Henri Lechat

Élements biographiques

Henri Lechat Sculptures de Rodin (1919)

L'atmosphère de l'œuvre n'est pas celle d'un fabliau plaisant. On ne croira pas, naturellement, que Rodin ait prétendu donner un sens neuf à la vieille légende ; c'est toujours d'une tentation de volupté qu'il s'agit, et le beau corps brûlant de la séductrice ne signifie pas autre chose que la menace imminente du péché de luxure. Mais il est vraiment remarquable que, dans un tel motif qui prête à rire ou du moins à sourire, Rodin ait donné au visage féminin cet air de gravité froide qui étonne, ces yeux et cette bouche qu'on sent clos à jamais, cet aspect de Sphinx glacé.
Source : Gallica

Henri Lechat Sculptures de Rodin (1919)

Ce n'est plus la jeune Eve fleurie du Paradis terrestre ; c'est Ève après le péché, Ève qui a souffert, qui a été mère et de qui les seins ont nourri ; elle est plus vigoureuse que fine, et l'âge l'a déjà touchée
dans sa chair ; ce n'est maintenant qu'une robuste mortelle, la femme du premier homme, la mère de tous les hommes. Ce corps, d'où la marque céleste a été retirée et, qui ne garde plus rien que d'humain, s'accorde excellemment avec la désolation tout humaine qui le secoue devant le spectacle de la misère humaine. L'unité de l'œuvre, de quelque façon qu'on la considère, est parfaite.
Source : Gallica

Henri Lechat Sculptures de Rodin (1919)

Ne croyons pas non plus que l'artiste, s'il s'est complu avec excès à ces motifs-là, ait jamais voulu spéculer vilainement sur certains goûts de vice. Son art a pu quelquefois s'égarer, il ne s'est pas abaissé. Une pensée grave et sérieuse anime ses productions les plus déréglées, et ce n'est pas la seule sensualité que l'on voit en elles. « Rodin, a dit excellemment M. Gustave Geffroy, est le statuaire de la luxure triste ». Mais que nous voilà loin de l'Enfer de la Divine Comédie ! Et en effet Rodin lui-même déclarait que son Enfer était de Baudelaire plus que de Dante15.
Source : Gallica

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