André Picquet, Quelques souvenirs. Douai, 1914… (1933)
“ Et le grincement des freins me surprend sur un sommet des Carpathes d'où j'aperçois dans le ciel bleu et blanc, les clochetons du Beffroi requinqués par un soleil sanguin. Douai... Douai... Pour comprendre brusquement le danger ambiant, pour en saisir l'authenticité et la gravité, il me suffit d'entendre ce nom, de toucher du doigt le paysage familier. De même qu'une maladie redoutée ne cause vraiment d'effroi qu'au chevet d'une personne aimée, la peur de la guerre ne m'oxyde l'âme qu'au seuil du foyer natal. Ailleurs j'éprouvais des sentiments confus, gêne, malaise, inquiétude vague. ”
