André Savignon

Résumé

André Savignon Filles de la pluie

Les jours sont monotones à l’excès dans un monde aussi restreint. La nuit, seule, semble devoir arracher Trielen à sa solitude. Avec elle, en effet, surgissent les lueurs des phares environnants, le Four, Saint-Mathieu, les Pierres Noires, le Créac’h, le Stiff, d’autres encore. C’est comme une main tendue à travers l’espace, une visite à des oubliés. Leurs éclats fouillent, pénètrent l’île avec une régularité de pendule, quelque chose d’automatique et d’inexorable et qui rappelle que, là-bas, il y a des hommes, de la vie, de la pensée — mais bientôt, on n’y fait plus attention.
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André Savignon Filles de la pluie

Virginie n’avait jamais pensé à la mort. Et maintenant, dans cette île où elle était emprisonnée, sans un médecin, sans médicaments, sans personne pour la réconforter, sans prêtres, la mort se présentait.
Elle sortit de sa maison et courut à la grève. Mais aucune barque n’était en vue. Le ciel, pourtant, s’était assombri, la côte en paraissait très proche. On voyait le phare tout blanc de la pointe Saint-Mathieu, et le Conquet, et Quéménès et Molène, si distinctement qu’un instant elle se mit à crier, dans l’espoir qu’on entendrait son appel.
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André Savignon Filles de la pluie

« Pour moi, c’est bien son cœur qu’elle a mis en terre. Car, depuis, Juliana est morte pour tous dans l’île. Et je dis que tout, jusqu’à la dépouille de celui qu’elle aimait, a dû lui échapper. »
N’empêche que Juliana réclama le corps du défunt. Et elle voulut l’inhumer de ses propres mains, un jour que le soleil de novembre remplissait d’une joie pure comme le repos du Seigneur.
Mais, comme tous, sauf Julia, doutaient de l’identité du noyé, pour rester vrai sans blesser la douleur de l’îlienne, on écrivit sur sa tombe ces simples mots :
« Un Inconnu. »
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