Résumé

Gérard Walch Anthologie des poètes français contemporains

Pour combler le néant, ce gouffre vide et morne,
S’il suffit d’aspirer un instant, me voilai
Fi de cet ici-bas ! Tout m’y cerne et m’y borne ;
Il me faut l’au-delà !
Je veux de l’éternel, moi qui suis l’éphémère.
Quand le réel me presse, impérieux, brutal.
Pour refuge au besoin n’ai-je pas la chimère
Qui s’appelle Idéal ?
Je puis avec orgueil, au sein des nuits profondes,
De l’éther étoilé contempler la splendeur.
Gardez votre infini, cieux lointains, vastes mondes,
J’ai le mien dans mon cœur !
L’AMOUR ET LA MORT
I
Regardez-les passer, ces couples éphémères !
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Gérard Walch Anthologie des poètes français contemporains

Qu’au-dessus du néant un même flot d’ivresse
Nous soulève enlacés,
Sans regret inutile et sans plaintes amères,
Par la réalité je me laisse ravir.
Non ! mon cœur ne s’est pas jeté sur des chimères :
Il sait où s’assouvir.
Qu’ai-je affaire vraiment de votre là-haut morne,
Moi qui ne suis qu’élan, que tendresse et transports ?
Mon ciel est ici-bas, grand ouvert et sans borne ;
Je m’y lance, âme et corps.
Durer n’est rien. Nature, ô créatrice, ô mère !
Quand sous ton œil divin un couple s’est uni,
Qu’importe fi leur amour qu’il se sache éphémère,
S’il se sent infini ?
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Gérard Walch Anthologie des poètes français contemporains

De nuages d’azur qui flottent sur le monde
Et mon cœur ulcéré se guérirait bientôt
Si je pouvais enfin jeter l’ancre là-haut ! »
A peine il achevait sa demande attristée,
Dieu lui dit :
Dieu lui dit : « Ta prière, Adam, est écoutée.
Tu souffres, tu voudrais des ailes à ton corps,
Pour voler à travers ce monde du dehors,
Où vivent les oiseaux sous le soleil de flamme ?
Homme, je donnerai des ailes à ton âme ! »
Et, depuis, la Pensée, avec des ailes d’or,
Dans le monde idéal prend souvent son essor,
Au gré de la Douleur ou de la Fantaisie.
— Et c’est ainsi que Dieu créa la Poésie.
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