“ Le lendemain, le maréchal Bessières m’a remis une inscription de 500 livres de rente en perpétuel, en me disant que c’était de la part de l’Empereur. Quand nous sommes retournés à Saint-Cloud, l’Empereur était à se promener dans l’Orangerie. Il me dit : « Eh bien, Roustam, as-tu vu Bessières ? » Je lui dis : « Oui, Sire, je vous remercie, il m’a donné un billet de 500 livres de rente. » Il me dit : « Tu ne sais pas les compter. C’est bien plus que ça. » Je dis : « Je vous demande pardon, Sire, je sais bien compter, il n’y a pas plus que 500 livres de rente. » ”
Roustam Raza
Élements biographiques
Roustam Raza (1783-1845), mamelouk de Napoléon Ier, incarne une figure exceptionnelle de l’entourage impérial, témoin privilégié des déplacements et des vicissitudes du pouvoir. En tant que garde du corps et valet de chambre, il s’immisce dans les réseaux de pouvoir et les intimités de la cour, thèmes centraux de ses Souvenirs, publiés après sa mort.
Ces mémoires, riches d’anecdotes, dévoilent les tensions entre fidélité et liberté personnelle, illustrées par son refus de suivre Napoléon en exil, ainsi que les ambiguïtés de la vie courtisane, où le service se mêle à la survie.
Citations de Roustam Raza
“ L’Empereur lui dit : « On ne donne ces choses-là qu’à ceux qui sont sages. Es-tu sage, toi ? » Il ouvre aussitôt de grands yeux et lui dit : « Regarde dans mes yeux, plutôt. — J’y vois qu’Achille, est un fier polisson ! » Choqué malgré moi de ce qu’il tutoyait, je cherchai à lui faire signe, mais l’Empereur, s’en apercevant, lui fit me retourner le dos et l’enfant continua son babil mieux que jamais. L’Empereur lui dit : « Sais-tu prier Dieu ? — Oui, lui dit-il, je le prie tous les jours. » L’Empereur lui dit : « Comment te nommes-tu ? — Je m’appelle Achille Roustam. Et toi ? » ”
“ Sa Majesté me demanda sa carabine. Je la lui apportai. Il tira sur les cygnes. L’Impératrice était dans son boudoir, qui s’habillait. Elle entend le coup, elle accourt en chemise, et entortillée dans un grand schall. Elle saute après l’Empereur, en lui disant : « Bonaparte, ne tire pas après mes cygnes, je t’en prie ! » L’Empereur persistait, en lui disant : « Joséphine, laisse-moi donc. Cela m’amuse. » Alors elle me prend par le bras et me dit : « Roustam, ne donne pas la carabine. » L’Empereur me dit : « Donne-la moi. » ”
