Erckmann-Chatrian

Résumé

Erckmann-Chatrian Loïs ; [Le vieux tailleur] (1934)

Je déployai notre partition sur le pupitre et je m'assis, le petit miroir incliné sur ma tête, pour suivre le service.
Lois, debout près de moi, au moment de chanter pour la première fois en public, tremblait comme une feuille; je lui pris la main et je lui dis d'être calme et de donner toute sa voix, mais sans effort.
Dans le même instant, M. le curé Miguel sortant de la sacristie, descendait vers le catafalque avec ses chantres, l'encensoir à la main, et la messe commençait.
« Requiem œternam dona eis Domine, et lux perpetua luceat eis!... » chantait M. le curé de sa voix profonde.
Source : Gallica

Erckmann-Chatrian Loïs ; [Le vieux tailleur] (1934)

Lois était assise près du clavier; lorsqu'elle vit paraître Mme de Valabrège, elle se leva tout émue.
« Mademoiselle, dit la grande artiste à l'humble fille des bohémiens, vous avez chanté divinement. Votre voix est l'une des plus belles, des plus harmonieuses, des plus touchantes que j'aie entendues, même en Italie! »
Et prenant dans ses mains blanches la jolie tête brune de Lois, elle la baisa lentement sur le front.
« C'est la Mariani qui vous embrasse, mon enfant, dit M. le curé; elle vous donne le baptême de l'art! »
Source : Gallica

Erckmann-Chatrian Loïs ; [Le vieux tailleur] (1934)

Mauduy, se coiffant de son vieux chapeau, sortit sans même jeter un regard à ses provocateurs, les moustaches ébouriffées, l'air indigné. Il descendit les trois marches du cabaret et se dirigea vers la rue en poussant de petits hoquets bizarres. Ce n'était plus le vieux tailleur mélancolique : c'était la bête fauve qui se réveille après avoir longtemps dormi et dont les mâchoires claquent de faim et de soif.
Je ne sais ce que pensaient les grenadiers en se voyant si bien servis; mais ils descendirent sur la petite place des Acacias gravement, et moi je me dépêchai de regagner mon magasin.
Source : Gallica

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