“ Balt se leva en sursaut, croyant qu’on venait pour l’emmener, et Bast, plus mort que vif, fit le signe de la croix, machinalement. L’énorme coup de vent passa, mugissant au loin. Alors ils furent talonnés de la hâte d’enfouir le cadavre. — Prenons-le par la tête et les pieds, dit Bast. Ils tirèrent Hein à eux, soufflèrent la lampe, et, s’arrêtant à chaque pas, portèrent le cadavre du côté de la mare au fumier. Elle était profonde. Tandis que Balt écartait les pailles pourries à coups de fourche, l’autre eut une pitié. — Laissons-lui ses vêtements ; il aura moins froid, fit-il doucement. ”
Camille Lemonnier
Résumé
“Le Mort”, est une œuvre de Camille Lemonnier. Des thèmes tels que Balt, Bast ou Tonia y sont abordés.
Citations de Le Mort (Camille Lemonnier)
“ L’homme était tailleur en vieux. La grande Tonia avait trente-huit ans environ. Elle était laide, les yeux de travers, mais noirs, hardis, et ses cheveux bruns, mal attachés, retombaient en mèches jusqu’à son nez. Elle aimait la bière, le genièvre, les bâfres ; elle était connue des hommes. Son mari travaillant peu, à cause d’une phthisie qui le rongeait, les enfants manquaient de pain quelquefois. Alors elle les battait, les punissant ainsi d’avoir faim. — Hé ! Tonia ! si nous buvions un coup, dit Balt, à la porte d’un cabaret. Elle montra ses grandes dents plates, dans un rire. ”
“ Les enfants l’appelaient Peke Nol, ce qui équivaut à « petit vieux Nol » et de loin lui jetaient de la bouse de vache. Il marchait les jambes raides, écartées, dans d’immenses sabots rembourrés de paille. Balt et Bast, pendant ce temps, étaient aux champs, labourant, ensemençant, bêchant, étendant les fumiers, infatigables, avec des énergies de cheval. Ou bien l’hiver l’un allait marauder du bois dans les taillis, glaner des feuilles sèches pour leur lit, tandis que l’autre menait pâturer les verrats sur la route, le long des vergers. ”
