Résumé

André Picquet Quelques souvenirs. Douai, 1914… (1933)

Et le grincement des freins me surprend sur un sommet des Carpathes d'où j'aperçois dans le ciel bleu et blanc, les clochetons du Beffroi requinqués par un soleil sanguin.
Douai... Douai... Pour comprendre brusquement le danger ambiant, pour en saisir l'authenticité et la gravité, il me suffit d'entendre ce nom, de toucher du doigt le paysage familier.
De même qu'une maladie redoutée ne cause vraiment d'effroi qu'au chevet d'une personne aimée, la peur de la guerre ne m'oxyde l'âme qu'au seuil du foyer natal. Ailleurs j'éprouvais des sentiments confus, gêne, malaise, inquiétude vague.
Source : Gallica

André Picquet Quelques souvenirs. Douai, 1914… (1933)

On n'a plus motif d'aller vite. (Tout le monde a lu ou appris l'ordre de mobilisation.) On n'en a pas davantage de suivre un train d'enterrement. Du moins il n'y paraît pas.
Alors qu'il était encore permis d'espérer un revirement, nous nous sonunes peu à peu enfoncés dans la tristesse. La crainte de la guerre déprimait les plus résistants. Aujourd'hui le doute est levé, l'espérance abolie, et, résultante curieuse, paradoxale, la certitude de la guerre provoque une sorte d'euphorie, comme au sortir du bain délassant, l'épiderme se sent plus frais, le muscle plus souple, la tête plus lucide.
Source : Gallica

André Picquet Quelques souvenirs. Douai, 1914… (1933)

Je m'embête, simplement, pauvrement. Car l'ennui même a perdu son opulence.
— C'est vrai qu'on est ruiné de tout, sauf de pâleur. Et pourtant je ne nous vois pas blancs !...
Georges Boland, avocat, s'assied près de moi. Nul compagnon ne pouvait me surprendre plus agréablement. Sa bonne humeur, son esprit, m'enchantent. Je bénis la Providence qui l'a aiguillé vers ma plate-forme, son sac toujours plein d'anecdotes estudiantines qu'il conte avec un revif de jeunesse, comme s'il désirait vous indemniser, par surcroît de grâce, du temps qu'on passe à l'écouter. Et de fait, il me gâte.
Source : Gallica

Chaque jour avec Kwize, l'actualité mise en perspective par la littérature