“ L’idole est plus belle ; là, dans l’ogive, elle regarde, encadrée d’ombre. Le bois frissonne, des râles courent, des voix toussantes répondent, les branches sont crispées, la neige tombe. L’idole est encadrée de neige. Au loin, au loin, des voix gémissent : Lysianel Lysiane ! Et Lysiane répond à la neige : Neige trop froide ! Et Lysiane répond aux voix : Où est votre corps, votre corps ? La neige brûle, les bois sont ensanglantés de flamme et Lysiane dit à la neige : Je t’aime ! Je t’aime ! Oh ! Je t’aime ! — Pourquoi ne dors-tu pas, mon Grégory ? — J’ai froid, Christine. ”
Max Waller
Élements biographiques
Max Waller, auteur belge du XIXe siècle, s’impose comme un narrateur lyrique et introspectif, dont l’œuvre, entre passion et déchirement, explore les tensions de l’amour et les ambiguïtés de l’existence. À travers Lysiane de Lysias et Jeanne Bijou, il dépeint des personnages aux destins troublés, oscillant entre désir et désespoir, comme en témoignent les vers émouvants : « Je t’aime !
Je t’aime ! Oh ! Je t’aime ! » ou « On ne s’arrête pas sur la route parce qu’on a buté du pied contre un caillou ». Son style, à la fois poétique et réaliste, s’inscrit dans la tradition romantique, proche de George Sand, tout en affirmant une voix originale dans le Parnasse de la Jeune Belgique.
Citations de Max Waller
“ Grégory n’aime pas Christine. Il n’a pas cessé d’être à Lysiane. Il a bercé sa passion dans un rêve de deux cents jours, mais la passion sommeille, la passion ne dort point. Les souvenirs sont des cendres jamais éteintes. Grégory s’est distrait jusqu’à l’illusion de la tranquillité ; Christine n’est pas son épouse selon la chair ; elle n’est qu’une ombre blanche qu’emporteront les brises... Pourquoi les fatalités et pourquoi les souffrances ? Notre nature est faite pour la joie et pour le bonheur ; que le reste s’efface et disparaisse ! Dans le luxe il ne doit point y avoir de trouble ”
“ ALBERT Parce que vous m’avez aimé, parce que vous ne pouvez pas ainsi briser notre vie à tous les deux ; il n’y a rien d’inoubliable ; aimer c’est oublier tout ce qui n’est pas l’amour, et nous pouvons aimer encore, Christine ; hors de là, tout est folie ; on ne détruit pas l’avenir parce qu’il y a une tache dans le passé ; on ne s’arrête pas sur la route parce qu’on a buté du pied contre un caillou, voyons, écoutez-moi, je me mets à vos pieds, vous êtes celle que j’aime... ”
“ Marius se rapprocha de Ferrian et le regardant fixement, lui dit doucement — comme à un frère : — Tu me diras bien, à moi, ce qu’il y a... — Ce qu’il y a, Pierre, je vais vous le dire à tous, puisque vous y tenez ; ce qu’il y a, c’est que j’en ai assez ; oui, continua-t-il d’une voix devenue tout à coup grave et lente, j’en ai assez de cette vie roulée à tous les vents et salie à toutes les fanges. Ici, depuis six ans, rien n’a changé dans mon existence ; c’est un train-train, une vivote, une suite d’habitudes inévitables, toujours pareilles. ”
“ CHRISTINE Mon Dieu ! GASTON Un valet a vu, a entendu, a parlé : à l’heure qu’il est, sans en être sûr, on ne conte que cela dans le bal ; aujourd’hui l’on bavarde ; demain l’on s’étonnera s’il n’y a pas de dénouement. Tous les drames ont cela — même les comédies. CHRISTINE (effrayée) Comment ! un dénouement ? GASTON Pauvre naïve ! Vous oubliez les barbaries de notre monde ! CHRISTINE Vous allez provoquer Albert ? GASTON Lui me provoquera. CHRISTINE Mais vous ne pouvez pas vous battre ; c’est de la folie ; Gaston, je vous en supplie, aidez-moi, trouvons un moyen, une idée ”
“ Tuas peut-être raison, Chastel ! Il y eut un silence ; Ferrian saisi d’une idée fixe, s’absorba, l’œil vague, immobile. Les derniers mois lui revinrent à l’esprit ; les tristesses de Greta, sa folle idée de revoir Bonn, ses émotions brusques lorsque le pays quitté s’évoquait par une parole, par une musique... ton Allemande... Il se leva, demanda un Guide et pointa les heures des trains ; à minuit il y avait un train pour Cologne... mais non ! il était fou de partir... il avait tort... on ne s’enfuit pas ainsi par nostalgie, sans souci des êtres aimés... ”
“ ALBERT Tu as tort. Lorsque le monde éclabousse une femme d’un nom d’homme, il est du devoir de cet homme de défendre celle qu’on accuse. GASTON Ceux qu’on accuse à tort n’ont pas à se défendre — et le monde peut parler. ALBERT (violemment) Eh bien, je ne veux pas moi qu’il parle, tu m’entends ; je ne veux pas qu’il dise : M. Gaston de Cléry est l’amant de la comtesse de Morteroche. ”
“ Greta comprit cette ambition immodérée de son mari, et certes elle eût craint d’être abandonnée un jour au profit de l’art, si elle n’eût aussi compris que ce tourment du chefd’œuvre est précisément ce qui fait l’homme plus sensible. Aux heures de spleen, lorsqu’il doute et se décourage, c’est dans la tendresse qu’il se réfugie ; son amour alors est si intense, il se réveille si vivacement d’une somnolence qui n’est jamais l’oubli, — l’artiste n’oublie pas, — ses caresses ont un élan tel, que c’est pour la femme aimée une volupté infinie de délicatesses et de douceurs. ”
“ GASTON Mais oui, ma pauvre enfant ; ces femmes dont vous parliez ne nous prennent pas tout entiers, ne le croyez pas. Et c’est ce qui souvent fait leur colère ; elles n’ont de nous que l’heure, que la minute, mais rien d’elles ne reste au fond de notre vie, et lorsque nous pensons à celles que nous nommions nos maîtresses, nous leur faisons une suprême injure dans notre mémoire : c’est de les y confondre. ”
“ Greta ! Greta ! Gretchen ! Et Greta, l’œil fixement tourné vers le soleil, lui parla comme en un rêve, d’une voix mouillée et douce : — C’est toi, Jacques, je savais que tu viendrais à moi ; je t’ai attendu, mon Jacques ; c’est ici, souviens-toi, que nous nous sommes aimés pour la première fois. Regarde comme le fleuve est beau, mon doux fleuve allemand ; nous nous aimerons sous les étoiles, Jacques, et les montagnes mettront leur ombre sur notre amour... Jacques, continuat-elle en le regardant d’un air las, je t’aimais tant, mais je voulais, je devais revenir un instant, une minute ici ”
“ La tendresse, toujours égale et forte de Greta complétait sa vie et il eut pour la première fois la conscience d’avoir réalisé ses rêves et d’être heureux. Le bonheur est fugitif — c’est un lieu commun de le dire — et pourtant on n’est pas juste envers lui. Une heure, une minute de joie dédommage d’un mois de douleur, et la douleur elle-même est rarement aussi cuisante qu’on se la figure. L’homme est tenté de grandir sa peine à un idéal de peine qu’il s’est organisé ; d’une tristesse il fait un désespoir et d’une larme un sanglot. ”
“ Gare à l’homme d’esprit ! (À ce moment entre Albert qui reste caché derrière un bouquet de palmiers.) ALBERT, (à part, effaré) Jeanne Bijou ! GASTON (à Jeanne) Il n’y a pas d’homme d’esprit, il y a un homme qui vous aimait au point de vous détester, qui se mentait à lui-même et qui se rend aujourd’hui, vaincu ! JEANNE Que dirait la comtesse de Morteroche si elle vous entendait ? GASTON Ne parlons pas de la comtesse, je ne l’ai jamais aimée, parlons de nous-mêmes ; laissez-moi vous aimer, Jeanne, pensez que vous n’avez aimé personne jusqu’ici ; oubliez que le passé existe... ”
“ Ainsi grandit peu à peu leur amitié, jusqu’à devenir un continuel échange de pensées et d’aspirations. Ferrian, qui, naguère, eût trouvée ridicule cette intimité presque idyllique, — paul-et-virginienne, comme disait Chastel, — lui le sceptique d’antan, blagueur d’amour et coureur de filles, ne se doutait que vaguement, et à certaines heures de retour, de la transformation que quelques mois d’absence avaient opérée en lui, au point de lui faire trouver du charme à une églogue qui, sous son apparence naïve, cachait un sentiment, d’autant plus tenace qu’il était plus caché. ”
“ L’Océan rêve le soir ; plus une carène ne ride ses étendues et ne déchire ses lames ; il rêve qu’il couvrira la terre, qu’un jour ses marées auront la force de s’étendre, qu’il ira plus loin, plus loin encore, pour augmenter sa nourriture d’hommes et de choses ; immense, il rêve d’être seul immense Devant la mer, Grégory songea ; le passé, toujours le passé monta en lui comme montent les vagues aux piliers moussus des estacades. L’image de Lysiane lui apparut de nouveau, mais fondue à présent à celle de Christine. ”
“ Aux causeries du samedi, seul jour où on le vît, il écoutait les autres d’un air presque paternel, ne comprenant pas la gaîté bruyante, lui dont la joie même paraissait triste. Peu accoutumé à boire, il se sentait tout étourdi lorsqu’il revenait de chez Ferrian ; parfois alors, il sortait de son mutisme et parlait d’art avec une ferveur d’enthousiasme, comme s’il chantait des cantiques, et des exclamations allongées ainsi que des hosannah : « Van Eyck, Metsys ! Oh ! c’est beau ! comme c’est grand, comme c’est au dessus de tout ce que nous faisons, de tout ce que nous ferons jamais !... » ”
“ Un jour s’était présenté à la tribune un ouvrier maçon, les vêtements rapiécés et blancs de plâtre, qui, la main tendue vers l’orateur, avait crié en flamand cette bêtise : « Avec votre platine d’égalité vous vous f.... de nous ! Prenez ma truelle et achevez le mur que j’ai commencé ce matin. Partagez ce que vous avez dans vos caisses ! Conseiller c’est bien, donner l’exemple c’est mieux, vous êtes des farceurs ! » On l’avait hué, c’était juste. Quand il sortit du collège des Pères, le même jour que Marius, Ferrian fut plus libre de se laisser aller à sa passion pour toutes choses d’esprit. ”
“ Là, dans la solitude, il se replongea plus avant au cœur de ses anciens spleens. La mer immense l’enveloppa de ses grandes tristesses. Le soir, souvent, elle brillait comme un désert de feu pâle, et, dans le sable mouillé, les pieds laissaient une trace lumineuse que lavait l’écume. L’horizon s’enfonce dans la nuit, et l’on n’entend qu’une grande plainte qui s’éloigne, approche, décroît encore, pour se changer en longs sanglots. La pointe brillante d’un phare apparaît au loin, mais les vagues submergent l’étoile et l’obscurité sans borne pleure, et pleure toujours. ”
“ Eh bien ! fit Grégory, va pour Byzantin ! Je ne sais pas trop pourquoi l’on accable d’un beau mépris honnête les raffinements que nous mettons dans nos amours. C’est anormal, mais que diable est normal ? En amour, il n’y a qu’une chose sotte, anormale, et contre nature si vous voulez, c’est de se dégoûter soi-même. Il est contre nature de manger trop et l’indigestion vous l’affirme, de boire trop : on déborde, mais mon corps est à moi, mais le corps de la femme qui se donne est à moi, et j’en use comme il me plaît, sans consulter un code quelconque qui me prescrirait d’aimer... ”
“ Le moindre et le plus modeste a plus d’orgueil qu’un empereur des mondes et Ferrian, dans un moment d’enthousiasme, l’avait un jour dit, le front haut : « Non, je ne suis pas modeste, je ne veux pas ; il n’y a que les sots conscients de leur sottise qui le soient ; j’ai l’orgueil immense de mon esprit, je m’admire, oui », et il rappelait le mot superbe de Préault : « L’artiste, c’est celui qui voit plus loin et plus haut que les autres. Voyez-vous cette étoile ? » ”
“ Il regarda Greta, et, se levant, dit non, d’une voix dure. Puis il quitta la chambre sans rien ajouter. Dès ce soir, Ferrian se renferma, le cœur meurtri, la joie éteinte. Ni aversion, ni révolte : le découragement seul de s’être trompé et de n’y rien pouvoir. Un mot, un seul, de celle qu’il avait crue la perfection de la délicatesse dans l’amour, et tout disparaissait, tout sombrait, tout s’écroulait. C’était encore, songea-t-il avec un sourire douloureux, la chasuble de travers du prêtre de Sainte-Gudule ! ”
“ « Qu’importe, se dit-il, en descendant le grand escalier de marbre, qu’importe ce mariage ? et pourquoi ne le consommerais-je point ? J’aimerai comme tout le monde, et la nouvelle venue ignorera que l’on peut aimer autrement. » Et il haussa les épaules, raillant malgré lui, avec une joie égdiste, la future qui ne savait pas, qui ne pouvait pas savoir. Au pied de l’escalier, que deux torchères niellées inondaient de lumière, un valet remit à Grégory sa pelisse et lui ouvrit la portière de sa voiture qui venait d’avancer dans le vestibule. ”
“ Au fond de la chambre, une lourde portière s’ouvre, une femme apparaît. Elle est vêtue d’un peignoir, une sorte de peplum en crêpe de Chine blanc rattaché à l’épaule par un camée rouge. Ses cheveux tordus sont piqués sur le haut de la tête par un peigne formé de gros grains de corail, et pour bracelet, elle porte au bras, nu jusqu’à l’épaule, un large ruban de velours rouge agrafé d’or. — Salut à vous, duc de Perriane, dit Lysiane, avec un geste théâtral. Ces seuls mots interdisent Grégory. La voix est presque inconnue ; la douceur en est envolée, elle s’éraille. ”
“ La jeune fille que l’on destinait au duc de Grégory était, elle aussi, de noble famille. Christine de Silvère avait passé sa courte jeunesse — elle avait dix-neuf ans — sous les yeux de sa mère, qui ne voulait pas la commettre avec les petites bourgeoises des Sacré-Cœur. Jolie, avec sa chevelure cendrée dont les ondulations avaient des reflets de bronze, elle possédait la plus aristocratique éducation, n’ayant jamais été dans ce qu’on appelle le monde. ”
“ Lysiane fut son dernier essai d’amour libre, épreuve trop pénétrante pour qu’il l’essayât encore avec une autre. Lentement, sans abdiquer ses idées aux pieds de la baronne, il l’amena à le désirer presque pour gendre, tant, à côté de ses révoltes, de ses haines, de la rareté sombre de ses sentiments, il avait de droiture et de gentilhommerie. Au moins, se dit la mère de Christine, l’enfant aura-t-elle un homme de grande race qui ne faillira point. Et, peu à peu, elle s’accoutuma à cette idée, puisant des sécurités nouvelles à chacune des causeries qu’elle eut avec le duc. ”
“ Le tourment du chef-d’œuvre est le pire des tourments ; il est fait d’une incertitude meurtrissante que rien ne pourra calmer, et l’artiste descend dans la terre, parfois acclamé, rarement compris comme il eût voulu l’être, comme il avait le droit moral de l’être, avec cette angoisse qu’il emporte avec lui peut-être, au gouffre sans fond de la mort, l’œuvre qu’en la discrétion de lui-même il avait espéré immortelle. ”
“ La solitude, pour leurs complexions maladives, se désolait, et leurs vers expriment une tristesse universelle causée seulement par leur faiblesse et leur étisie. Pour Ferrian, dont la nature saine et forte était à l’abri de ces morbidesses et de ces « névroses »,. la solitude ne fut qu’un moyen de voir plus grand, plus profond — et mieux. Sa contemplation se doubla d’une concentration de pensée qui, de jour en jour, posa son esprit, naguère si fugace et si instable. ”
“ Grégory, duc de Perriane, est ivre-mort. Etendu dans un fauteuil, il s’est endormi, la respiration sifflante, les membres lourds, sans force. Le gilet ouvert, la tête renversée, il a une pâleur de cadavre, d’homme assassiné brusquement pendant une sieste. La lumière seule de la lune, à demi voilée par les rideaux, éclaire ce visage fatigué où la souffrance a mis un pli d’amertume. Tel, le duc est beau de toute la beauté que donne la vie brûlante aux tempéraments d’élite. ”
“ Excuse-moi, Madame Ferrian, mais les artistes sont fous de se marier. Moi, j’ai eu de la chance — et encore, ajouta-t-il en embrassant Greta !... L’artiste est un oiseau qui doit être libre, qui doit pouvoir vivre d’une croûte, sans se préoccuper d’un nid à nourrir, ni d’une oiselle... fixe à caresser ! — C’est peut-être vrai pour quelques-uns, dit Marius, mais à d’autres il faut la tranquillité, le recueillement... ”
“ « Viens toi, la bien-aimée de ma vie, nous nous aimerons sous les étoiles ». Et il a dit encore : « Viens Greta, Gretchen, ma Mienne, ma blonde Liebchen... » « Les vagues ont englouti le batelier, car la Loreley n’a pas abaissé sur lui ses yeux... » — Elle baisera la trace reparue de leurs pas dans le sable, et remontera se mêler aux nuages, et son ombre plus pâle qu’un souvenir et plus pâle qu’une espérance, roulera dans l’ombre des nuits à venir sur la voile gonflée des brises... ”
“ Ayant vécu, comme sa mère, dans l’apaisement de sa race, elle aima surtout en « son duc », comme elle l’appelait en riant, l’intelligence et la délicatesse puritaines. Au commencement de leur union, Grégory tint à partager avec Christine ses jouissances intellectuelles. Ensemble, ils pénétrèrent dans ce sanctuairede l’art où les profanes n’ont point accès, mais à peine Perriane eut-il commencé cette sorte de sacerdoce conjugal, qu’il rencontra une chasteté inexpugnable chez sa jeune compagne. Ce qu’il aimait, les choses modernes, elle ne put arriver à les comprendre. ”
“ Puis elle allait au piano et jouait des phrases de Beethoven alternées à des phrases de Strauss, voulant, par la magie des gammes, par la plainte des accords, par la cadence du rythme, fondre l’âme du maître sombre des symphonies à l’âme du maestro joyeux des valses. Un soir — à la clarté jaune du soleil qui commençait à disparaître derrière les toits — Greta songeait, perdue dans son obsédant rêve, le regard immobilisé, le corps anéanti dans une prostration désolée, lorsque tout à coup, éveillée en sursaut, elle tendit l’oreille. ”
“ Il fut donc, comme les gentilshommes campagnards, un simple du vice qu’il ne fit que coudoyer, et lorsqu’il songea à Christine, ce fut avec une presque candeur. Souvent il avait eu avec le duc de Perriane des discussions interminables à propos de cette candeur — le mot est-il juste ? — qu’il gardait intacte en lui. — Nous sommes en pleine décadence des races, disait Grégory. — Parle pour toi, ripostait d’Astor, je n’admets pas cette prétendue décadence que vous nous jetez à la tête comme un défi. Les poires n’ont pas à se vanter d’être blettes. ”
“ « Je ne sais pourquoi je suis si triste l... » — Parce que les douceurs mortes ne revivront point et que la solitude désole mon âme... « La nymphe adorable est assise au faîte de la roche, sa tunique lumineuse rayonne, elle déroule sescheveux d’or...m — Qu’avait-elle encore à faire au monde, seule, avec l’étreinte de ses peines ? Pourquoi n’irait-elle pas au delà de la vie, dans le rêve phosphorescent des étoiles et la neige diaphane des voies lactées, pleurer ses amours et ses joies finies ? « Elle déroule ses cheveux d’or et chante un Lied dont la mélodie tremble et sanglote... » ”
“ Nature affinée, il tenta de rendre dans notre langue un idéal harmonique qui l’avait toujours obsédé. Ne se servant que de vocables longs, aux consonnances musicales demi-voilées, il voulait que sa phrase tînt autant de la mélodie que du langage, et c’était encore, avec ses ambitions descriptives, son vieux regret de ne pouvoir manier tous les arts, et son rêve de les condenser tous par l’effort de la plume. ”
