“ Froidement, Charfland s’installe sur un siège de l’autre côté de la table, sans quitter des yeux l’Américain, le revolver dans une main, sa montre dans l’autre. Les dix minutes passent au milieu d’un silence troublé seulement par le halètement rauque du vrai Charfland qui sue à grosses gouttes, semble sur le point de s’évanouir dans les bras de ses deux gardiens, et par le tic-tac régulier de l’appareil phonocinématographique. Au terme du délai, Charfland se lève : « Eh bien ? » interroge-t-il. Terrick incline la tête en signe d’acquiescement. ”
Raoul Bigot
Élements biographiques
Raoul Bigot (1874-1928), ingénieur et romancier français, incarne une particularité littéraire à l’intersection de la technologie et de l’imagination scientifique. Originaire du Havre, son parcours professionnel en ingénierie des armements et ses séjours au Mexique nourrissent une œuvre marquée par la conjecture rationnelle, comme le démontrent Le Mexique moderne (1909), Le Fer qui meurt (1918) ou Nounlegos (1919), où l’innovation technologique et les enjeux sociaux se croisent.
En collaborant avec Ernest-Maurice Laumann, il explore la psychologie humaine, la mécanisation de l’esprit et les frontières de la rationalité, affirmant ainsi une place singulière dans la littérature de merveilleux scientifique francophone.
Citations de Raoul Bigot
Raoul Bigot, Le Mexique moderne (1910)
“ Le Mexique pourra devenir le premier pays minier du globe ! Au-dessus de ces richesses du sous-sol, la surface est d'une fertilité étonnante; des millions d'hectares étagés sous les climats les plus divers peuvent donner toutes les céréales, les fruits, les produits exotiques, les teatiles, les bois précieux. Des plantes, des arbres d'une utilité incontestable y croissent déjà à l'état sauvage; l'ouverture des voies de communication augmentera la valeur de ces richesses en permettant leur exploitation. ”
“ « Au feu ! » retentissait. À la porte du buffet, le général, stupide, s’arrêta : à peu de distance de lui, la locomotive déformée s’était complètement affaissée et le charbon encore incandescent communiquait le feu à l’amas de combustible du tender dont il ne restait que des vestiges. Les wagons s’étaient écroulés, les planches et draps paraissaient seuls intacts ; le réservoir à gaz de l’un d’eux laissait fuir le gaz au travers de ses parois et un coup de vent ayant fait se rejoindre la nappe gazeuse et les étincelles du foyer, la flamme, en un instant, envahissait le train. ”
