“ Le lendemain, le maréchal Bessières m’a remis une inscription de 500 livres de rente en perpétuel, en me disant que c’était de la part de l’Empereur. Quand nous sommes retournés à Saint-Cloud, l’Empereur était à se promener dans l’Orangerie. Il me dit : « Eh bien, Roustam, as-tu vu Bessières ? » Je lui dis : « Oui, Sire, je vous remercie, il m’a donné un billet de 500 livres de rente. » Il me dit : « Tu ne sais pas les compter. C’est bien plus que ça. » Je dis : « Je vous demande pardon, Sire, je sais bien compter, il n’y a pas plus que 500 livres de rente. » ”
Roustam Raza
Résumé
Souvenirs de Roustam Raza, publié sous le titre Souvenirs de Roustam, mamelouck de Napoléon Ier, est un récit autobiographique qui plonge dans l’intimité du pouvoir impérial. À travers des anecdotes précises et des dialogues vivants, l’auteur, ancien mamelouck de Napoléon, relate ses années auprès de l’Empereur et de l’Impératrice, mêlant récits de cour, récits de batailles et tensions personnelles.
Les thèmes de la fidélité, des rapports de pouvoir et de la passage à une retraite souhaitée traversent ce témoignage unique, marqué par des figures comme le maréchal Ney et l’île d’Elbe. Le texte révèle un regard intime sur la vie militaire et les enjeux de l’exil impérial.
Citations de Souvenirs (Roustam Raza)
“ L’Empereur lui dit : « On ne donne ces choses-là qu’à ceux qui sont sages. Es-tu sage, toi ? » Il ouvre aussitôt de grands yeux et lui dit : « Regarde dans mes yeux, plutôt. — J’y vois qu’Achille, est un fier polisson ! » Choqué malgré moi de ce qu’il tutoyait, je cherchai à lui faire signe, mais l’Empereur, s’en apercevant, lui fit me retourner le dos et l’enfant continua son babil mieux que jamais. L’Empereur lui dit : « Sais-tu prier Dieu ? — Oui, lui dit-il, je le prie tous les jours. » L’Empereur lui dit : « Comment te nommes-tu ? — Je m’appelle Achille Roustam. Et toi ? » ”
“ Sa Majesté me demanda sa carabine. Je la lui apportai. Il tira sur les cygnes. L’Impératrice était dans son boudoir, qui s’habillait. Elle entend le coup, elle accourt en chemise, et entortillée dans un grand schall. Elle saute après l’Empereur, en lui disant : « Bonaparte, ne tire pas après mes cygnes, je t’en prie ! » L’Empereur persistait, en lui disant : « Joséphine, laisse-moi donc. Cela m’amuse. » Alors elle me prend par le bras et me dit : « Roustam, ne donne pas la carabine. » L’Empereur me dit : « Donne-la moi. » ”
