“ GÉRARD DE NERVAL [1] ______LA FOLIE Il est des hommes pour qui la vie n’est qu’un songe. Leur âme plane sur la réalité sans se résoudre à s’y poser. Tout au plus l’effleure-t-elle d’un coup d’aile quand un choc trop brutal l’a précipitée vers la terre, ou que l’appel inquiet d’une voix aimée l’a tirée de son rêve, mais elle repart aussitôt et remonte, toujours plus haut, jusqu’à ce que rien ne puisse plus la décider à redescendre. Le monde dit alors que cet homme est fou, mais lui, il pense qu’il est entré dans la vérité. ”
Arvède Barine
Résumé
Névrosés, d'Arvède Barine, explore la frontière mince entre génie et folie à travers l'analyse de figures romantiques comme Gérard de Nerval, Edgar Poe ou Coleridge. Ce texte, mêlant réflexions littéraires et psychologiques, interroge l'opium comme symbole de fuite vers l'irréel, les hallucinations comme accès à l'absolu, et le rêve comme source d'inspiration dévastatrice.
Barine démontre comment les « névrosés » – poètes, visionnaires – vivent dans une tension entre réalité et illusion, leur créativité nourrie par des angoisses et des déséquilibres. L'ouvrage, publié dans un contexte où la littérature romantique est en crise, souligne l'ambiguïté de leur héritage : à la fois révolutionnaires et fragiles, ces artistes incarnent l'âme troublée de leur époque.
Citations de Névrosés (Arvède Barine)
“ De l’avis unanime, elle était criante de génie, et, qui plus est, du génie à la mode depuis Manfred et Lara, Edgar Poe y aidait par des collets et des cravates « à la Byron », des attitudes d’homme fatal et de longs regards perçans qui magnétisaient les femmes, mais il n’aurait pas eu besoin de ces singeries. La nature s’était chargée de le grimer pour son rôle de poète romantique en lui mettant une bouche douloureuse et des yeux de fou, sombres et étincelans, dans une face spiritualisée par la pâleur du teint et l’énormité du front. On ne le vit jamais rire, très rarement sourire. ”
“ Il n’admit jamais qu’il pût exister de vraie poésie sans « l’indéfini de la sensation », pas plus que de vraie musique : « Si vous exprimez avec des sons des idées trop définies, écrivait-il beaucoup plus tard, dans sa maturité, vous enlevez tout aussitôt à la musique son caractère spirituel, idéal, intrinsèque et essentiel. Vous faites évanouir son caractère voluptueux de rêve. Vous dissolvez l’atmosphère de mysticité dans lequel elle flotte. Vous tarissez l’haleine de la fée. La musique devient une idée tangible et facile à saisir, — elle est une chose de la terre : elle est grossière. » ”
