Louis-Pierre Mouillard

Élements biographiques

Portrait de Louis-Pierre Mouillard Louis-Pierre Mouillard Le vol sans battement (1912)

Passez devant une de ces loges du Jardin des Plantes où est prisonnier un de ces splendides rois des airs, vous serez d’abord suffoqué par une odeur repoussante, puis vous verrez un oiseau immobile, replié sur lui-même, regardant vaguement par delà l’horizon, rêvant les cimes neigeuses, ses grands mélèzes noirs, ses chasses ardentes et son grand ciel tout à lui. Quand il est libre, tant qu’il est couché ou qu’il marche, on a un instant d’illusion, mais dès qu’il ouvre les ailes et montre son malheur, son aile coupée on plaint malgré soi le pauvre estropié et on passe plus peiné que satisfait.
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Portrait de Louis-Pierre Mouillard Louis-Pierre Mouillard Le vol sans battement (1912)

Tout est merveilleux dans ce vol ! Toute allure est anormale, hors nature, n’ayant rien de semblable dans le monde des volateurs. Prenons, par exemple, un fait bien simple : le vol rectiligne. Rien dans la création ne procure l’impression que donne cette célérité régulière, immuablement fixe. Je ne vois que la locomotive, œuvre humaine, courant sur une voie droite qui rende cet effet. L’aigle, la cigogne, le milan, le goëland, ne ressemblent pas plus comme tournure de translation au vautour se rendant à un point désigné qu’ils ne ressemblent eux-mêmes à la caille ou à l’alouette.
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Portrait de Louis-Pierre Mouillard Louis-Pierre Mouillard Le vol sans battement (1912)

Mais, quand arrive le coup de feu, quand les épeluchures tombent drues à la mer, alors il pleut des mouettes de partout, de l’avant, de l’arrière, de la nue : c’est une trombe tournoyante qui perpétuellement crie et se bat.
Tout cela, c’est le bonheur, le beau temps, la pâture abondante, la ripaille sur toute la ligne. Mais il ne fait pas toujours beau sur mer ! quand le temps est gros, que l’orage approche, quand la tourmente hurle dans les vergues, quand les montagnes d’eau ne sont plus qu’une masse d’écume peignée par ce vent affreux ; alors la vie de ces pauvres mouettes est terrible.
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