“ Alors le vieux juge de paix répliqua d'un ton paternel:—Ma chère enfant, je t'aime beaucoup...—Il y paraît, dit amèrement la dame.—Je t'ai vue naître...—Vous êtes assez vieux pour avoir vu naître ma grand'mère.—Et je ne peux pas m'empêcher de penser que le curé Torlaiguille avait raison quand il disait: «Il n'y a pas, dans ma paroisse, de femme plus folle et plus méchante que Mme Forestier...»—Ah! qu'il a donc raison monsieur le curé! s'écria Mme Bernard, triomphante... C'est un homme sage et de bons sens, celui-là!—Attends donc, ma chère enfant, tu ne connais pas la fin de sa phrase. ”
Résumé
“Hyacinthe”, est une œuvre de Alfred Assollant. Des thèmes tels que Hyacinthe, Michel ou Creux-de-Pile y sont abordés.
Citations de Hyacinthe (Alfred Assollant)
“ Etre appelé, moi, «imbécile, âne, mercenaire, domestique, museau de singe,» j'en avais pris mon parti facilement, mais entendre dire de ma mère «la Trapoiseau» me fit bondir à mon tour. Je répliquai:—Madame, sachez que le fils de «la Trapoiseau» est fier de sa mère et que Michel, lui, n'a pas lieu d'être fier de la sienne. La Trapoiseau a travaillé toute sa vie pour m'élever et pour faire de moi un honnête homme et un bourgeois...—Elle a bien réussi, dit la dame, en souriant ironiquement: Il est joli, le bourgeois; il est bien élevé, le Trapoiseau! ”
“ Mme Reine Bernard se mit à rire:—Marion, tu n'as pas parlé d'autre chose!—Oh! non, madame, je vous jure.—Eh bien, il n'y a pas de mal à ça, ma fille: il faut toujours dire la vérité.—N'est-ce pas que c'est la vérité? madame, reprit Marion toute joyeuse, et que M. Forestier doit se cogner le front, quand il passe sous les portes?—Ah! oui, c'est vrai! répliqua la dame, et si le capitaine Smintéry était là, c'est lui qui pourrait en rendre témoignage.Car Mme Bernard ne parlait jamais de sa voisine et de son amie sans amener de quelque façon dans le discours le nom de ce capitaine fameux. ”
“ J'y courus, par obéissance, je fus reçu comme la manne dans le désert, par le peuple d'Israël, je dansai de mon mieux et j'eus le plaisir de voir qu'Angéline me regardait de temps en temps et m'encourageait d'un sourire demi-malin, demi-amical.Quand le quadrille fut terminé, une bonne dame se chargea, comme Mlle Bouchardy l'avait prévu, de la remplacer au piano et, alors, je reçus le prix de mon dévouement, ainsi qu'on va le voir.A ne rien cacher, je n'étais pas sans émotion...Tous les hommes sont égaux entre eux et en particulier tous les Français. ”
“ Car tu es un sage, Trapoiseau...Et comme je déclinais modestement ce titre:—Oui, tu es un sage, répliqua Michel avec chaleur, tu n'as jamais aimé, toi! Ou si tu as aimé...Je pensai à la belle Angéline.—Dans ce cas, lui dis-je en l'interrompant, j'ai pris patience. L'amour, vois-tu, c'est comme la faim et la soif quand on se promène dans la campagne. Si l'on ne trouve pas à dîner dans une auberge, on dîne dans une autre. ”
“ Cependant tout le monde se dispersa pour aller dîner, car, de quelque nom qu'on l'appelle, le principal repas de tous les bourgeois de Creux-de-Pile est entre midi et deux heures; dans l'après-midi les hommes vont au café et jouent aux cartes; les femmes s'habillent, font des visites, et disent du bien des absents.Pour moi, comme je me retirais avec les autres, je vis que mademoiselle Angéline Bouchardy, qui était venue sous le bras de son père, me regardait si fixement que mon pauvre cœur trop tendre se mit à palpiter comme un petit oiseau dans la main d'un enfant. ”
“ Veux-tu m'aider?—Moi! y penses-tu, Michel? Moi, Trapoiseau, futur huissier, futur avoué, futur notaire peut-être, j'irais me fourrer et te fourrer dans ce guêpier! Jamais de la vie, camarade! C'est bon dans le désert, ces procédés-là, et encore!—Faux ami, va!—Mais non! mais non! Clairvoyant ami, à la bonne heure!Je m'en flatte. Un enlèvement! Nombre de Dios! Pour qui me prends-tu? Je suis un serviteur de la loi, ami Michel. D'ailleurs, informe-toi d'abord si mademoiselle Hyacinthe y voudra consentir. Mais ne compte pas sur moi! ”
“ Comprends-tu bien, Félix?Hélas! je ne comprend que trop. Je ne me fais pas illusion. Angéline aura cent mille écus après la mort de son père, et moi,—je m'en félicite d'ailleurs,—je verrais mourir toute la terre sans recueillir un centime parmi tous les testaments qu'on ne manquerait pas de faire. Un seul homme pourrait me léguer quelque chose, car il est riche,—c'est mon oncle le curé,—mais personne ne connaît au juste sa fortune, et je crois qu'il l'a promise à l'évêque pour une fondation pieuse. ”
“ Les jalousies de Mme Rosine Forestier, entr'ouvertes jusque-là, s'ouvrirent tout-à-coup et frappèrent la muraille d'un coup si terrible que tous les assistants tressaillirent et que Marion, jusque-là si brave, rentra dans sa maison avec son balai.—Qui est-ce qui a parlé du capitaine Smintéry?... demanda la belle Rosine, d'une voix éclatante comme celle de la trompette. (Et comme personne ne répondait, elle continua:) —... Serait-ce cette vieille gaupe?De la main elle indiquait Mme Bernard qui jouissait tranquillement de sa fureur.Celle-ci répliqua:—Vieille gaupe! moi! moi!! moi!!! Ah! ”
“ M. Forestier leva les épaules.—Michel n'a pas de chances, dit-il. Michel est trop jeune. Michel n'a pas fait ses preuves. Michel n'a pas une nombreuse clientèle et l'appui du gouvernement, de la magistrature et du clergé que j'ai, moi. Michel n'a pas la possession d'état. Il n'est pas député de Creux-de-Pile depuis vingt ans. Enfin Michel est trop exalté. Il aura contre lui tout ce qui pense bien, tout ce qui est riche, tout ce qui veut vivre paisible et honoré... Allons donc, Michel n'aura pas cinq cents voix! ”
“ De tous les magistrats que j'ai connus, et qui ont jugé sur leurs sièges ou péroré debout dans Creux-de-Pile, M. Robin était certainement le plus aimable.C'était un vrai bourgeois de l'ancien temps, instruit, lettré, bien élevé, doux, plein de naturel et de charme dans la conversation, et d'une bienveillance un peu railleuse qui ne se démentait jamais, excepté avec quelques gens de loi rapaces dont il sabrait impitoyablement les mémoires et auxquels il appliquait toujours le minimum de la taxe, car il avait été trente ans juge au tribunal avant d'être nommé juge de paix. ”
“ Oui, quand je pense à tout cela et que je vois Hyacinthe toute prête à me quitter sans remords, presque sans regrets, je me dis: «Seigneur mon Dieu? qu'est-ce que c'est que la vie?»Alors cette tendre mère posa sur ses yeux un mouchoir brodé de dentelle pour cacher ses larmes; mais l'autre dame—la mère de Michel,—non moins tendre, quoique moins poétique et plus philosophe, lui répliqua:—Que veux-tu, ma pauvre Rosine? Il faut bien en passer par là! Tu as dansé. Ta fille veut danser à son tour. C'est la loi de ce monde. Tu as montré tes grâces pendant vingt ans. ”
“ Un avoué? Je pouvais le désirer. Mais un notaire! Oh! c'est un rêve! Et cependant... Angéline, je le sais, n'épousera pas moins qu'un notaire. Je la connais. Elle est fière, elle a le cœur haut, elle est fille de notaire, elle ne voudra pas descendre jusqu'à un avoué!...Comme j'en étais là de mes réflexions, car, au lieu de rédiger le contrat de Michel Bernard et d'Hyacinthe Forestier, je pensais à mademoiselle Angéline Bouchardy, fille de mon patron, j'entendis tout à coup un pas léger le long de l'escalier et un frôlement de robe de grenadine qui ne m'était pas inconnu. ”
“ Michel! monsieur Trapoiseau. Oui, Michel qui héritera, comme on sait, d'une belle fortune; qui, dès aujourd'hui, a de l'argent à dépenser; qui parle comme M. Thiers, pendant trois jours de suite, sans respirer; qui est fils de feu M. Bernard que tout le monde aimait et respectait dans le pays: qui est républicain de la veille, lui, car il n'a que vingt-sept ans et n'a jamais servi l'Empire; tandis que M. Forestier n'est qu'un bonapartiste converti ou mal blanchi, comme disent les républicains... ”
“ Eh! monsieur Trapoiseau, répliqua-t-elle en colère, qui est-ce qui vous parle de Michel? Couper la tête à Michel! Ah bien! il ne manque plus que ça aux Forestier s'ils veulent que je les mette tous en chair à pâté, à commencer par la Rosine qui m'a appelée «souillon» et à finir par la Mihiète qui m'a appelée «chameau!...» Et encore qu'est-ce que je dis? de la chair à pâté! C'est bien plutôt de la chair à saucisse!... Celui qu'ils ont tué, les gueux! c'est notre pauvre paon, mon beau César... Tenez voyez la tête! son aigrette est-elle assez jolie! Et sa queue!... ”
“ Hyacinthe a combattu longtemps, mais enfin elle a fini par donner son consentement. De là, l'événement que tu viens de voir. Ce qui l'a décidée surtout, c'est le cartel que j'ai adressé à Francis; elle a eu peur d'un duel où je pouvais être tué. Pour prévenir ce danger, elle a fait elle-même l'acte de courage dont tu as été témoin tout à l'heure.Et maintenant, cher ami, vive la joie!Michel sautait et dansait de bonheur. Je lui demandai:—Mais ton élection, qu'en fais-tu?—Je me fais élire plus que jamais.—Mais si tu es élu, papa Forestier te refusera la main d'Hyacinthe. ”
“ Quand à madame Forestier, elle recevait ses compliments avec une condescendance affectueuse.Pour Hyacinthe, elle était polie, souriait d'un air incertain, les yeux baissés comme une demoiselle élevée dans un couvent de choix, et ne dit pas une parole intelligible.—Alors le mariage est fixé le 1er juillet? dit le vieux Vire-à-Temps pour conclure.—Si vous voulez, répondit Forestier.—S'il ne dépendait que de moi, ajouta Francis, nous serions aujourd'hui le 30 juin.—Ces jeunes gens! c'est toujours pressé! dit madame Forestier en souriant avec indulgence. ”
“ Ce n'est pas elle qui m'appellerait «carogne», comme sa mère a fait l'autre jour, ni qui me menacerait d'un soufflet! Ah! la pauvre chérie! Elle est bonne comme le bon pain. Elle ne ferait pas de mal à une mouche, et elle est gaie comme un petit chat gris. Tenez, savez-vous ce qu'elle me disait hier:—«Écoute, ma bonne Mihiète, tu ne peux pas t'accorder avec maman, veux-tu venir avec moi? Je vais me marier, tu sais, avec Michel...—Ah! oui, un joli garçon, ai-je répondu.—N'est-ce pas, Mihiète? Et que j'aime comme il m'aime... Eh bien, tu feras notre ménage. Veux-tu?» ”
“ Le père en mourant avait laissé la jouissance de la moitié de sa fortune à sa femme, mais seulement jusqu'au mariage de son fils. S'il se marie, il faut y renoncer. C'est 6.000 francs par an, au moins. Demander une dot de 200.000 francs à M. Forestier, père de la future, c'est rompre le mariage, en feignant de soutenir avec trop de zèle les intérêts de Michel. Voilà pourquoi, Bouchardy, vous mettez des bâtons dans les roues. C'est l'ordre de la vieille dame que vous suivez?M. Bouchardy se mit à rire et répliqua:—Vous l'avez deviné Saumonet. ”
“ M. le président est veuf, il épouserait madame Forestier, qui serait veuve alors et pour qui il a fait des vers très poétiques, en 1857; il hériterait de la fortune et de la députation du défunt, donnerait sa démission de président, ferait mettre son plus jeune fils à sa place et déploierait ses talents politiques à Versailles. Qu'en dites-vous, monsieur Trapoiseau? Voyez-vous comme le président parle de près à la dame, pendant que le pauvre gros M. Forestier joue au billard, sans s'inquiéter de rien? ”
“ Alors la belle Rosine, plus hautaine, plus grisonnante et plus couperosée que je l'avais jamais vue, interrompit son mari, et d'une voix sifflante comme un coup de cravache:—Monsieur, après les infamies que, ce matin...Mais Michel lui coupa la parole:—Madame, dit-il, je ne vous parle pas. C'est à M. Forestier que je m'adresse. Il est votre mari. Il est père d'Hyacinthe. Il est chef de la famille aussi, je suppose?...—Et moi, j'en suis sûr! dit le député d'une voix sonore et en se rengorgeant comme un vieux dindon. ”
“ Faut-il nous dépouiller du fruit de notre économie?... Et enfin, si nos conditions vous paraissent trop dures, si vous comptez sur la folle passion d'un fils dénaturé, si vous croyez qu'il osera nous envoyer des actes respectueux, allez faites; nous aurons le plaisir de voir M. Forestier, député de Creux-de-Pile, essayer d'introduire de force sa fille unique dans une famille honorable, nous verrons si cette fille elle-même y consentira, nous verrons surtout si sa mère, madame Rosine Forestier... ”
“ Une tête aplatie au sommet, comme celle de certaines tribus indiennes, des oreilles écartées, des pommettes saillantes, un nez court, plat et large, une physionomie parfaitement satisfaite de son mérite et malveillante pour le prochain; voilà Mlle Berthe Patural,—très recherchée néanmoins, en tous lieux, car «ma fille aura de ça», comme disait le père, en se promenant sur le grand pont de Creux-de-Pile et frappant avec force sur son gousset.J'aurais dû, moi, Félix Trapoiseau n'en approcher qu'avec crainte et timidité ”
“ Un éclair brilla dans ses yeux, pareil à une baïonnette au soleil, et m'aurait fait trembler si j'avais dû lui parler de mes propres affaires et non de celles de son fils; mais on est toujours plus brave pour autrui que pour soi-même.Les voisins et voisines, voyant à mon regard doux mais ferme et à l'éclair de la dame que nous avions à causer sérieusement ensemble, s'écartèrent par discrétion,—Hyacinthe et Mlle Angéline donnant l'exemple. ”
“ A votre tour, maintenant, Saumonet, je vais confesser vos clients, comme vous avez confessé les miens.—Faites, répliqua l'autre notaire.—Qu'est-ce que le père Forestier donne pour dot à sa fille? 100.000 francs. Pas davantage.—Sans doute, dit M. Saumonet, mais il en garde à peine autant pour lui-même.—Et la fortune de sa femme, qui est de plus de 400.000 francs?—Madame Forestier fait bourse à part. Elle administre elle-même ses revenus et n'en rend compte à personne. En revanche, elle se fait expliquer jusqu'au moindre centime l'emploi de l'argent de son mari. ”
“ Elle s'éleva comme Vénus à l'horizon. A force de saisir, d'assigner et, comme le Grand Condé dans la bataille, de porter partout la terreur, Patural l'huissier, amassa de quoi payer l'étude de son fils unique Patural, l'avoué; celui-là même que le président Vire-à-Temps appelait «un éminent jurisconsulte».C'est ainsi que se fondent et s'élèvent les grandes familles, et qu'elles marchent d'un pas ferme vers la gloire et les honneurs. ”
“ Michel m'en a prié, Mlle Hyacinthe compte sur moi (Elle a de bien beaux yeux, Mlle Hyacinthe) quelquefois en traversant la rue elle me regarde d'un air aimable, caressant et presque malin, comme si elle devinait de moi quelque chose que je ne veux pas dire, et comme si elle s'intéressait à moi, à cause d'une autre personne pour qui elle aurait une amitié particulière... Je croirais volontiers que cette personne qui n'a pas de barbe au menton (et n'en aura jamais) lui parle de moi de temps en temps et qu'il y a des confidences échangées... ”
“ Je ne sais pas encore lequel des deux; car tout dépend de deux femmes; or, l'une est horriblement méchante et tout à fait folle, c'est ma future belle-mère. L'autre, c'est... ma mère. Tu connais comme moi ses dispositions d'esprit. Quant au père Forestier, c'est un zéro que sa femme mène par le bout du nez, ou plutôt qu'elle pousse et retient à coups de cravache. Or, de ces deux femmes, qui par des moyens divers, se sont rendues maîtresses de la fortune des deux familles, si l'une refuse son consentement au mariage, tout est perdu ”
“ Je faisais le philosophe, mais Michel indigné s'écria:—Blasphémateur! sacrilège! oses-tu comparer?...—Enfin, ta mère et ta belle-mère sont d'accord pour te séparer d'Hyacinthe, n'est-ce pas?—Oui.—Parce qu'elles se détestent, elles veulent que leurs enfants se détestent aussi?—Tu l'as dit!—Et vous ne vous détestez pas! au contraire!—Ah! certes!... Par Jupiter, le père des dieux et des hommes, je ne l'ai jamais aimée davantage!—Et papa Forestier, qu'est-ce qu'il dit de tout ça?—Je n'en sais rien. Je ne l'ai pas vu depuis la catastrophe.—Comment! tu ne l'as pas vu et tu désespères! ”
“ Comme nous en étions là et revenions lentement dans l'ombre du côté de Creux-de-Pile, la voix de la belle Angéline se fit entendre. Elle nous suivait de près avec son père.Alors Michel me dit tout bas:—Occupe un instant ton patron. Je voudrais causer une minute avec mademoiselle Bouchardy.—Trapoiseau, dit le patron, nous avons eu beau mettre dans le contrat toutes les complaisances possibles et faire toutes les concessions, il n'y a pas en moyen de conclure. Ces haines de femmes, vois-tu, rien ne peut les apaiser, pas même l'intérêt le plus pressant... Michel n'y perd rien. Au contraire. ”
“ Michel reprit:—Maman c'est M. Forestier...Alors la dame répliqua:—Forestier! Qui ça, Forestier?... Le mari de la Smintéry?...A ce mot, le malheureux député se leva d'un bond et courut à la porte. Mais la voix perçante et vengeresse de Mme Bernard le suivit jusqu'au fond du jardin.—Dis-lui, Michel, de ne jamais remettre les pieds ici. Dis-lui que mon tapis n'est pas fait pour les souliers d'un...—Madame, interrompit le curé, je suis venu vous voir de peur que vous n'eussiez besoin de mon ministère; à la manière dont vous parlez, je vois que vous êtes vivante et bien vivante... ”
“ Si lâche, si vous préférez, qu'il ne manquera pas d'acquitter, tandis qu'un bon petit procès en police correctionnelle ne pouvait pas manquer d'aboutir à l'amende et à la prison.Et comme Michel sortait de nouveau pour commander des compresses, sa mère me dit:—Comprenez-vous ça, Trapoiseau? Mon fils a l'air de prendre ça comme la pluie ou le beau temps?Je lui ai dit hier: fais-moi venir le juge d'instruction et le procureur de la République. Il a répondu: «Oui, maman!» Et il les a fait venir. ”
“ Vous avez une fille à marier...—Une jolie fille, Bouchardy! une très jolie fille, une fille qui n'a pas sa pareille dans tout le voisinage, une fille que nous appelons Hyacinthe, ami Bouchardy, parce qu'elle est née comme une fleur de la plus poétique des mères, madame Rosine Forestier, notre cliente, et du moins poétique des pères, M. Forestier, notre client aussi,—et depuis six ans député de l'arrondissement de Creux-de-Pile!...—Ne vous échauffez pas, Saumonet!... Dans cette saison, par cette chaleur épouvantable, on attrape aisément une pleurésie. ”
“ Plein d'esprit, ce nez-là, mais pas grec du tout, gaulois plutôt; car j'en ai vu beaucoup de cette forme en Auvergne. C'est un nez qui n'a pas de réputation chez les peintres et chez les sculpteurs, mais des milliers de mères de famille en ont un tout pareil et s'en font honneur. Pourquoi donc Angéline serait-elle plus modeste?Bouche: un peu grande. Oui, un peu grande, il faut l'avouer..., mais tout est relatif. Elle est grande certainement, si vous la comparez à celle de Mlle Hyacinthe Forestier qui est une petite cerise rouge entr'ouverte,—ça, c'est l'idéal! ”
“ Un bon duel à mort.—Mais ça ne s'est jamais fait à Creux-de-Pile.—Ça se fera, Trapoiseau!—Mais c'est sauvage! Tu ne trouveras pas un second témoin, car pour moi je vois bien que tu comptes sur mon amitié.—Certes, et tu m'iras chercher un second témoin. Je ne suis pas inquiet. C'est un rôle glorieux et sans péril. Il y a toujours de braves gens pour se dévouer en pareil cas.—Allons, tu veux exterminer Francis Vire-à-Temps?—Je le veux, puisqu'il n'y a pas d'autre moyen d'empêcher son mariage avec Hyacinthe. ”
“ Si vous avez une jolie fille à mettre en bataille, nous avons, nous, un joli garçon, qui s'appelle Michel, ce qui est un nom d'archange, comme Hyacinthe est un nom de fleur, et qui est né du légitime mariage de M. Louis Bernard, médecin de la Faculté de Paris, avec madame Reine Bernard, aujourd'hui veuve et propriétaire—en y comprenant tous les biens meubles et immeubles de la succession conjugale,—de quatre cent cinquante mille francs au plus bas mot; et nous ne sommes pas veuve à lâcher un centime de nos droits, entendez-vous cela, Saumonet?... ”
“ Si chacune des deux avait eu son mari sous la main, le pauvre homme aurait passé martyr et subi le sort des chrétiens dans le cirque. Mais le mari de l'une était mort, et le mari de l'autre, le pauvre M. Forestier, dès le lendemain de la signature du contrat, s'entendant appeler publiquement Sganarelle devant cent personnes, ne sachant comment parer le coup, ni comment consoler la pauvre Hyacinthe qui se désolait de voir son mariage rompu, avait pris le train express pour Paris et prétexté que les affaires publiques les plus graves l'appelaient à Versailles. ”
“ Oui, mais votre fils a vingt-sept ans; il est plus que majeur. Votre fils est amoureux, votre fils a une fortune indépendante qui lui vient de son père et qu'on ne peut pas lui ôter, votre fils est avocat depuis trois ans et n'a pas besoin de vous pour vivre; il aime, on l'aime et il fera pour épouser notre belle Hyacinthe tous les actes respectueux qu'il faudra faire.M. Bouchardy, d'un geste noble, interrompit son confrère:—Vous vous trompez, mon ami. Notre fils Michel ne vous fera jamais d'actes respectueux. Il sait trop ce qu'il nous doit... ”
“ De cette union, qui fut heureuse, d'ailleurs, naquit Mlle Berthe Patural,—Berthe aux grands pieds,—comme disait un jeune homme de beaucoup d'esprit et très érudit, qui passait son temps à donner des sobriquets à ses concitoyens des deux sexes.C'est cette jeune demoiselle—qu'on regardait comme la plus riche héritière de Creux-de-Pile, plus riche même qu'Hyacinthe et Angéline,—que je venais d'inviter à danser.La pauvre fille était laide à faire compassion à ses amis (mais elle n'en avait pas) et plaisir à ses ennemies. ”
Termes fréquents
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