soleil et, comme John était en face d'elle, ses traits étaient faciles à observer. Elle n'y remarqua aucun changement, si ce n'est peut-être qu'une certaine lueur d'intérêt amenée par sa question fit place à une expression d'indifférence complète et morne. « Eh bien ! par le temps qui court, ce n'est pas un mauvais mariage pour elle, » dit-il, avec un flegme qui ne ressemblait guère à celui d'un amant. ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ Je crois, maman, que tu regrettes de ne pas y être allée. — J'avoue que je trouve qu'il eût été très amusant de nous joindre à eux, dit Mme Garland d'un ton de regret ; j'ai été un peu trop simple de t'écouter et de n'y pas aller. Le curé ne vient jamais nous voir que pour nous faire des visites spirituelles. Le vieux Derriman est à peine bien élevé, et il ne reste personne à qui parler. Les gens isolés doivent accepter toutes les sociétés qui se présentent. — Ou s'en passer. — Ce n'est pas naturel, Anne, et je suis étonnée d'entendre une jeune fille comme toi dire une chose semblable. ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ Ne vous affligez pas, continua Bob Loveday, et ne soyez pas contrariés de ce qui arrive. Je te prie aussi de ne pas être fâché contre moi, père, si je quitte le moulin, car il faut que je parte. Depuis trois ans, toi et tout le pays, vous vivez dans la crainte de l'ennemi ; le commerce est arrêté ; les pauvres meurent de faim et beaucoup de riches sont devenus pauvres. Il faut que nous soyons délivrés et cela ne peut se faire que sur mer. J'ai vu le capitaine Hardy et je servirai sous ses ordres, si cela se peut. ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ « Le dîner est fini, voisin Loveday; entrez, je vous prie, » dit la veuve, en voyant son embarras et s'étonnant de sa visite à une heure si inusitée. Le meunier balbutia quelque chose sur son intention de revenir plus tard: mais Anne, qui appréciait toujours ses nouvelles, le pressa de rester avec un tendre mouvement de la lèvre, ressemblant beaucoup à un sourire de sollicitation, sans y arriver tout à fait, ce qui lui était habituel lorsqu'elle parlait. ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ Je ne vous le dirai pas, dit-elle enfin. — Allons, encore! dit le milicien, en s'abandonnant à son désespoir. Je vais bientôt commencer à croire que mon nom ne vaut pas six sous ici. — Je vous ai dit que ce n'était rien contre vous, répéta Anne. — Cela veut dire que cela aurait pu être pour moi, dit Festus d'un ton radouci. Eh bien ! pour dire la vérité, quoique j'aie beaucoup de défauts, je pense que quelques personnes font mon éloge. Était-ce mon éloge ? — Oui. ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ Pour te montrer quelle femme parfaite elle fera, je te dirai qu'elle voulait venir par le Mercure, parce que c'est un peu moins cher que l'autre. Mais moi je lui ai dit : « Allons ! pour une fois dans votre vie il faut bien faire les choses, prenez la Malle royale, c'est moi qui payerai. » Je pourrai prendre le poney et le tilbury, pour aller la chercher, n'est-ce pas, car ce serait trop fatigant pour elle de venir à pied? — Oh ! certainement, tu le pourras, Bob, le tilbury ou autre chose. Et je ferai tout ce que je pourrai pour te faire une belle noce. » ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ Pendant que la sociable et simple Mme Garland continuait ainsi à passer la soirée dans deux endroits, en chair et en os dans sa maison et en esprit chez le meunier, quelqu'un frappa à la porte et aussitôt après le vieux Loveday lui-même fut introduit dans la chambre. Il était vêtu d'un costume qui tenait le milieu entre le grave et le gai, qu'il portait dans des occasions comme celle-ci, et son habit bleu, son gilet jaune et rouge, dont les trois derniers boutons n'étaient pas boutonnés, ses souliers à boucles d'acier et ses bas chinés lui allaient fort bien aux yeux de Mme Marthe Garland. ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ Il n'y a pas de cheminée dans la chambre ; mais je n'ai pas besoin de cela, pauvre malheureux que je suis ! — Ce n'est pas aller bien loin. — En effet, mais je n'ai pas une âme qui m'appartienne à dix milles à la ronde, et tu sais très bien que je n'aurais pas le moyen d'aller dans des logements qu'il faudrait payer. — Je le sais. je le sais. mon oncle Benjy. Allons, ne vous tourmentez pas, je viendrai et je dirigerai tout pour vous dès que cette frayeur de Boney sera passée; mais quand on est appelé par son pays, il faut obéir quand on est un homme. ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ « Ma chère Anne, il y a bien longtemps que tu es partie ! lui dit sa mère. — Oui, je suis revenue par une autre route. — Pourquoi ? » Anne prit un air pensif rempli de réticence, car la raison était vraiment trop ridicule à avouer. « Eh bien! je voulais éviter une personne qui s'occupe beaucoup trop de chercher à me voir. voilà tout, » dit-elle. Sa mère jeta un coup d'œil par la fenêtre. « Et la voici, sans doute, » dit-elle en voyant John Loveday qui, fatigué d'attendre Anne à la barrière, passait devant chez elle pour aller chez son père. ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ Ils s'assirent et ils écoutèrent Mathilde réciter son rôle, ce qu'elle fit avec un tel calme et tant de charme que l'un d'eux commença à y prendre un intérêt prodigieux. « Quels nerfs a cette jeune femme! dit-il enfin d'un ton d'admiration et en dévorant Mlle Johnson du regard. Après tout, le goût de John n'est pas trop mauvais. Elle a vraiment diablement de talent. — Bob, je suis prête à rentrer, si vous le désirez, dit vivement Anne. — Oh ! non,. voyons comment elle va se tirer de l'embarras où elle est dans la pièce. Elle a l'air d'y être bien habituée, du reste. » ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ « C'est le jeune M. Derrinan, le neveu du vieux M. Derriman, » murmurèrent plusieurs voix à l'arrière-plan. Sans daigner s'adresser à quelqu'un ou avoir l'air de s'apercevoir de qui était là, le colosse agita son chapeau au-dessus de sa tête et continua sur un ton qui ébranla les vitres : Quand les maris s'accorderont avec les femmes, Et que les jeunes filles ne voudront pas se marier par pudeur, Alors le petit Bony fondra sur nous, Et fera marcher ses hommes sur la ville de Londres ! ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ Des bourgeois ne doivent pas parler comme cela.. et un officier encore, monsieur Derriman!. Ii est du devoir de tout cavalier distingué de bien se mettre dans l'esprit que son propre sang est une chose connue dans le pays et qu'il ne faut pas en mal parler. — Il est bien regardant! — Oui, c'est vrai, monsieur Festus, j'avoue qu'il l'est un peu. C'est dans la nature de quelques vieilles gens d'être ainsi. Il faut espérer qu'il vous traitera bien pour la fortune, monsieur. — Espérons-le. Parle-t-on de moi ici, Cripplestraw? demanda le milicien pendant que l'autre était occupé de ses bottes. ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ Bien sûr, que je me disais en vous voyant venir, bien sûr, si M. Festus a l'air si en colère c'est parce qu'il n'y a plus de chance que l'ennemi vienne cette année. — Cr-r-ripplestraw! j'ai été blessé au cœur, répondit Derriman le front livide. — Et l'homme vit encore et vous voulez vos pistolets tout de suite?. Certainement, monsieur F. — Non, Cripplestraw, non, pas de pistolets, mais mes habits neufs, mes plus grosses breloques en or, ma canne à pomme d'argent, et mes boucles de souliers qui ont coûté plus d'argeut que cet homme n'en a jamais vu. ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ Festus Derriman, de la cavalerie de la yeomanry. » Anne fit une petite révérence. < Je sais que vous vous appelez Festus, mais c'est tout. — Oui, mon nom est bien connu, surtout depuis ces derniers temps. » Et baissant la voix au ton de la confidence : « Je crois que vos amis sont un peu troublés par ma venue, dit-il, car ils ne me paraissent pas parler beaucoup. Je ne veux pas interrompre la partie; mais j'ai souvent remarqué que les gens étaient troublés quand j'arrivais, surtout lorsque je suis en uniforme. — Ah !. Vous croyez. — Oui, cela arrive souvent, » continua le jeune homme. ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ Je ne suis pas riche; je ne suis, en définitive, qu'une pauvre femme appartenant à une famille déchue, qui ne peut se vanter que de son sang et de ses ancêtres et ce n'est pas là ce qui me donnerait la nourriture et le vêtement. Je prends le monde pour ce qu'il est, Derriman. un théâtre sur lequel chacun doit jouer son rôle et le mien est un des plus tristes ! » Elle baissa les yeux d'un air mélancolique et soupira. « Nous allons causer de cela, dit Festus très ému. Allons nous promener à l'Observatoire. » ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ Mathilde regarda Bob un moment avant de se décider à partir, puis, comme poussée par une impulsion soudaine, elle se baissa et l'embrassa doucement. « Que faites-vous ?. » s'écria Anne d'un ton de reproche, car elle avait vu son mouvement au moment où elle s'était baissée pour sortir de l'arche du pont. Mathilde rougit. « Jalouse !. » dit-elle d'un air méprisant. Anne hésita quelque temps, puis elle se décida à sortir de l'eau et se hâta de courir du côté du moulin. ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ Le trajet à l'arrière du canot l'avait tout à fait remise, avec le secours des biscuits qu'elle était enfin parvenue à manger. La voiture du messager de Weymouth à Overcombe ne partait qu'à quatre heures et, ne se sentant nullement disposée à prendre part aux réjouissances de la ville, Anne se dirigea vers Radipole, l'esprit toujours préoccupé du triste sort possible du Victory, dès qu'elle se trouva seule. Elle ne marchait pas vite et, voyant qu'il s'en fallait encore d'une demi-heure avant le départ du voiturier, elle prit un petit sentier pour échapper à l'attention des nombreux passants. ”
Thomas Hardy,
Le Trompette-major
(1885)
“ « Trompette-major, je ne vous avais pas vu, dit Anne d'un ton modeste. Comment se fait-il que votre régiment n'assiste pas au défilé ? — Nous sommes de service à tour de rôle et ce n'est pas le nôtre, » dit Loveday. Elle voulut savoir alors si on craignait que le roi fût tué par le premier consul. Loveday lui dit que oui et que Sa Majesté était très aventureuse. Un ou deux jours auparavant, le roi était allé si loin en mer qu'il avait été sur le point d'être pris par les croiseurs ennemis. « Il voudrait se battre avec Boney, corps à corps, dit-il. — Quel bon et brave roi! » dit Anne. ”
